‹ Histoire des FrancsChapitre 94 sur 214 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

qu^avait déjà donné lé patrice , quand il avait fbil; saisir Amalbert. Leur caractère d'envoyés ne leur fut qu'une insuffisante sauve -garde; on les retînt à Autun.

Tout était prêt pour la vengeance convenue. Le lendemain , dès que le jour eut paru , Flaochat sortit de la ville en grand appareil de guerre , accompagné de plusieurs leudes de Bourgogne et d'une nombreuse troupe de soldats. Erchinoald sortit après lui, menant ses leudes et ses soldats de Neustrie , et se hâtant , comme pour mieux assurer le succès de l'expédition. Ainsi menacé, Willebad laissa son camp, qu'il avait négligé de fortifier , et marcha courageusement h la rencontre de Flaoehat. Bientôt on se joignit, on se défia , le signal fut donné , les rangs se mêlèrent , et dans ces commencemens du combat on n'eût su dire de quel côté se montrait le plus d^ardeur ou d'acharnement. Seulement on s'étonnait de l'inaction des Neustriens, qui, témoins oisifs de la lutte, affectaient une étrange répugnance à y prendre part.

On rapporte que ce fut le comte du palais, Berthaîre, qui donna l'exemple, et engagea, le premier , l'attaque contre Willebad. Devant lui, se rencontra fortuitement l'un des Bourguignons du patrice, lequel on nommait Manaulf. Celui-ci, qu'entraînait un courage imprudent et passionné , se précipita tout-à'coup hors des rangs, et, la menace à la. bouche, il s'avança contre Berthaire. Le comte avait été , en d'autrès temps , son ami : s^en souvenant alors , et s'effrayant du péril où sa témérité l'exposait : « Ap-

» proche, insensé, lui dit-il, et viens te mettre à cou- » vert ; » et comme il disait, levant rapidement son bouclier , il retendait sur lui pour le garantir. Mais Manaulf ne répondit à sa générosité que par une trahison. Ayant saisi le moment où Berthaire s'était découvert de ses armes , il le frappa lâchement de sa lance , et le renversa. D'autres encore qui suivaient Manaulf Grent au malheureux comte de graves blessures. Heureusement son fils Audebon se trouvait prèsjde ce lieu. Averti du danger où était son père, il court, il atteint Manaulf, il le frappe et le frappe encore, et ne l'abandonne que mort. Tournant ensuite contre les soldats dont le traître s'était fait aider, aucun n'échappa vivant de ses mains. Vertueuse action, et que ma plume dispute avec orgueil à Toubli.

Cependant Flaochat l'emportait. -Willebad avait aussi rencontré la mort ; ses amis étaient dispersés ; son camp étjait au pillage ; il ne restait plus rien de ces téméraires projets qui divisaient depuis un an la Bourgogne. Dès le jour suivant , Chlovis et Erchinoald sortirent d'Autun et reprirent le chemin de Paris. Flaochat se sépara deux et vint à Châlons. Un premier malheur l'attendait dans cette cité. A peine y arrivait-il , un incendie affreux éclatait , dont les progrès furent si rapides qu'il devint impossible de les arrêter, La ville entière périt. Contraint de l'abandonner, Flaochat s'embarqua sur la Saône; Saint-Jean de-Losne devait être le terme de ce cogrt voyage. Mais avant qu'il fût achevé, une fièvre aiguë saisit Flaochat , et le onzième jour après sa victoire , il était

Page 1