CHAPITRE V
us GASCONS. «^ us BRETONS (63^.)
A ces événeméns lointains et extérieurs en succèdent d'autres moins reculés et en quelque sorle intérieurs; Les Bretons 9 depuis leur comte Waroch, les Gascons, depuis le roi Charibert, étaient demeurés, sinon fidèles, au moins paisibles. Il y avait déjà quarante-cinq ans, qu'après la malheureuse expédition de Beppolène , le traître Evalchaire avait accordé ou plutôt vendu la paix a Waroch. Il semblait que le temps eût dû faire prendre a ce peuple des habitudes de bonne intelligence et de soumission, dont il n'oserait ni ne voudrait s'écarter. Les Gascons . eux-mêmes , quoique leurs promesses fussent plus récentes , et leur obéissance moins assurée^ avaient toutefois essuyé de si cruelles défaites qu'on les pouvait croire enfin découragés et assujettis, lien arriva autrement. La mort du roi d'Aquitaine avait iséveillé le courage et les espérances de
ut HISTOIRE DBS FRANCS.
ce8 Gasconfl encore lJb^eS| que le jeune prince aYaifc subjugues. Fatigués d'une servitude si dure et Si non* velle polir eux ^ méprisant des maîtres dont la demi* Batîon s esérçall maintenant de si loini sUls tardaient enoore ce n'était pas par incertitude ou par lâcheté 9 mais par choix au contraire et pour mieUx médàg;pr leurs succès. Tant que dura Texpédition d'Abundan» tins et. de Véiiérande, ils dissimulèrent ; tant qu^on put craindre la présence de Tarmée qui s'assemblait en Bourgogne et qui menaçait de venir a son tour aider à l'usurpatiorl de Sisenand, lU n'eurent garde de faire éclaler leur dessein. Mais cette entreprise d'Espagne acheé^ée, et les deux armées d'Aquitaine et de Bourgogne dissoutes, aucun obstacle prochain ne pouvant plus embarrasser leur premier efTort, ils se lèvent. Avec eux se lèvent aussi ces autres Gascons, soumis autrefois par Théodoric et Théodeberl, ei soumis de nouveau par Chlotaire. En peu de jours tout leur territoire fut affranchi) et chaque progrés rendant de nouveaux progrès plus faciles , on les vit bientôt envahir et ravager les terres des Francs. Déj^ les troupes d'Aquitaioe ne suffisaient plus ; il en fallut lever eh Bourjg;ogne , et se résoudre même à- former une nombretise let puissante armée.
Oh en confia la direction générale au référendaire Ghadoinde, hohime de courage et d'expérience , et qui s'était valeureusement signalé dans les guerres de Théodoric. Mais en même temps on la divisa , et ce furent plusieurs arinées, qui pouvaient être vaincues 1 plutôt qu'uae seule à qui rien n'eut pu réuster. Ôm4
.ducs marchaient à la tête d'autant de corps séparés , et outre cela plusieurs comtes qui avaient aussi des commandemens isolés et indépendans. Les ducs étaient Arimbert, Amalgfaire, Baronte, Chairard, Chramnelène , Hermenric , Leudebcrt , J£g;inan , Wandalmar, Walderic et le patrice Wisibad, Les eommencemens furent favorables. Sans trop s^ePfrayer de la supériorité de leurs ennemis, les Gascons essayèrent d'abord de les arrêter. Ils combattirent el» avec courage. Mais à la fin du combat, reconnaissant qu'ils n^en auraient pas le succès, ils cessèrent <le te disputer, et rétrogradèrent. Les Francs suivirent ; les Gascons continuèrent de se retirer devant eux. Persévérant ainsi , et évitant avec soin de renouveler le combat , ils atteignirent enfin leurs montagnes.
L'avantage du nombre s'affaiblissait dans ces pas* sages étroits et dans ces positions escarpées : ils s'y arrêtèrent. Une assez importante victoire justifia bientôt leur prévoyance. Arîmbert, dédaignant de s'arrêter à son tour devant ce faible et impuissant ennemi qui ' le fatiguait de sa fuite, poursuivit témérairement sa marche, et s engagea, sans précautions, dans la vallée de la Saule. Tout-k-coup ceux qui reculaient cpmme ea désordre, pour mieux exciter son ardeur elsaconfiancei tournent vers lui, et semblent avoir pris le dessein de tenir ferme en ce lieu. En même temps se découvrent à sa suite et sur ses deux ailes d'autres troupes de Gascons , dont aucun avertissement ne lui avait fait même soupçonner la présence. Il est entouré, séparé^ sans aucun espoir de retraite ni de communication
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avec les autres armées des Francs, Il n'y a plus de refuge que dans le combat, ni de salut que dans le triomphe. Mais contre tant d'ennemis que peut le courage, et dans unlieu si défavorable comment le montrer? On l'essaya cependant, mais en vain ; on résista vaillamment, mais sans fruit. Ils moururent tous. Arimbert, et les autres chefs , et les soldats mêmes, tous moururent. On ne pouvait fuir, et le vainqueur n'acceptait point de captifs.
