‹ Histoire des FrancsChapitre 75 sur 214 · LIVRE VIII (623631-632). Ihl · texte numérisé non relu

LIVRE VIII (623631-632). Ihl

Ton pot facilement recoonaitre que l'espérance les abandonnait. Le momeni était décisif; Samon n'eut garde de le laisser échapper. Faisant tout-à-coup ouvrir les portes du camp, il se précipite, et les rôles changent. C'est lui, à cette heure, qui est l'assaillant; ce sont les Francs, déjà ébranlés, qui cherchent en quel poste et par quelle manœuvre il leur sera possible de se défendre. Pendant qu'ils hésitent, Samon les presse ; pendant qu'ils rapprochent et resserrent leurs rangs, il y pénètre et les rompt. Ils ne fuient pourtant pas encore ; mais il ne leur est pas laissé de relâche, et ce premier désordre ne se peut plus^ réparer. Il croît, au contraire, et s'étend. Toute ressource se perd ; toute résistance devient inutile. On recule en6n, et l'on se disperse; la défaite n'est plus douteuse, el l'on fuit.

Alors cessa le combat, mais non le carnage. Il fut effroyable. Aussi obstiné à la poursuite qu'ardent à l'attaque, Samon ne permit nulle part à cette foule fugitive et découragée de se rallier et de l'attendre.; Tout ce qui put éviter la mort rétrograda jusque sur les terres d'Âustrasie. Ce n'était pas seulement une armée vaincue, mais détruite : la peur avait achevé l'œuvre de Tépée. Tentes, armes, chevaux, butin, il ne fut rien de ce qu'avaient amené les Francs qui ne tombât au pouvoir de leur ennemi. Bientôt, et dés que le bruit de cette défaite se fut répandu, les Lombards et les Allemands, craignant pour eux-mêmes, sortirent précipitamment du territoire des Vénèdes. Les Sorabes, voisins de ceux-ci ei jusque-là soumis,

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aux ro» francs, se rettrèreot de leur dépendance el se donnèrent à Samon. Ce prince lui-même, habile à profiter de ses avantages autant qu^à les préparer, entra dani^ la Thuringe et la ravagea. Poursuivant encore, et ne trouvant plus d^armée pour lui disputer le chemin, il alla jusqu^en Austrasie défier et humilier Dagobert* On dit que les mécontentemens du peuple de ces provinces Vy enhardissaient.

Enfin s'éveilla Tancienne ardeur du jeune roi franc. Honteux de tant de revers et de tant d'injures, il s'arracha un moment aux douceurs de l'oisiveté et reprit ses armes. Le printemps revenu, il assembla une nouvelle armée en Austrasie, et mafrcha lui-même avec des troupes d'élite , tirées de la Neustrie et de la Bourgogne. Il vint à Metz, franchit les Ardennes, atteignit Mayence , et se prépara à passer le Rhin* Mais, comme il était en ce lieu, des envoyés, venus de la part des Saxons, arrivèrent. Ce peuple oifrait de prendre la querdle des Francs, et de défendre pour eux leur frontière contre les Yénèdes. Il n'en prétendait d'autre prix que d'être affranchi des tri*buts auxquels l'avait assujetti le roi Chlotaire. Chose inouïe^ Dagobert accepta. Ses ressentimens étaient déjà amortis ; il était las de la guerre qui n'avait pas encore commencé. Il en laissait à d'autres la gloire. Il se fiait à un ennemi du soin de le délivrer d'um autre ennemL II ne s'agissait déjà plus d'attaquer et de châtier les Vénèdes, il lui suffisait qu'on kur résistât; il ne demandait que d'être protégé contre leurs attaques. Cette étrange convention eut les effets

qu'on en pouvait espérer. Les tributs furent bien remis; les Saxons jurèrent bien solennellement de combattre et de contenir les Y énèdes ; Tarmée des Francs put se dissoudre et s^épargner les soins d'une expédition périlleuse. Mais le zèle douteux des Saxons fut un faible obstacle contre les incursions sans cesse renouvelées d'un ennemi si entreprenant, et Dago* bert retourna à sa molle vie, plus blâmable encore de n'avoir pas achevé, qu'il ne l'eût été de n'avoir pas entrepris.

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