LIVRE IX
Fêtaient aussi par la lassitude des Francs. EnQn, pour ajouter encore à ces avantages, au nombre des troupes qui suivaient volontairement OEnovald, se trouvaient cqlles de Mayence. Ces troupes étaient de celles dont Radulf , prodigue de promesses , avait secrètement corrompu la fidélité. Au plus fort du combat , elles trahirent et se retirèrent , ouvrant ainsi aux Thuringiens un facile passage sur ie flanc de leurs ennemis. Alors tout fut perdu pour les Francs. Ce ne fut plus qu'une déroute , une irréparable confusion , un infatigable massacre. Bobon et OEnovald et la plupart des autres chefs succombèrent. De longues et nombreuses lignes de cadavres attestaient le découragement des vaincus , et marquaient leur fuite.
Le jeune roi assistait à ce lamentable spectacle; son cœur généreux et candide en fut déchiré. Anéanti dans sa douleur, il pleurait et redemandait avec amertume ses bons serviteurs qu'il ne verrait plus. Noble prince et digne de commander à des hommes , puisqu'il n'était pas sans pitié. Cependant Radulf , quand il se fut rassasié de carnage , rappela ses troupes et se renferma de nouveau dans son camp. La joie y était profonde. Dans celui des Francs , au contraire , régnaient la terreur, la méfiance et la trahison. La nuit fut affreuse. Tous s'accusaient et se craignaient réciproquement. Il y eut même un des domestiques de Sîgebert , à qui le soupçon d'avoir de Tamitié pour Raduif coûta la vie. Ce n'était pourtant pas qu'il fût encore question ni de soumettre, ni de punir le duc de Thuringe. D'autres pensées occupaient l'esprit de
Grimoald et de ses Francs. Il n'y avait plus de salut pour eux , croyaient-ils , que dans la retraite. Mais elle offrait elle-même de nombreux périls. S'ils ne pouvaient recommencer Tattaque sans témérité, rétrograderaient-ils avec moins de désavantage au travers d'un territoire ennemi , et devant une armée vigilante et victorieuse ? Partagés entre tant de craintes > ils ne pouvaient guère écouter que de timides conseils. Le jour venu, ils envoyèrent des messagers à Radulf, lui offrant la paix , et ne demandant « pour seule condition 9 que de sortir de la Thuringe sans être assaillis. Comment eût refusé Radulf des propositions qui lui assuraient les profits du plus favorable combat , et lui en épargnaient les hasards? Il s'empressa donc de les accorder, et les Francs retournèrent dans leur Austrasie honteusement, mais en sûreté. Pour lui, fier et puissant de sa gloire , bravant et dédaignant sans péril les menaces de ses plus ardens ennemis , s'il ne cessa point d'avouer , dans d'hypocrites et vaines paroles , la supériorité des rois d'Austrasie , il ne ce$sa pas non plus de la désavouer par ses actions. Il gouverna pour lui-même ; il fit en son nom des traités de paix et de guerre; il vécut dans toute la splendeur et toute l'indépendance des rois.