‹ Histoire des FrancsChapitre 96 sur 214 · LIVRE IX (660.6À4.65S · texte numérisé non relu

LIVRE IX (660.6À4.65S

Tictime, à tous les artifices de son conseiller. Outre cela la stérilité de la reine Imnichilde, et la chasteté de Sigebert qui lui inspirait un éloignement invincible pour les habitudes licencieuses des anciens rois francs. Enfin la répugnance toujours plus profonde qu'éprouvaient les Âustrasiens pour le gouTernement des rois de Neustrie , et qui semblait déjà balancer leur ancienne vénération pour la race de Chlovis. •

Grimoald donc, captant et circonvenant par degrés l'esprit du roi Sigebert, l'amena insensiblement h ce point de s'effrayer des désordres qui troubleraient le royaume à sa mort, des guerres que sa succession ferait éclater, des malheurs sans fin qu'aurait à déplorer l'Austrasie. De cette crainte naissait naturellement la pensée de s'en affranchir. Quel en serait le moyen? Grimoald l'offrit : « Il avait un fils , jeune enfant , en » qui se révélait déjà le plus heureux naturel. Pour- » quoi le roi ne l'adopterait-il point, comme avait fait 9 autrefois Contran , de son neveu Childebert? Il » n'était pas , il est vrai , de la glorieuse race des rois ; 3> mais il était dii sang de Pépin, et puisqu'il ne naissait » pas sur le trône, il n'en pouvait pas naître plus » près. » Sigebert entendit ce langage sans s'en étonner, et bientôt, entraîné par les spécieuses raisons où l'enlaçait Grimoald , il signa de sa main la fatale charte d'adoption. '^

Mais un événement qu'on n'attendait plus, vint subitement ébranler ce monstrueux édifice de fraude et d'orgueil. La reine Imnichilde eut un fils , et l'on n'eut plus à espérer ou à craindre que la royale lignée

prît fin. 11 semblait que tout dut être changé dans la pensée de l'ambitieux maire du palais. Il en arriva autrement. Cet homme n'était point d'un si timide génie, qu'il pût se déconcerter pour de tels obs- .tacles. Ses mains avaient touché la couronne, et ce n'était pas pour s'en retirer. Il prit à la vérité d'autres voies; mais il n'eut point d'autre but. Long-temps on put croire qu^il avait oublié lui-même cette adoption devenue inutile et inefficace. Il ne se montrait plus occupé que d'entretenir la paix, de tempérer les rigoureuses exigences du gouvernement , de soulager le peuple, de flatter les leudes, d'inspirer à tous de. la confiance et de l'affection. Ce n'était plus ce maître inflexible et présomptueux , qui ne savait faire usage que de la force, et menaçait toujours de contraindre pour peu qu'on tardât d'obéir. Il était facile, et sans orgueil maintenant, plein de modération, d'indulgence, et de piété. Il s'était fait craindre et maudire; il se faisait louer et bénir.

Tout-à-coup on apprend que le roi , si jeune encore , et si étranger aux excès qui usent la vie, languit, accablé d'un mal opiniâtre que l'art ne peut vaincre. Ces bruits n'étaient point menteurs; Sigebert s'éteignait , et sa mort ne pouvait manquer d'être prochaine. Averti du danger qui le menaçait, le malheureux prince s'en effraya pour son fils. Il chercha quels appuis il lui pouvait ménager, et n'imagina point qu'aucun autre le dût mieux servir et défendre, que celui qui Tavait voulu déshériter avant sa naissance. Persévérant donc , jusqu'à la fin , dans son

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