LIVRE VIII (629-630). lU
leudes et les évéques n'en auguraient rien de favorable pour leur ambition» et les effets ne démentirent point ces pressentimens. A Langres, à Auxerre, à Saint- Jean-de<-Losne , a Dijon , partout où Dagobert s'arrêta ) il se montrait sévère aux puissans , charitable aux pauvres , juste pour tous. Nul ne sortait de sa présence, qu'il n'eût été fait droit à ses plaintes. Quand le journe suffisait pas, il y suppléait dans la nuit. Les abus furent corrigés, les torts redressés, les violences punies. L'or et le ran^g n'arrachaient et n'achetaient aucune faveur ; l'indigence et l'obscurité ^'essuyaient ni humiliations, ni disgrâces. Les grands étaient abaissés, les petits élevés jusqu'à la justice. Jamais plus légitimes changemens ne furent plus po.-? îitiques et plus salutaires. Une soudaine révolution se fit dans tous les esprits : le peuple était plein de joie et d'admiration.
L'année suivante , ce fut le tour de l'Austrasie. Dagobert y vint avec un grand appareil de magnificence , et y répéta , quoique avec moins de succès , les sages actions qui lui avaient attiré en Bourgogne tant de louanges. Sa réputation était grande alors, et puissante. Elle s'était étendue jusqu'aux derniers confins de la Germanie , et tous ces peuples sollicitaient à l'envi sa protection. Il était même arrivé que ceux dont le territoire était cootigu aux Ogors et aux Enclavons, l'étaient venus provoquera subjuguer ces redoutables voisins et à reculer ainsi sa frontière jusr qu'aux frontières de l'empire grec. Mais leurs. offres , dont on se souvint trop tard , avaient été négligées. II. 10
146 HISTOIRE DÈS FRikNCS.
Dagobert ^'endormait déjà dans sa puissance, ei r^asat de gloire qu'il Tenait de foire n'élait qu'un effort pas- ^ger.
11 y avait eu une grande et honteuse faute dans le Toyage de Bourgogne; le meurtre de Brauduif , qui a été déjà raconté. Il y en eut une aussi dans le voyage d'Austrasie, et qui, moins coupable , devint cependant plus funeste par les autres fautes semblables auxquelles elle encouragea Dagobert. Ce prince venait à peine de répudier Gomatrude et d'épouser Nanléehilde ; la nouvelle reine ne suffisait déjà plus à ses insatiables voluptés. 11 vit à Metz une jeune fille dont les grâces et la beauté l'enivrèrent y il la fit entrer dans son lit* Ellle ^e nommait Ragnetrude , et ce fut elle qui lui donna Sigebert. Dès ce moment , le frein fut rompu , d'incroyables scandales suivirent , la vie du roi. ne fut plus que désordres et que débauches. Trois reines portèrent en même temps la couronne- En même temps des foules de concubines leur dispu* taiênt la faveur du roi. Le nombre en était, si grand que la naïve exactitude des chroniqueurs s'en est effrayée, et n'a pu se résoudre à transcrire cette longue liste de noms Qélris. Les reines seules ont été nom* nées : c'étaient Wulfégonde et Berchilde , et encore' Nantéchilde , qui tou^urs préférée ,. malgré les succès alternatifs de ses rivales , eut l'étonnante habileté d'étouffer dans le cœur du roi jusqu'à la pensée de sa répudiation.
De ces déréglemens insensés sortirent bientôt ^ comme il était naturel , d'auti^es passions et d autres