Cependant ce succès n'eut pas tous les heureux effets qu'en attendaient les Gascons. S'ils étaient inexpugnables derrière leurs rochers, les Francs l'étaient à leur tour dans les basses- terres. Aucuns ne pouvaient être attaqués. avec avantage, ni attaquer euxmêmes sans un extrême péril. Mais les Francs occupaient , ravageaient , brûlaient les fertiles plaines où étaient les élablissemens des Gascons, et ceux-ci, protégés seulement dans les montagnes, contre les dernierâ désastres de la guerre, ne pouvaieht y vivre et s'y tenir caches bien long-temps. Ils furent donc soumis à la fin, mais par la nécessité plus que par l'épée. L'impatience de recouvrer leurs champs surmonta leur aversion pour la dépendance. Ils se résignèrent aux conditions qu'on leur imposa.
L'une d'elles était que les chefs viendraient tous se remettre au pouvoir du roi, et attendre de lui le sort qu'il lui plairait de leur faire. Ils y vinrent. Mais leurs craintes étaient si grandes, qu'au lieu d'aller jusqu'à Clichy, où était alors Dagobert, ils se réfugièrent dans la basilique de Saint-Denis. C'était le plus invio-
lable asile aux yeux de ce prince. Aussi, quels qu^eus* sent été d'abord ses desseins, il leur pardonna, reçut leurs sermens, et consentit même qu'ils s'en retournassent dans leur pays. Ce fut la fin ou plutôt Tinterruption de celte grande révolte ; car les Gascons n'étaient fidèles qu'au seul dessein de se rendre libres.
De leur côté les Bretons, quoique leur condition ne fût point, tant s'en faut, aussi dépendante, ne laissaient pas de la trouver indigne d'eux et de s'en lasser. L'inaction où l'on prétendait les réduire humiliait leur courage et irritait leur vieille ardeur pour le gain. Souvent, malgré leurs promesses de paix, il leur était arrivé de faire irruption sur le territoire des Francs, de piller les grains, d'emmener les troupeaux, d'étendre et pousser loin ces ravages. Les tributs aussi leur semblaient pesans et ne s'acquittaient plus qu'à grand'peine. Enfin le rang qu'on les avait contraint d'abdiquer leur inspirait des regrets que le temps n'affaiblissait point. Ils s'indignaient des traités faits avec Chlovîs, avec Contran, avec Frédegonde, et souffraient impatiemment que leur noble terre eût cessé d'être un royaume, que leur comte ne fût plus roi (I). Par degrés ils s'enhardirent. Tant d'injures que les Francs avaient omis de venger les encourageaient h en essayer de nouvelles. Laissant toute crainte et ne consultant plus que leur fierté, ils reprirent tout-à-
(i) tt Les Bretons, depuis la mort du roi Chlouis , out toujours été » soumis â la puissance des Francs, et ils avaient des comtes, non des » rois. » (Grégoire de Tours, !iv. 40 /
coup ces titres qu'av^aient effacés leurs défaites et leur sujétion.
Long; -temps Dagobert souffrit les provocations de ce peuple. La guerre fatiguait maintenant sa moUesse, et de vulgaires motifs n'avaient plus le pouvoir de Ty entraîner. Mais enfln la dangereuse rébellion des Gascons étant réprimée, et cette formidable armée de Bourgogne étant désormais oisive et sans ennemis , le roi se souvenant des Bretons résolut, avant de renvoyer cette armée , de la faire servir, ou au châtiment, ou à la réparation volontaire de leurs offenses. Elle allait donc marcher en Bretagne; mais auparavant on eut la pensée (|u'il pourrait sufGre d(^ la me* nace , et que l'évidente infériorité de leurs forces ôterail peut-èlre aiix Bretons le désir dVn faire lepreuve* Sur cette espérance • on leur envoya saint Eloi, autrefois orfèvre, maintenant trésorier de lepargne du roi , et depuis évéque de Koyon. Cet ambassadeur avait de Thabilelé et de la sagesse. Judicaêl, qui gou* vernait alors la Bretagne, n'était point dépourvu luimême de modération ni de prévoyance. Quand on eut porté devant lui les anciens traités; quand il eut entendu , de la bouche de saint Elloi, ses obligations, les infractions qu'il y avait faites, les* justes plaintes des Francs , leur puissante armée, Timminent péril où il était exposé , d'utiles regrets Tassaillirent, et sa piété, car ce prince était religieux , s'alarma. Bientôt il cessa d'être question de guerre, et l'on n'eut plus à débattre que les conditions du nouveau traité. Mais à leur tour ces dernières difficultés s'aplanirent; Judicaêl donna
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des otages , se reconnut sujet des rois francs , et promit de plus qu'il viendrait lui-même faire à Dagobert serment et hommage.
On eût pu douter de celte promesse ; mais il l'avait faite, et il n'essaya point de s'en affranchir. 11 vînt en effet à Clich y, suivi d'une nombieuse groupe des siens, et portant au roi de riches présens. Là , furent renouvelées les soumissions déjà consenties- k Pienncs. Les riïpporis furent rétablis entre les deux peuples , tels que les avait autrefois réglés Tép.ée victorieuse de Chlovis. Judicaël descendit du rang où il avait voulu s'élever, et s humilia généreusement devant son seigneur. On raconte même, chose étrange, que Dagobert l'ayant convié à sa table, il n'accepta point, préférant, disait-il, aller partager le sobre repas de saint Ouen , qui ne s'était pas encore retiré de la cour en ce temps, et qui exerçait Tofiice de référendaire (1). Elait-ce modestie, en effet; était-ce fierté? Toutefois , Dagobert ne s'offensa point , et le comte breton rispartit , comblé par ce prince des plus, libérales mar- (]ues de sa bienveillance.
(t) Il fat depuis évéque de Roueti.