LIVRE IX
déjà cent neuf ans, l'armée et la puissance d^Hermanfroî. Il s'y retrancha avec soin, et y rassembla de nombreux moyens de défense; car le poste était favorable , et c'était Ih qu'il avait dessein de combattre.
Pendant ce temps, Grinloald traversait rapidement l'immense forêt de Buchonie , et suivait , sans se détourner, la route tracée par la retraite des Thuringiens, certain, comme il croyait l'être, d'anéantir dans une facile victoire les dernières espérances du duc révolté. Sitôt arrivés à la vue du camp ennemi, l'ordre de l'investir fut donné aux Austrasiens. Mais le jour était avancé, et le soldat avait souffert de longues fatigues. Fallait-il différer ou presser l'attaque? Grimoald penchait pour le premier sentiment, et toutefois il était encore incertain. Les chefs donc furent appelés, et délibérèrent. Ce fut le moment où commencèrent à se découvrir les divisions qui fermentaient sourdement dans l'armée. Les uns , transportés d'une impatiente ardeur de combattre , s'indignaient qu'on prétendît leur prescrire de timides et inutiles délais. Dautres, que déterminaient des motifs divers, alléguaient néanmoins uniformément le besoin qu'avaient les troupes de quelque repos , et l'imprudence de mépriser un ennemi peu nombreux , mais vaillant , habile et désespéré. On contestait aigrement , et l'on s'obstinait. La délibération devenait de plus en plus stérile et tumultueuse ; aucun ne cédait ; aucune voix assez imposante ne pouvait désormais les concilier. On se sépara, et de toutes les résolutions qui pouvaient être propo-
sées , celle qu'on suivit fut , comme il arrive souvent j la plus imprévue et la moins sage.
Chacun persistant , chacun agit suivant le conseil quil entendait faire prévaloir. Ceux qui voulaient que Ion combattît , combattirent ; ceux qui exhortaient à attendre, refusèrent avec opiniâtreté d'aller au combat. C'étaient déjà deux armées , deux commandémens, deux desseins contraires. Bobon, duc d'Auvergne , et Œnovald, comte du Sundgau, étaient les plus importans parmi ceux qui avaient résolu d'attaquer immédiatement. Entraînant donc avec eux, le premier toutes les troupes de sa province , et le plus grand nombre de celles qui étaient sous le commandement d'Adalgise ; le second toutes les siennes , et beaucoup d'autres des diverses provinces de Germanie , leurs dispositions faites , ils marchèrent. Badulf, à qui ses intelligences avaient fait connaître le mécontentement des autres chefs de Tarmée, et leur projet de rester dans l'inaction, bien loin d'attendre, comme on l'avait supposé, derrière les palissades de son camp, en sortit au contraire au moment où les agresseurs gravissaient la colline , au sommet de laquelle il était assis, et fondant sur eux avec une grande impétuosité, il les réduisit promptement à renoncer à leur tentative d'attaque , pour ne plus s'occuper que de leur défense. Maiscette défense elle-même, quoique soutenue et renouvelée courageusement , devint à son tour impuissante. Les Thuringiens, trop faibles contre l'armée entière de Grimoald , ne l'étaient plus contre une partie. Favorisés d'ailleurs par leur position > ils