CHAPITRE IV
feWMOALD (640-654-655-656).
De plus graves événemens se préparaient en Austrasie. L'imprudentç et précoce élévation de Gri^^ moaid lui avait suscité d'assez dangereux ennemis, et il n'usait point de celte fortune avec une telle modéra*tion qu'il pût se faire de bien favorables changemens dans leur volonté. On avait eu d'éclatantes preuves de ces mécontentemens dans l'expédition de Thu* ringe , où l'autorité de Grimoald avait été si malheureusement impuissante , et ses conseils si dédaigneusement accueillis. Parmi ceux qui déguisaient le moins leur inimitié , Othon était le plus irréconciliable et le plus puissant. Othon, dont le père avait été gouverneur du roiSigebert, l'emportait peut-être sur Grimoald dans l'affection de ce prince, et son orgueil que fortifiait un si précieux avantage , ne fléchissait qu'avec répugnance devant la supériorité de son rival. Celui-» cî ne tarda guère à reconnaître quel redoutable advecr II. 14
saire c'était , et de quelle importance il était pour lui de le perdre. Mais il y avait des obstacles , même des périls , et la prudence qui conseillait cependant cette entreprise , prescrivait surtout d y paraître étranger. Car les regrets du roi ne pourraient manquer d'être profonds, ni les leudes du parti d'Othon, de les irriter pour mieux autoriser leur vengeance. Embarrassé quelque temps entre ces difBcultés opposées , Grimoald réussit enfin à les surmonter. Il eut recours à Leuthaire , duc des Allemands , lequel se laissa séduire par ses promesses , et consentit à devenir Finstrument de son ambition. Leuthaire donc ayant attiré Othon sur son territoire , lui tendit de secrètes embûches que 1q malheureux Franc ne soupçonnait point , et où il périt.
Ainsi délivré de son plu3 implacable ennemi, Grimoald réduisit aisément les autres à l'inaction et à Timpuissance. Son autorité s'affermit , sa dignité ne lui était plus disputée , son ascendant pesait uniformément sur le prince lui-même et sur les peuples. Alais il s'enivra de sa domination et de sa fortune. Elevé si haut, il se voulut encore élever. Tant de choses lui étant devenues faciles, il ne croyait plus qu'il pût y avoir des difficultés pour lui à aucune. Il exerçait la souveraine puissance ; il la voulut posséder. Son père avait fait monter sa famille tout auprès du trône ; il entreprit de l'y faire asseoir. Quelques circonstances indépendantes de ses combinaisons les favorisaient. D'un côté , l'excessive piété du roi , qui le détachait et le détournait des affaires , et le livrait, crédule