IV, XLVI
ce qui dura jusqu au règne de Cavar, époque à laquelle le (f royaume gaulois fut détruit; et ce peuple, vaincu à son retour par les Thraces, fut anéanti tout entier. i) Les douloureuses exigences de cette situation avaient amené les Byzantins à établir un droit de navigation sur le passage du Bosphore , fait qui produisit une guerre dans laquelle se trouva engagée une grande partie de l'Asie Mineure ' ; et c'est à ce sujet que Polybe parle du royaume de Tylé. Quant au royaume gétique , qui naguère florissait sous Dromichaetès, M. Gontzen pense que ce peuple, abattu par tant de coups répétés, fut subjugué par les Gaulois, et que ceux-ci, pour assurer leur domination, obligèrent beaucoup de nobles Thraces à émigrer au service de puissances étrangères^. Le fait n'est pas invraisemblable, et il est certain que plusieurs écrivains mentionnent des soldats thraces dans les armées des rois de cette époque; mais il serait bien hardi de tirer de là des conséquences si précises. Si, en effet, l'on recourt au texte même des passages que l'auteur indique, on trouvera, dans Athénée', un Ptolémée, fils de Philadelphe, massacré en trahison par des Thraces, dans la ville d'Ephèse, puis vengé à coups de massue par une femme, historiette que je tiens pour fort suspecte. Je n'en voudrais pas dire autant du fait que rapporte un autre compilateur, et qui doit être du uf siècle. Vkntiochns.Jih d^Anliochus^ qui, dans Polyen*, attire à lui, par l'exemple du sort fait à ses mercenaires thraces, là ville thrace de Cypsela^, ne peut, en effet, être Antio-
* IV, xxxviii et iLvii à L. * IV, xvi.
* BesondcrerTheil, S 99. * Dans \e bassin inférieur de ' L.Xin,l.Illp.342,éd.Tauclm. THèbre.
chus Ëupator, qui n a jamais rien eu à démêler dans ce pays-ià; ce nest pas non plus Hiérax apparemment, car ce n est pas en Europe que devait se décider la possession du royaume de Syrie. C'est donc Antiochus II Théos, (ils dAntiochus Soter, et telle est, d'ailleurs, l'interprétation de M. Gontzen. De l'an 54 à l'an 62 des SéleucidesS Antiochusll combattit le roi d'Egypte, Philadelphe, pacifique de sa nature, mais fidèle à la politique que les Lagides conservèrent le plus longtemps possible, de maintenir sur un terrain étranger à l'Egypte le théâtre des débats qu'ils avaient avec d'autres souverains. Le siège de Gypsela peut fort bien appartenir à cette lutte, et, s'il n'est pas bien clair que les habitants de la ville fussent alors ofi6(pvXoi et 0fij6yXœ(T(TOt des généraux Tiris et Dromichaetès, comme le croit Polyen, ces noms paraissent réellement thraces ou gétiqties : seulement rien ne nous prouve que ce fussent des Thraces /orcm^f émigrés^ et, par suite, l'argumentation de M. Gontzen ne parait pas ici bien solide. Enfin une autorité bien plus grave que ces deiix-là, Polybe, mentionne des Thraces et un général thrace dans les troupes que le régent d'Egypte, Sosibius, dirigea contre la Syrie dans la i/io® olympiade. Mais, comme ils étaient placés dans le même corps que les Gaulois, et comme Polybe ajoute, ex [lev tôûv xoltoUûôv holI tSûv èitiyâvùôv^^ je ne puis voir là des émigrés chassés par un roi gaulois et cherchant aventure ; tout au plus pourrait-on y voir des des-
* Foy-Vafllant, Seîeucidarum im- pyrus grec du musée britannique.
perium, dans une préface du Corpus inscript.
' Sur les soldats épigones des ar- (s* fascicule du 3* volume); pour le
mées d'Egypte, voyez ie second pa- passage de Polybe. voy. 1. V, c. lx\.
cëndants de Thraces bannis à l'époque de Gomontor; encore ne faut-il pas oublier qu'il y avait des Thraces parnû les compagnons d'Alexandre, conséqueniment parmi les troupes que se partagèrent ses successeurs, et que les guerres des premiers partages durent en faire accourir beaucoup pour prendre leur part du butin.
ffNous savons peu de chose, ajoute l'écrivain allemands des rapports qui existèrent entre ce royaume gaulois et les autres peuples, ainsi que de son état politique; mais il est certain qu'il arrêta la prospérité des riches cités de la Propontide et du Bosphore. Leurs fortifications empêchèrent, il est vrai, qu'elles ne fussent sérieusement menacées ou assiégées; mais les territoires importants qu'elles possédaient en dehors de leurs murailles, et dont le produit était la source de leur commerce, ne pouvaient être conservés en paix, sans puiser bien avant dans la caisse de l'État. iî
Il n'y a ici nulle objection à faire. Mais , quand l'auteur, se fondant sur ce que Polybe emploie l'expression générale de Thraces^ suppose que l'empire gaulois s'étendait sur tous les peuples de cette dénomination, et quand, de la position de 7y/^ (position que j'ignore), il conclut que l'Haemus se trouvait au centre^ de cet empire, j'avoue que je conserve des doutes. Rien ne prouve même que le royaume des Gètes ait été anéanti par les nouveaux arrivants, et M. Gontzen lui-même ne regarde pas Gypsela comme étant
* Contzen , besonderer TheO , battus par Alexandre. Trogue Pom- S 29. pëe disait : quas régimes Tylenioecu-
* Strabon (t. 11, p. 81-82) parle parunt (Prol. XXV); mais Justin ne de Thraces au delà de THaenius, corn- nous le dit pas.
de leur domaine. Nous verrons, d ailleurs, tout à l'heure, que, du moins dans la seconde moitié de ce siècle, il y avait des Thraces indépendants.
