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désordres. Le prince, sur qui régnaient ses plaisirs, ne régna plus que pour eux , et le trouble de sa vie troubla ses royaumes. Tant et de si réitérées faiblesses entraînèrent d'incroyables prodigalités ; celle-ci , Tappaavrissement du fisc ; les besoins du fisc , des violences , des confiscations , de nouveaux impôts. Le prince voluptueux devint avare ; le prince avare devint exacteur. Et le peuple mécontent murmura ; les leude» offensés s'irritèrent ; le clergé lui-même, dont on ne ménageait ni les sentimens ni les intérêts, fit éclater d'importunes plaintes. Car , non content de violer avec tant d'éclat les règles de la pureté chrétienne et du mariage, Dagobert avait étendu sa rapacité jusque sur les terres que possédaient les établissemens religieux. Il avait envoyé des délégués dans les provinces pour faire le dénombrement de ees terres , et sous le prétexte d'en faire des distributions à ses gens de guerre , il en avait violemment pris la moitié, qui resta confondue avec les domaines du 6sc(l). ' '
Arnould et Pépin n'étaient plus écoutés en ce temps. Le premier, voyant ses représentations méprisées , tomba dans une profonde affliction. Ne pouvant ni contenir les débordemens de son élève , ni se moudre à les voir sans les condamner , il sollicita pour
(i) Ut quid hi quibus jubetur victu et medidcri habita con(«otos esse inagnorum erant possessores praediorum ? — Vivant, et nobis miljfaotibus et douiino regî servientibus , paucîora habere permittant. (^ct. SS, ord, 6. Bened., t. i, p. H76.)
toute faveur qu'il lui fût permis de s'éloigoer des conseils et de la présence du roi. II renonça même aux saintes fonctions de Tépiscopat , et s'en alla cacher la 6n de sa vie dans la retraite, croyant peut-être expier, h force de prières et de pénitence, ces fautes qui n^étaient pas les siennes , et que sa prudence n'avait pas pu prévenir. Pépin , à son tour, abandonné par le roi aux ressentimens de ses ennemis , perdit par degrés toute sa puissance, et fut même un instant en danger de perdre la vie. Il vînt d'Âustrasie des leudes , dont son élévation ^vait autrefois offensé l'orgueil , et qui , lé trouvant dénué dVppuis à cette heure , jugèrent l'occasion bonne pour l'accabler et pour se vepger. Ils élevèrent la voix contre lui , et Dagobert , se souvenant mal de ses services , prêtait complaisamment To* reilie hieurs calomnies. Pépin eût infailliblement succombé ; mais son habileté fut si grande , son langage si grave , ses mesures si justes , sa fermeté si constante à la fois et si réservée , quHl lassa enfin et déconcerta toutes ces attaques. Le roi s^arrêta dans cette odieuse voie d'ingratitude et d'iniquité.
 la place d'Arnould, évcque de Metz , était maintenant Chunibert , évêque de Cologne ; à la place de Pépin, l'un des principaux d'Austrasie, était >£ga, Fun des plus puissans d'entre les Neustriens. Mgai possédait de grandes richesses , et sa naissance , qui était illustre , lui donnait plus d'importance encore et d'autorité. Il avait de la grâce , de la souplesse , de ta dextérité, de la condescendance, des mœurs faciles. Son esprit était pénétrant et ingénieux ; son langage ,
prompt; insinuant, persuasif, entraînant. Il eût aimé Ja justice, mais Tamour du gain remportait. Dagobert, dont il ménageait les penchans, le prit en grande faveur, et s^abandonna à lui sans réserve.
Toutefois ce prince, si faible et si imprévoyant qu'il fût devenu dans ses dégradantes habitudes de lubricité, ne Pétait paà à iel point qu'il n'en ressentît jamais ni scrupule ni crainte. Il lui venait , par intervalles , d'assez vifs désirs, sinon de se dépouiller, au moins de se racheter de ses vices. Pénétré des pernicieuses opinions de son siècle, il ne doutait point que le crime même ne se pût compenser avec des largesses, et que des fondations religieuses ne lui fissent remettre ses plus grands outrages envers la religion. Aussi le viton bientôt recourir a celte commode pratique de réparation et de pénitence. Enchaînement misérable d'absurdes idées et de scandaleuses actions : de ses fautes vinrent de capricieuses prodigalités envers les églises, et^ de ses prodigalités , une funeste sécurité dans ses fautes.
Ses principales fibéralités furent en faveur de l'abbaye de Saint-Denis ; car il avait une grande dévotion au saint martyr, reconnaissant, a-t-on dit^ delà protection qu'il avait autrefois trouvée prés de son tombeau. C'était lui d'ailleurs qui avait fondé cette abbaye, et qui en avait construit la basilique. Quelque temps écoulé après son établissement en Neustrie, il avait fait exhumer les reliques des trois martyrs Ëleuthère, Rustique et Denis. De la modeste chapelle où les avait placées Geneviève, on les transporta dans un
somptueux sépulcre tout îpcrusté de pierres précieuses et d^or, et dont la voûte était recouverte d'argent. Bientôt autour du sépulcre s'éleva le plus magnifique temple qu'qn eût encore vu dans les Gaules. L'autel était d'or. Au-dessus de l'autel était placée one croix où les plus brillantes et plus rares pierres s'enchâssaient dans l'or le plus pur, œuvre merveilleuse de saidt Êloi, le plus industrieux ouvrier de ce temps. En face de Tautel se rencontrait un coffre d^argent où les fidèles allaient déposer leurs offrandes. Aux colonnes et aux arceaux pendaient de riches étoffes chargées de perles et tissues d'or. A l'entrée, une vaste cuve de porphyre, et d'inestimables portes de bronze qu'on avait ôtées à l'église de Saint- Hilaire* Sous les nefs, les reliques de saint Firmin prises à Amiens; cellel» de saint Saturnin prises à Toulouse; celles de saint Hilaire prises à Poitiers. Pour une seule église on dépouillait toutes les autres. Une redevance annuelle de vingt sous d'or sur les droits de douane que payait Marseille, avait été assignée pour le seul luminaire de cette église de prédilection. Une seconde redevance de cent sous d'or était accordée pour le service des pauvres et des pèlerins; c'était l'aumône du roi* Chaque année quatre mille livres de plomb étaient réservées sur le produit des mines pour en revêtir la voûte de la basilique. Avec cela de grands privilèges, d'importantes franchises (1), de nombreux et considé-
(i) Giiguiii Qt Mêlerai attribuent même à Dagobert i*insti(iltioD do Vindicte appelé depuis, {lar corruption^ le Landit, lec(uel se leoait (tanft