‹ Histoire des FrancsChapitre 69 sur 214 · LIVRE VllI · texte numérisé non relu

LIVRE VllI

assez puissant pour renouveler de fatales luttes , ni aucun des irois royaumes déjà reconnus et constitués. Dagobert régnerait toujours en Neuslrie , en Âu^trasie, en Bourgogne; mais il serait fait un nouvel Etat avec r Aquitaine , et Charibert Tirait gouverner, Charibert défendrait au midi la frontière contre les Wisigotbs et les Gascons ; Dagobert à Test , contre les Lombards , et au nord , contre les peuples germains*

Ces propositions n^étaient ni généreuses , pi justes ; mais la nécessité les fit accepter. Les possessions de Charibert s'étendirent des bords delà Loire jusqu'aux Pyrénées. II eut Périgueux , Saintes, Bordeaux > Agen , Cahors , Toulouse. Tout le reste fut à Dagobert. Un traité solennel garantit l'exécution de ce partage, et Charibert renonça à toute prétention nouvelle sur rhéritage de son père. A ces conditions , il lui fut permis de régner. Il alla donc , et à l'exemple des an» ciens rois wisigoths il établit sa capitale à Toulouse. Sa domination , favorable et douce , lui fit obtenir dès l'abord l'afTection de ces peuples. Bientôt l'âge venant , et avec lui le courage, il entreprit de soumettre vers les Pyrénées quelques portions assez étendues de territoire , où les Gascons , qui les avaient autrefois en values, s'étaient toujours maintenus depuis en paix' et sans maître. Celte expédition fut heureuse , et le royaume d'Aquitaine acquit par elle quelque accroissement et une frontière plus sure.

Mais pendant que le jeune roi s'exerçait ainsi k la guerre et à la gloire, il recevait en échange de cruelles injures dans la Neustrie. Dagobert ne pardonnait pas.

et, quoiqu'il eût traité avec son frère , il n'en gardait pas moins la pensée de châtier ceux qui Fy avaient contraint. Il dissimula durant trois années ; mais au bout de ce terme, un jour que Braudulf , qu'il haïssait et redoutait plus qu'aucun autre , l'était venu trouver à Saint-Jean-de-Losne , il le fit traîtreusement surprendre et tuer. Le patrice Willibade et les ducs Araalgaire et Arnebert en reçurent l'ordre de la bouche même du roi, et rexécutèrent.

Vengé de l'oncle de Charibert , il restait encore au roi de Neustrie l'aversion et les craintes que lui inspirait la tante de ce prince. Il ne tarda guère ; peu de jours après le meurtre de Braudulf, sa sœur Gomatrude fut répudiée, et tout aussitôt fut mise en sa place Nâiiléchilde, l'une des servantes de cette reine.

Toutefois Charibert ou déguisa , ou déposa bientôt ses resàentimens ; car dès l'année suivante, invité par son frère , il consentit à quitter Toulouse et à venir jusqu^à Orléans. C'était pour y offrir au baptême un fils que Dagobert avait eu récemment d'une concubine. Le rapprochement ne fut pas complet cependant entre les deux rois. Au lieu de Dagobert, qui ne s'éloigna point de Paris , ce fut Pépin qui amena Je jeune prince au roi d'Aquitaine. On nomma cet enfant Sigebert.

Charibert , si tant jd'oxemples contraires permettent déjuger d'une longue vie de prince par ses premières années , eût été un sage et bon roi ; mais le temps manqua pour vérifier ce présage. Charibert mourut , n'ayant régné guère plus de trois ans. Il

laissait un fils, né à peine, et qu'on avait nommé Chiipéric. Cet enfant suivit de bien près son père au tombeau. N'est-ce point un crime dont il faille accuser Dagobert? Frédegaire , qui ne montre nulle part aucune prévention fâcheuse pour ce prince , avoue qu'on le racontait ainsi de son temps. De si nombreux et fréquens exemples avaient consacré dans la maison de Chlovis , pour ainsi parler, ce funeste moyen de sécurité et d'usurpation ! Le meurtre des enfans trop voisins du trône y était devenu comme un usage et un droit. Peut-être Charibert lui-même n'avait-il été préservé , après Tinvasion de la Bourgogne et de la Neustrie , que parce que la race royale était épuisée , et que Dagobert, n'ayant point encore obtenu de fils , il était après lui le seul héritier qui restât pour recueillir les trois couronnes des Francs.

Avec Charibert et son fils tomba et se confondit le nouveau royaume. Dagobert fut prompt à s'en ressaisir. Les trésors de son frère ne tentaient guère moins sa cupidité. Mais il n'en recouvra qu'une partie ; le duc Baronte, qu'il avait imprudemment chargé de les recueillir, détourna l'autre.

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