Un document historique d'une nature spéciale, auquel renvoie l'auteur des Migraliom des Celtes y la grande inscription d'Olbia ^ gravée en l'honneur d'un certain Protogène, peut donner des renseignements plus précis, quoique très-insuffisants encore, sur la puissance des Gaulois au nord de l'Hœmus; essayons à la fois d'en déterminer la date et de reconnaître ce qu'elle nous apprend de la position alws occupée par les Gaulois.
Nous lisons dans la seconde partie de cette inscription : (T La plus grande partie de la ville, du côté du fleuve, se ff trouvant dépourvue de murailles, ainsi que le quartier ffdu port et l'ancien marché aux poissons. . . des désernteurs nous ayant appris que les Gaulois (raXaTÀ?), alliés traux Scires, avaient formé avec eux une grande armée, cet devaient arriver pendant l'hiver; que les Thrisa- (T mates, les Scythes et les Sandarates désiraient un refuge, (T parce qu'ils craignaient aussi la cruauté des Gaulois, «beaucoup de citoyens se décourageaient et se prépa-
f: raient à abandonner la ville Le peuple se réunit
«pour délibérer, etc.-» Vient ensuite l'énumération des actes patriotiques de Protogène ; il paraît , d'après la teneur de l'ensemble, que l'invasion annoncée n'eut pas lieu^
Or, du texte cité, il semble résulter deux choses : l'une
^ Cdonie de Milet, un peu au- Bug, selon VAei^H {Atlas antiquns). dessus de l'embouchure du Borys- * Corpus tnscrtpttonum gi^wcarum , tliène (Strabon, Vil, m) ou du n" 2o58.
que les Gaulois ne s'étendaient pas jusqu'au voisinage d'Olbia, où l'on ne prévoyait point ordinairement de péril de leur part, et près de laquelle vivaient des Scythes, mêlés de tribus probablement sarmates; l'autre, qu'ils n'en étaient pas assez loin pour qu'une invasion de leur part fût incroyable, leur esprit d'aventure étant, d'ailleurs, connu non-seulement des Milésiens d'Olbia, en rapports fréquents avec Byzance, mais aussi de tous les peuples barbares des environs. Il n'est pas bien téméraire d'en conclure que les Gaulois de Thrace s'étendaient alors au delà de l'Haemus (bien qu'à la rigueur ces Gaulois, alliés des Scires, pussent être ceux de la haute Mœsie); l'inscription doit se rapporter au temps de leur plus grande puissance, puisqu'ils faisaient trembler des populations situées si loin, au nord du Danube. Or cette puissance redoutable des Gallo-Thraces dura très-peu. Le Cavar dont parle Polybe, et sous le règne de qui elle s'écroula, intervint comme pacificateur dans une guerre entre Prusias et les Byzantins, et parvint à leur faire conclure la paix*; or cette guerre est de la iSg* olympiade, soixante ans à peine après l'attaque de Delphes^. Le sens natu-
^ Il existe des médailles portant xxiv) Féloge que Polybe fait des qualiles mots [B]acT(Ae[&)(] Kaiiapo[ii], tés de ce prince et des services qa il [B}ao-iXe&)[(] Kaiisfoii, BcuriXeeûç renditaux Byzantins dans leurs hosti- Kauapov, la première avec une tète lités contre les Bithyniens et les Thrabarbue, la seconde avec une tète lau- ces; il y avait donc, comme je le rée. Toutes trois ont été trouvées près disais tout h Theure , des Thraces inde Ghoumla , et, par conséquent , au dépendants. Plus haut (IV, xlv), parnord de la crête des Balkans. {Revue lant de la situation habituelle des Byde mmism, t. Il, p. 458-465.) zaïitins au milieu des Thraces, il ait
* Pol. IV, xxxvni-Lii; voy. (VIII, que la ville est pressée par une mul-
rel du texte de Polybe s oppose à ce que l'on distingue ici deux Cavar, le pacificateur et le dernier roi de Tylé; d'ailleurs l'historien écrivait vers le milieu du siècle suivant, et ce royaume n'existait plus de sou temps ^
Comment s'opéra ce nouveau changement dans Tétat politique de la Thrace? M. Contzen pense que le caractère belliqueux de ces Gaulois s'était émoussé, et que des recrutements continuels pour l'étranger avaient affaibli notablement cette population campée au milieu de races hostiles. Ici encore sa critique est judicieuse; mais ne vat-il pas trop loin quand il fait entendre que les armées gauloises qui remplissent l'histoire militaire de ce temps-là étaient habituellement recrutées en Thrace? Sans doute il vint, et nous le verrons, des Gaulois d'Europe en Asie, dans la seconde moitié du ui® siècle; mais les rois de Syrie et de Cappadoce trouvaient plus de facilité à recruter des mercenaires au cœur de l'Asie Mineure qu'à en faire venir des forêts du mont Haemus; et la Bithynie elle-même, à portée des deux Etats, dut emprunter plus souvent des soldats aux anciens alliés de ses rois qu'au royaume d'outre-mer, ne fût-ce que pour prévenir chez ceux-là le désir d'envahir son territoire.
titade de princes et de peuples qu^elle donne la même conclusion ; seulement
ne peut jamais satisfaire tous à la il ajoute, d'après Strabon (VII),
fois. qu'il resta , jusqu'au temps de l'em-
' Wemsdorf (De rep, G. c. i, S i o) pire, des Celtes mêlés aux Thraces.