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noces les suivent. Bertlie dépouille à la hâle le titre de veuve, et prend pour second époux le fils du premier.
Expliquer en pleine assurance les graves motifs de cette alliance scandaleuse (1) et précipitée, n^est maintenant au pouvoir de qui que ce soit. Mais à voir Fempressement, les ressentimens , les dispositions de Chlotaire, on est dissuadé de croire que de si actives et si imposantes mesures n^eussent pour objet que le facile châtiment dtane offense domestique et isolée. Et de même, à jugeb de la nature et de retendue- de cette offense par l'importance des moyens mis en usage pour la réprimer, on incline* bien tôt à la conviction que le mariage de B^rthe^ n'était qu'une combinaison secondla^ire dans^ un crime plus vaste et plus dangereux ; que l'entreprise de Godin avait un but élevé et de redoutables appuis ; que peut-être n'y allait-il de rien moins que d'arracber dès ce temps cette fatale concession qui* ne tarda guère , l'hérédité- dans la dignité de maire du palais.
Mats quelque opinion qu'on en doive avoir, à peine est-il infonné des choses que le fils de Warnacbaire tente déjà ou prépare, Chlotaire effrayé prend aussitôt une prompte et décisive résolution. Le péril est déjà si grand à ses yeux qu'il n'estime plus suffisantes les forces ordinaires de la puissance publique. Il ne lui faut pas moins qu'une armée» Il l'assemble donc , et en donne le commandement au duc Arnebert.
(i) Ut nuUus sibi societ conjugio uxoreut patris siii. Si quis uxorcia patrjs acccperit, mortem incurrat. (Décret de Ckildebert, art. 3.)
ft Va , lui dit-il ; conduis - la avec célérité contre ton » beau-frère. Âttaque-le , presse-le , ne néglige rien » pour le vaincre , et s'il tombç en ton pouvoir fais-le » mourir à l'instant. » Quelque inimitié suscitée par des rivalités de fortune ou d'ambition servait apparemment dégage à la fidélité d'Arnebert. Il consentit aux ordres du roi , et se mit en marche. Si Godin combattit et ne céda qu'après des défaites , ou si , prévenu par l'active prudence de Chlotaire , le temps lui manqua pour réunir d'assez efficaces moyens de révolte et de résistance, aucun témoignage ne nous reste j)our en décider. La fuite seule de Berthe et de Godin est certaine. Trompant , en cela du moins , les espé rances de Chlotaire et les efforts d'Arnebert , ils se dérobèrent aux soldats qui les poursuivaient, franchirent la frontière d'Austrasie, et s'allèrent réfugier dans l'église de Saint-Evre.
De cet asile, ils s'adressèrent au roi Dagobert et implorèrent ouvertement sa protection. Chose étonnante , ils l'obtinrent. Ce n'était pas , s'ils l'avaient en effet commis , un crime irrémissible selon la politique du gouvernement d'Austrasie , d'avoir essayé de relâcher encore les faibles liens qui unissaient la Neustrie et la Bourgogne. Ce n'était pas non plus , aux yeux du maire Pépin , un exemple si pernicieux , ni qu'il fallût condamner si sévèrement , d'avoir entrepris de rendre stable et perpétuelle une dignité qui était la sienne. Aussi Dagobert , non content d'accueillir et de protéger les deux fugitifs, leur accorda- t-il même sa médiation. Plusieurs fois des envoyés allèrent par
son ordre auprès de Chlolaire, pour obtenir de ce prince qu'il remit leur faute à Berthe et à Godio. Da^ gobert se ressouvenait de Chrodoald ; mais Chlotaire s'en souvint aussi. Ils firent échange de rôles; au drame lui-mêçtie il n'y eut aucun changement,
IjC roi de Neustrie , quand il eut prolongé assez de temps ses refus , affecta de fléchir et de se laisser aller à la clémence, il n'y avait plus d'autre obstacle que Toffense faitç à la religion t Sur ce point seul rien n'était possible , si ce n'est par une soumission absolue aux régies enfreintes. Que Berthe fût répudiée, le scandale antérieur pourrait être alors pardonné. Q ue les fugitifs résistassent , leur obstination dans ce crime renouvelait tous les autres , et tople grâce, était l'efu^ée. Berthe ^ soit affection , ambition ou fierté , . rejetait dédaigneusement l'offre et la condition de ' Chlotaire. Godîn, que d'autres sentimens dirigeaient, se soumit.
Il rompit donc cette union fatale, et croyant, selon la promesse donn^, les ressentimens de Chlotaire apaisés, il retourna plein de confiance en Bourgogne. Mats il venait de se faire un autre ennemi , et de nouveaux périls lui allaient élre bientôt suscités. Cette femme, qu'il avait enivrée d^espérances et qu'il trahissait o^ai^tenant et chassait ignominieusement de son lit, n était pas d'une humeur si faible et si humble qu'elle pût souffrir docilement son affront. Il la reniait épouse, il l'eut ennemie; il repoussait sa tendresse, et subit sa haine. Indignée, elle accourt , non en Bourgogne, mais en ]N>ustrie; non vers Godin,
UO talSTOIRË DES FRANCS.
mais dans le palais de Cblotaii^ ; non pour sliuitiilier devant l^époux qui Fa délaissée , mais pour implorer contre lui le prince même qui Ta contraint à là délaisser. Réduite ii choisir, et ne pourant se venger à moins qu^elIe ne pardonne , c^est au provocateur de Finjure qu'elle- la remet, |)arce qu'il lui aidera à punir le lâche qui la lui a faite. £lle hait assez pour sacrifier même de ses haines. Elle est donc venue, et elle a tout révélé. Chlotaire sait maintenant tous les projets de Godin; ceux dupasse, ceux du temps présent ; ce qu'il a abandonné , et ce qu'il médite. Il sait que sa vie même ne sera point respectée , et que s'il accorde a Godin l'entretien secret qu il espère , le traître a résolu de saisir Foccasion et de le tuer.
II dissimule encore cependant , et ne jugeant ni assez certain , ni assez facile de faire attaquer le fils de Warnachaire en Bourgogne, il •cherche des prétextes pour l'éloigner d'un pays où il est encore toutpuissant. Il lui a pardonné, dit-il, il est vrai; mais Godin , qui a sa promesse , n'en a de son côté fait aucune. Il avait repris sa foi ; il faut qu'il la rende , et une foi nouvelle veut de nouveaux gages. Qu'il les donne donc ces garans contre de trop probables retours à la trahison. Qu'il aille , sans différer, dans les plus saints lieux , et qu'il s'y engage solennellement par les sermens les plus i^edoutés.
Le piège était infaillible; car Godin, soit qu'il refusât ou qu'il obéit , courait dans les deux cas à sa perle. Quel prétexte alléguer d'ailleurs pour justifier un refus? Il consentit donc, et deux officiers delà