LIVRE IX (650-654.660*656). 2tS
avait fourni le prétexte nécessaire pour tirer avantage de Tadoption ; mais en même temps elle avait attribué à Chlovis des droits dont ce prince ne se laisserait vraisemblablement pas dépouiller. On aurait la guerre, et il faudrait vaincre; car la couronne, déjà obtenue, était pourtant encore à ce prix : vaincus, Ton cesserait de régner. Mais de quelle affection FAiistrasie embrasserait-elle cette qua^elle? Combattrait^Ue avec ardeur et fidélité ? Ferait-elle d'assez unanimes efforts pour résister à de si puissans ennemis? Sur-» prise et eutraînée un moment par la tentative imprévue de Grimoald , maintenant elle ^'étonnait , et devenait incertaine , et commençait à douter qu'il fût Intime d'obéir à d'autres qu'aux enfans^ de ses anciens rois. Il y avait trois fils dans la maison du roi de Neustrie. L'un d'eux eût régné à Metz , et l'Austrasie n'eût pas cessé d'être indépendante. Aucun in-, térêt ne la pouvait engager à subir le joug d'un prince nouveau.
Erchinoald entretenait avec soin ces dispositions. En peu de temps, elles s'étendirent, et une imposante faction s'éleva' contre Grimoald. Découvrant alors ses desseins , le maire de Neustrie leva une armée , proclama la guerre , et revendiqua l'héritage de Dagobert. Grimoald aussi prit les armes, réduit maintenant à défendre par le courage cette couronne qu'il avait acquise par la trahison. Ils marchèrent, et se rapprochèrent , et furent bientôt réunis sur le champ fatal où s'allait apparemment trancher par l'épée ce grand différend. Tout se préparait, et déjà s'ouvraient
les terribles scènes de mort. Mais à ce moment , cens d'enlre les Austrasiens qui tramaient la perte de Grimoald se soulevèrent tumultueusement contre lui. On pénétra dans sa tente ; on le saisît ; on saisit aussi Childebert , et on les livra , chargés de liens , à Erchinoald. La trahison fut le terme de cette usurpation , comme elle en avait été le commencement. La guerre cessa ; les deux armées se mêlèrent, mais pour se réjouir /au lieu de combattre ; les droits de Chlovts furent reconnus ; les trois royaumes étaient de nouveau réunis (1).
Grimoald , conduit à Paris , fut jeté d'abord dans une prison, et bientôt après mis à mort (2). On n'est pas certain du sort qu'éprouva Childebert; mais il est difficile de croire qu'on ne lui ait pas fait expier aussi l'ambition de son père. Ainsi finit ce premier effort de la famille de Pépin vers sa destinée, (irimoald s'était trop bâté ; les temps n'étaient pas
(î) Tntereà domînus rex Chlodovœus migRivit a sœcufo Suscepit
illîcô filius ejus Lotharius rex Francorum regimen Austrasiî quoqtie
recepcrant filium jejas Gbildericum regem ii» Austrasiam. (yita sancUB Balhildisy cap. a.)
II est donc évident que ChOdéric ne régna en Austrasie qu'après ia mort de Ghtovi^, et que ce fut celui-ci qui f régna après Texpulsion de Childebert. Mëserai et le président Hénault croyaient que Cbildéric avait succédé à Childebert immédiatement.
L'auteur dont on vient de voir le témoignage était contemporain.
De pins, parlant aux leades assemblés à Oichy en 65$, Chlovis s'exprimait ainsi : Nostrûmque^ cuietiam tqta. natio fra^vcobitM' parbt. (Aymoiu, liv. 4) fb. 4i)r
(a) Propter scelus quod in dominum exercuit morte yitam iinivit. {Gest* reg- franc. ^ cap. ^Z).