LIVRE vu
inaison de Chlotaire furent envoyés , avec Tordre apparent de le suivre et de recevoir ses sermens* Cet ordre n'était pas le seul. Waldebert etChramnul (ainsi se nommaient les deux envoyés) conduisirent d'abord Godin à Saint-Médard de Boissons et à Sainte Denis; Mais Toccasion qu'ils cherchaient ne s'étant point encore présentée : « Ce n'était pas assez, dirient- » ils j et le roi ordonnait qu'on allât en outre à Or- » léans et à Tours, dans les basiliques de Saint- Aignan » et de Saint-Martin, n II fallut bien s'y résoudre ; mais aux approches de Chartres , dans une ferme où Vheure du repas les avait fait arrêter, la plupart des serviteurs de Godin vaquant à des soins divers qui les tenaient éloignés de lui , Waldebert et Chramnul surprirent le malheureux Bourguignon , le frappèrent de leur épée , et le tuèrent. Quelques-uns des siens périrent aussi pendant qu'ils s'efforçaient de le défendre ou de le venger. Le reste , déjà dispersé , prit la fuite et ne fut point poursuivi.
De ce succès , timidement obtenu à force de dissimulations et de lâchetés , Chlotaire du moins en sut faire ressortir un second , où se montrent , sous un plus favorable aspect , son habileté et sa prévoyance. La mort de Godin n'obviait qu^à un seul danger^ savoir, que la dignité de maire devint transmissible ; le roi osa davantage, et protitaut des désordres qu'avait entraînés l'ambition de Warnachaire et de sa famille , il entreprit de les faire servir à l'abolition même de cette dangereuse dignité. Il se hâte donc; il convoque un plaid ; il assemble à Troyes les leudes et les évê-
ques de Bourgogne ; il veut qu'on examine et qu'on délibère pendant que dure encore Tinipression des évé* nemens à peine accomplis. Sur les uns agissent leurs craintes, car ils favorisaient les prétentions de Godin ; sur d'autres, leurs rivalités, car ils se souviennent de Waitiachaire, et trouvent dure et honteuse la domination d'un de leurs égaux ; sur le moindre nombre | les vices mêmes de cette institution , inutile aux peuples qu'elle ne protège pas mieux que les rois, pernicieuse aux rois qu'elle ne sert qu'en envahissant leur autorité sur les peuples. Les suffrages furent una* nimes. On ne consentit pas seulement ; on pressa et on conjura. De vives instances furent faites auprès de Chlotaire, pour lui persuader ses propres desseins. On obtint de lui d'exercer directement l'autorité souveraine. On ne voulait plus de ces maires qui s'inter*posaient entre le roi et ses leudes. On prenait solennellement la résolution de n'en plus élire. Heureux les fils de Chlo vis , si cette sage détermination eut été mieux respectée. Par elle se corrigeaient, et avec un notable profit, quelques-unes des fautes où les di£Bcultés de sa position avaient successivement oitrainé Chlotaire. Par elle s'arrêtait inopinément le mouvement de dissolution , et se fortifiait au contraire l'union des Etats qui étaient demeurés en la domination de ce prince.