CHAPITRE m
FLAOCHAT (641).
Flaochat, oulre les prières et les artifices de Nantéehiidè, avait été réduit, pour achever de s'assurer les suffrages, à contracter envers les ducs et les évêques de Bourgogne rengagement formel et écrit de les maintenir en pleine et perpétuelle possession de leurs dignités et de leurs biens. Ce n'était pas un bien favorable témoignage de son influence , ni de la confiance qu'il leur inspirait. Les effets répondirent bientôt à cette expressive indication. La Bourgogne avait alors unpatriée qui se nommait Willebad. C'était un homme arrogant , inquiet , plein de lui-même , jaloux de son rang qu'il ne trouvait jamais assez élevé, vain de ses immenses richesses , qu'il n'avait pas toutes acquises par de légitimes voies. Il avait été quelque temps lié d'amitié avec Flaochat ; mais son élévation , qu'il avait contrariée de tous ses efforts , avait effacé jusqu'aux plus faibles traces de cette ancienne affection. Chaque jour, depuis que le nouveau maire avait été revêtu de sa dignité,Wîllèbad s'était appliqué à en embarrasser l'exercice. On croit même qu'il y aspirait , et que son orgueil était profondément offensé qu'un autre que lui l'eût obtenue. On suppose aussi que Nantéchilde lui imputait d'avoir provoqué , pour le seul intérêt de son ambition, les exigences des leudes de Bourgogne,
el de ravoir par degrés réduite à la nécessité fâcheuse pour elle de diviser l^autorité conBée à Erchinoald.
Flaochat , soit qu'il n'obéit qu^à ses ressentimens personnels, soit qu'il servit en secret ceux du maire de Neustrie et de la reine, soit enfin que les téméraires manœuvres du patrice lui eussent fait craindre de plus dangereux désordres en Bourgogne, Flaochat résolut la ruine de son ennemi. Il vint à Châlons, et s'étant concerté avec quelques leudes, il assigna pour le mois de mai suivant , un plaid général dans la même ville. Willebad s'y rendit ; mais avec une nombreuse suite d'hommes armés. Cette précaution, toutefois , ne suffisant point pour le préserver des embûches qu'on pouvait lui tendre dans l'enceinte même où les leudes étaient réunis , il refusa de s'aller asseoir parmi eux , et déclara , sans ménagement , les causes de son refus. Flaochat affectant de prendre cette mîéfiance à injure, et se faisant en même temps de cette injure un prétexte pour exécuter son véritable dessein, sortit à l'instant, se fit suivre par ses amis et ses serviteurs, et se prépara à assaillir Willebad. Mais au moment qu'ils allaient en venir aux mains, le frère de Flaochat, Âmalbert, étant accouru vers le patrice, avec l'apparent désir de le satisfaire , et la réelle espérance d'obtenir de lui qu'il posât les armes, celui-ci, au lieu de se laisser prendre à ses artifices, ordonna à ses serviteurs de le retenir , et s'en fit un otage qui devait, prétendait-il, lui répondre de sa sûreté. Déconcerté par cette sage action, et ne doutant point que la vie de son frère ne fût en effet me-