LIVRE IX (^00*654-655-656). 2t
aveagfe' préoccupation , il demanda qu^on appelât Grimoald, lui fit faire les plus solennelles promesses, remit ensuite l'enfant dans ses mains, et livra ainsi la Vie et les droits de ce jeune prince au traître qui brûlait de le dépouiller.
Bientôt ce qu'on prévoyait arriva; Sigebert n'était plus. Rien ne révéla, dans les premiers temps , les desseins que méditait Grimoald. Aucune trace apparente ne put faire soupçonner qu'il dût y avoîîr d'autres changemens que la légitime substitution du fils du roi à son père mort. Dagobert , car c'était fe nom qu'on avait donné au fils d'imnichilde , fut proclamé et reconnu sans hésitation. Grimoald n^affecta point une autorité supérieure à celle qu'il exerçait avec Si^ gebert. Mais quelques mois , quelques jours peutêtre écoulés , de sinistres bruits remplirent inopinément TAustrasie. On répandait que le jeune roi se mourait, et peu après succédèrent de lamentables récits de sa mort. Les peuples s'émui*ent et pleurèrent ; de solennelles funérailles furent célébrées ; on déploya toutes les pompes de l'orgueil et de la douleur ; on n'omit rien de ces fastueuses et stériles fêtes qui se donnent à la mort des rois. Alors seulement se découvrirent les criminelles espérances de Grimoald ; alors reparut l'ancienne adoption surprise à l'ingénuité de Sigebert. a C'était un titre sacré , disait » le maire du palais. L'Austrasie s'élèverait-elle » contre la volonté d'un prince si religieux ? Trompe- » rait-elle sou affection et sa prévoyance? Préférerail- » elle. un roi étranger? Lui plairait-il de s'humilier
et
» devant la Neustrie, et de lui être, comme autrefois, » soumise et sacrifiée? » Quelques évéques étaieot déjà prévenus ; beaucoup de leudes , eachaînés dès long-temps k 1^ fortune de Grimoald, confondaient la leur avec elle ; les autres , à qui le temps manquait pour se concerter, n'osèrent refuser leur assentiment, et concoururent , par faiblesse ou par impuissance , au succès de cette audacieuse usurpation. L'œuvre de Grimoald était accomplie; son fils Childebert était roi. Mais l'usurpation exceptée, le reste n'était que mensonge. La tombe élevée à Piagobert était vide ; ce prince vivait. Grimoald s'était arrêté, cette fois, dans son crime : il avait craint d'aller jusqu'au parricide. La dégradation, Texil, l'abandon, étaient les seules choses qu'il eût osées contre son pupille. Il lui avait coupé sa chevelure; après quoi , 4'évêque de Poitiers Didon, infâme instrument de ce détestable attentat , avait enlevé secrètement le malheureux roi dégradé , l'avait conduit dans une partie reculée de l'Ecosse, et l'y avait enfermé dans un monastère. Il se passa de longues années avant que cette triste histoire fût connue en France , et qu'on y fût détrompé de la téméraire imposture de. Grimoald.
Cependant on s'agitait en Neustrie; en Austrasie aussi les mécontentemens fermentaient. Cette révolution, si facile et si favorisée dq sort tant qu^elle n'avait pas été achevée , allait rencontrer, dans son succès i^ême , ses plus sérieux et plus redoutables périls. Rien n'avait embarrassé sea progrès; tout devait mettre obstacle à sa durée. La mort supposée de Ds^bert