‹ Histoire des Gaulois d'OrientChapitre 12 sur 40 · LES GAULOIS EN THRAGE · texte numérisé non relu

LES GAULOIS EN THRAGE

Pendant ces événements, la première division de l'armée gauloise avait pénétré dans la Thrace et s approchait de THellespont et deByzance. M. Gontzen ^ pense que cette armée était celle qui, au rapport de Justin, battit les Gètes et les Triballes; il est certain, du moins, que les Gètes occupaient une grande partie de la Thrace (nous l'avons vu au chapitre m) , et que les Triballes étaient depuis longtemps ou dans cette contrée ou tout au moins sur ses frontières, d'après un passage de Diodore ^ auquel M. Contzen renvoie plus haut. «rEn Thrace ^ dit-il, les Triballes, ff pressés par la famine, firent en masse {'vsavSrfiJLei) une «expédition sur territoire étranger; ils envahirent la Thrace ^limitrophe de leur pays, et dévastèrent impunément le ter- «rritoire d'Abdère. a Abdère étant un peu à l'est de l'embouchure du Nestus, ces Triballes avaient dû marcher par la tallée qui sépare le mont Orbel du Rhodope; ils venaient peut-être de ce que l'on appelle quelquefois la Dardanie; mais les Autariates, vainqueurs des Gaulois, ayant été, quelque temps après leur succès, refoulés vers la Péonie, au sud des Dardaniens, et établis par Cassandre sur

' Besonderer Theii , S a8. ^ Èv Tff Opax»;, dit Diodore de

* XV, XXXVI. Ce fait se rapportée Sicile, mais non pas eis r^r 0pala 10 1' olympiade. xipf.

le mont Orbel, sans résistance connue de la part des Triballes, il y a quelque lieu de penser qu au temps de Pyrrhus ceux-ci se trouvaient dans la Thrace elle-même.

Du reste, que la bande gauloise dont Antigone eut raison ait ou non passé par la Thrace, et qu'il y ait eu ou non confusion dans le récit de Justin, il est certain que les troupes dont il nous reste à suivre la marche ne durent pas traverser en amies le pays qui les séparait de Byzance. Mais n y avaient- elles pas déjà des frères? La colonne d'aventuriers dont il est question ici suflit-elle à fonder à la fois l'empire celtique de THeemus et les redoutables tétrarchies de l'Asie Mineure? C'est là une question que je n'ai vu examiner nulle part et qui n'est pas indigne d'intérêt.

M. Gontzen ^ cite deux passages, lun de Pline '^, l'autre de Sénèque', d'après lesquels, lorsque Gassandre régnait en Macédoine, une tribu gauloise fut assiégée par lui sur le mont Haemus. Les deux auteurs prétendent que, par suite des abatis considérables qui furent faits à cette occasion, le terrain se trouva beaucoup mieux pourvu de fontaines. Ils n'ont pas dû emprunter leur récit au même écrivain, puisque les bois furent abattus par les assiégés, selon Sénèque, par Gassandre, selon Pline; cette contradiction ne donne donc que plus de valeur à leur témoignage, touchant la présence des Gaulois sur l'Haemus au temps du fils d'Antipater, du vivant de Lysimaque, et, par conséquent, avant la guerre où succomba Geraunus. Or remarquons ici qu'il ne s'agit pas de forêts incendiées

* S ai. ' Sen, \atural. QuœsUan. Ub. III,

* ^wf. fia/. XXXI, IV. cap. M.

pour anéantir jusqu'au dernier des aventuriers audacieux. Pline dit seulement que le prince macédonien fit couper des bois pour se retrancher durant le blocus qu'il fit subir aux ennemis; Sénèque, que les Gaulois, se voyant serrés de près, se retirèrent sur THaernus et y abattirent des forêts. Ceci est fort peu vraisemblable : une tribu fugitive, qui cherche un asile sur les montagnes, ne les déboise pas. Mais ne faudrait-il pas combiner les deux témoignages et dire que, Gassandre ayant fait des abatis importants en vue d'envelopper les Gaulois sur les flancs de THœmus, ceux-ci lui échappèrent néanmoins, gagnèrent soit les crêtes de la montagne, soit un chaînon plus oriental, et parvinrent à s'y maintenir, ou même qu'ils s'y trouvaient déjà et que Gassandre n'en atteignit qu'un essaim?

