‹ Histoire des FrancsChapitre 65 sur 214 · LIVRE YII · texte numérisé non relu

LIVRE YII

puissans , de graves insultes furent faites aux serviteurs du fils de Sichilde. La violence suivit, et elle fut portée à ce point qu'Herménaire , qui avait la chargé de gouverner la maison de Charibert , en perdit la vie. Ce meurtre était attribué à des serviteurs du duc QEginan. Brauduif, frère de la reine, homme d'ambition, de courage et d'activité, comprit le danger de laisser impunie Tinsolente offense faite à son neveu. Le prince lui-même, malgré la faiblesse de son âge^ montrait le plus impatient désir d'être vengé. Ils firent prendre les armes à tout à ce qu'ils purent trouver d'hommes disposés à leur obéir et a les suivre. De son côté OEginan, se préparant avec ardeur à la résistance, assemblait ses amis et ses serviteurs. Des deux parts ^ les rangs grossissaient, les ressentimens s'irritaient ; on était près de combattre ; d'une ignoble querelle de valets , allaient peut-être sortir des rébellions et des guerres.

Les leudes de Bourgogne prenaient heureusement moins de part que ceux de Neustrie aux ambitieuses rivalités qui étaient la vraie cause de ces dissensions. Ce fut par eux que Chlotaire maintint et fit enfin respecter son autorité méconnue. Il forma une troisième troupe de ces Bourguignons et de leur suite , troupe redoutable, mais neutre, et armée seulement contre le combat. En même temps il ordonna qu'OËginan s'éloignât et s'allât établir à Montmartre. Braudulf, à son lour, eut ordre de s'arrêter à Glichy, et il leur fut annoncé à l'un et l'autre que , quel que fut le parti qui refusât d'attendre le jugement du roi et de s'y sou-

.mettre, il serait à l'instant même accablé par les fiourguignons. Ainsi s'apaisa cet étrange et dangereux différend. Les haines seules restèrent, plus vives encore, pour avoir été contraintes et réprimées. Il était aisé de prévoir de quels troubles étaient menacés les royaumes francs, s'il arrivait que le roi mourût avant qu'avec Taide du temps, se fussent faits les changemens ordinaires d'intérêts, d'affections et de volontés.

Cet événement était peu probable puisque Chlotaire n'avait encore que quarante-cinq ans. Ce fut néanmoins ce qui arriva. Atteint tout-à-coup d'une maladie qu'on eut bieiitôt reconnue mortelle, il eut à peine le temps de faire venir Pépin et de lui recommander ses enfans. Cet entretien achevé, son règne et sa vie s'achevèrent; car leur durée se confond, et il ne vécut guère que roi. Le premier trône de ce prince fut son berceau.

Chlotaire ne mérita point les louanges que d'indis^ crets flatteur^ lui ont prodiguées. Il ne fut ni débonnaire ni grand, quoiqu'on lui ait donné ces deux titres. Il fut heureux, c'est tout ce qu'on peut dire de plus favorable. Les secours inespérés de la fortune lui tinrent lieu de vertus et d'habileté. Aux commencemens, le génie de Frédegondc, l'activité de Landry, le désir qu'eut Contran d'éviter l'agrandissement de Childebert et de Brunehault, Timprudence inouïe de Wintrion à Trouci, la mort inopinée de Childebert quand il n'avait encore que vingt-six ans ; plus tard la régence d'Austrasie arrachée aux mains de Brunehault, la rivalité de Théodebert et de son frère , la

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