II. il
fut disputé. L'appui des Francs était décisif, et donnait aux adversaires de Suintila un irrésistible ascendant. On arriva k Sarrag;osse sans combattre; on y entra sans avoir été contraint de Tattaquer. Sisenand s^y montra, et tout aussitôt d'unanimes acclamations retentirent; le pepple entier lui déférait le titre de roi. Il ne fallut point d'autres efforts : un même jour, pour ainsi parler^ vit commencer et finir cette étonnante révolution. Suintila, quoique doué de cou- TBQe, ne put rien tenter. Rien ne lui resta , pas même la triste consolation d'un dernier combat. Sitôt menacé, il était vaincu; sitôt arrivé, Sisenand régnait. •• Le nouveau roi ne fut point ingrat envers les deux chefâ qui l'avaient si heureusement secondé; il les renvoya chargés de présens. Mais le bassin d'or n'atait pas été délivré, et l'armée. des Francs repassait déjh les montagnes. Dagobert, dont la possession d'une si précieuse chose flattait à la fois l'avarice et lostentation, fit repartir aussitôt Vénérande pour la réclamer, et avec lui le duc Amalgaire. La promesse n^était pas douteuse, et Sisenahd n'avait aucun moyen de la dénier. Toutefois l'accomplissement en était pénible. Les Wisigoths, maintenant qu'ils étaient loin du danger, estimaient moins le secours des Francs, et beaucoup plus le sacrifice qui en devait être le prix. On se résigna cependant, ou plutôt on $'en donna l'apparence: Le riche bassin fut tristement et & grand regret retiré du trésor dont il était le plus magnifique ornemeni, et les envoyés de Dagobert crurent leur difficile négociation mise à bonne fin.
Ils partirent, n^imaginant point qu'ils dussent encore douter d'un succès dont ils emporlaienl avec eux le gage. Il Teût fallu cependant; car avant d'avoir at« teiqt la Frontière, ils rencontrèrent une forle troupe d'hommes embusqués , qui les dépouilla , et n'eut garde de leur laisser le précieux vase*
Pagobert, si indignement abusé, jura qull aurai! Tongeanee de cet outrage. Il voulait la guerre ; il la voulait décisive et prompte. Cette même armée de Bourgogne, qui avait dà inarcher pour élever Sise** nand, marcherait en effet, mais pour le précipiter. Tout se préparait, et le vase d'or atliiit peut-être devenir la futile cause d'une terrible subversion. L'habileté de Sisenand prévint ce malheur. Il envoya des ambassadeurs au roi franc; il s'humilia, et pria, et rejeta tous les torts sur l'indocilité de ses Wisigoths, dont son élévation trop récente ne lui permettait pas encore de contrarier les dispositions. Pour dernière excuse enfin, ilofCiit sinon d'exécuter, au moins de racheter sa promesse. A cette offre, les ressentimons d^ Dagobert s'apaisèrent. On consentait de lui donner autant d'or qu'en pesait le vase. Il oon* sentit h son tour, et, pour les deux cent mille sous d'or qu'on lui apporta, il remit sans trop de regrets Finsulte faite a ses envoyés.
En même temps que s'accomplissait, par la protection des Francs, cette révolution de l'Espagne, en Punnonie il en éclatait une seconde moins importante, mais plus étrange, et où Dagobert prit également une part y mais moins directe à la fois et plus
reg;retlable. II était tcdu des bords du Volga des Bulgares. Ce peuple, qui occupait quelques portions de la Pannonie, avait formé avec les Awares plutôt une aasocîatîon qu^une alliance. C'étaient deux peuples en un seul Etat. Mais les Awares avaient néanmoins la prééminence , et le roi commun était de leur nation. Ce roi mourut. Les Bulgares^ afîectant une égalité que leurs associés contestaient, prétendirent que c^était leur tour d'exercer le commandement, et que le roi nouveau devait être pris dans leur race. Aucun ne cédant, on en vint aux armes, ^événement ne répondit pas aux espérances des Bulgares ; ils furent vaincus.
Poursuivis avec acharnement par leurs ennemis, neuf mille d'entre eux sortirent de la Pannonie, traînant dans leur fuite une grande troupe d'enfans et de femmes. Ils se mirent sous la protection du roi franc et sollicitèrent de lui un asile. L'hiver approchait : Dagobert accorda qu'ils passassent cette fâcheuse saison chez les Bavarois, promettant cependant de délibérer sur leur demande, et de leur assigner plus tard, un meilleur établissement. Ils vivaient donc en sécurité, attendant toujours l'exécution de cette promesse. Mais, au lieu de l'hospitalité espérée, ce fut une lâche et inexplicable trahison. Des ordres secrets fuient envoyés aux Bavarois, qu'à une nuit convenue ils surprissent leurs hôtes et les exterminassent tous sans pitié ; même les enfans, même les femmes. Les Bavarois furent atrocement fidèles à ces ordres. Dagobert n^eut guère à attendre » et le massacre qu'il demandait
se fit aussitôt. Il s'eç fallut de peu qu'il ne fût complet : d'une si nombreuse foule de victimes, il ne s'en sauva que sept cents. On cherche en vain quelle cause assez grave put déterminer une si exécrable action ; on cherche quelle excuse pourrait justifier le prince q^ l'autorisa.