Subtile hypothèse, dira-t-on peut-être. Je le dirais tout le premier, si les passages dont je parle restaient isolés dans l'histoire; mais je maintiens, au contraire, la vraisemblance de cette opinion , en présence des faits qui vont se produire et montrer dans la Thrace un empire gaulois puissant et durable, au temps même où celui d'Asie se constituait. Nous verrons, d'ailleurs, un peu plus loin, des raisons de penser que les Gaulois jouaient, en Asie, un- rôle considérable bien avant le passage de Lutar et de Léonnor : ces Gaulois ne venaient pas, sans doute, des bords du Rhône, ni peut-être des bords du Margus.

A l'arrivée des envahisseurs partis de l'IUyrie et grossis probablement par plusieurs Gaulois de l'Hœmus, les Byzantins n'osèrent opposer une résistance acharnée, et se soumirent à payer tribut. Il fallut que toutes les villes situées sur la côte européenne de la Propontide subissent

le même sort et vissent les Gaulois camper impuiiécnent dans leur voisinage. Lysimachie fut même enlevée par stratagème, et la Ghersonèse devint, pour un moment, terre gauloise ^

Dix-sept chefs commandaient ces bandes; maisLuthar et Léonnor sont les seuls dont le nom se soit conservé ^. Ces cheis ne tardèrent pas à passer la mer, comme nous le verrons bientôt; mais la voie était tracée , et ils furent promptement remplacés par quelques troupes revenues de l'expédition de Delphes. On ne peut suivre ces bandes mobiles dans les variations de leurs marches, de leur réunion et de leur séparation. La comparaison entre les passages de Diodore et de Pausanias sur le désastre des soldats d' Akichorios, taillés en pièces, en Thessalie d'après l'un, en Dardanie d'après l'autre , et peut-être battus successivement dans ces deux pays, indique apparemment la direction suivie par le gros de cette armée, qu'Appien dit avoir regagné sa patrie ^. Il put donc venir un certain nombre de Gaulois en Thrace par la Macédoine, tant après la victoire deSosthène qu'après l'expédition faite en Grèce; mais les restes de ces troupes avaient encore probablement fourni des mercenaires à Antigone et à Pyrrhus , bien qu'ils eussent la faculter d'en tirer directement d'illyrie. Il faut tenir compte de tout cela pour bien comprendre qu'après le passage en Bithynie de Luther et de Léonnor, la grande invasion de 279 ne laissa guère de soldats en Thrace, et que, par conséquent, le royaume de l'Hœmus devait re-

* Tite-Live, XXXVIII, xviii. aussi Athénée, dans Contzen, allge-

* Contzen, S 98. raeiner Theil, XXI, et besonderer ^ App. De rehis Ulyricis , iv. Voyez Theil , XXIX.

Aoiiter plus haut; il lui était, d'ailleurs, possible de se recruter lui-même par le flanc septentrional de ces montagnes; les Celtes scordisques, établis dans la vallée du Margus, pouvaient se trouver, par les plaines du bas Danube, en communication avec lui.

Le royaume gaulois de Thrace ne nous est guère connu que par Polybe, et, je dois le dire, il le regarde comme fondé par des échappés du désastre éprouvé devant Delphes, suivant les Grecs; mais, comme il nen raconte pas l'origine, comme il n'en parle quau sujet des relations entre ce royaume et Byzance, l'autorité du plus savant critique de l'ancienne Grèce ne me paraît pas décisive à ce sujet. Polybe appelle Gomontor le premier chef de cet empire; c'est un nom d'une physionomie assez gauloise; mais qui ne figure nulle part parmi ceux des chefs de la grande invasion; Pausanias, nous l'avons vu, appelle Kéréthrios celui qui marcha vers le pays des Thraces et des Triballes.

irLes Gaulois échappés de Delphes et arrivés sur l'Hel- «rlespont, dit Polybe \ ne passèrent point en Asie, mais ff demeurèrent dans le pays de Byzance, qui les avait charte mes. Ils devinrent maîtres de la Thrace, établirent leur <r capitale à Tylé, et réduisirent Byzance au plus grand ff péril. Dans le commencement de leurs incursions, sous ff Gomontor, leur premier roi, cette cité les apaisa par des ff présents de3,ooo,5,oooet jusqu'à 1 0,000 pièces d'or, ff pour éviter le ravage de son territoire. Enfin elle fut ré- (tduite à payer un tribut annuel de quatre-vingts talents,

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