ÉTABLISSEMENT DES G4UL0IS EN ASIE
Les barbares étaient en Asie Mineure, et ils ue songeaient, après avoir accompli leur tâche, ni à sortir de ce pays, ni à y vivre en laboureurs ou en pâtres; ils y continuèrent leur vie vagabonde et pillarde. <rlls inspirèrent, (rdit Tite-Live, une si grande terreur à toutes les nations (rqai habitent en deçà du Taurus, que celles-là mêmes tr qu'ils n'avaient pas abordées, les plus éloignées comme (ries plus voisines, obéissaient à leurs ordres, aussi bien ^que les cantons envahis. Et, comme ils se divisaient en «T trois tribus, Tolistoboyes, Trocmes et Tectosages, ils dit visèrent TAsie en trois parts, dont chacune devait être tr tributaire de l'une d'elles : aux Trocmes, la côte de (rTHellespont; aux Tolistoboyes, l'Ëolide et l'Ionie; aux «Tectosages, les provinces de l'intérieur. Ils exigeaient le <r tribut de toute l'Asie en deçà du Taurus ^d
L'Asie dont il est question ici, c'est ce que.les Romains appelaient, au temps de Tite-Live, la province d^Asie : l'ensemble du passage est clair, surtout si l'on songe que, deux lignes plus haut , l'auteur dit que les Gaulois partirent de Bithynie pour pénétrer en Asie. Les limites approxima-
' Tite-Live, livre XVI, chapi- de la prononciation des Grecs, me tre xxxviii. J'adopte i orthographe parait concilier les orthographes an- ToUstohwfes, qui, en tenant compte tiques.
tives de cette contrée, que les Gaulois avaient assujettie plus encore par la terreur que par les armes, étaient, au sud, le Taurus, et à Test probablement la Gappadoce : ceci résulte du texte que je viens de traduire et de celui qui , dans la géographie de Ptolémée, porte le titre de ty}s iSîaskaicus &é(ns ^ En faisant abstraction des îles, qui se trouvaient à l'abri des Gaulois, l'Asie de Ptolémée comprend les rivages des mers Myrtoïque, Egée et Propontide, sauf, pour ce dernier versant, ce qui appartenait à la Bithynie; elle comprend, en conséquence, Cyzique, Parium, Lampsaque, Abydos, laMysie et la Troade : c'était la part attribuée aux Trocmes; elle comprend aussi l'Éolide etl'Ionie, abandonnées aux Tolistoboyes; quant à la Doride et à la Garie , il semble que les Gaulois ne se soient pas habituellement avancés jusque-là, et que les habitants, enhardis par les difficultés que le terrain présente entre les cours supérieurs du Méandre et de l'Hermus ^, par les derniers contre-forts du Taurus et par le voisinage de Rhodes, n'aient pas payé tribut aux nouveaux maîtres de l'Asie Mineure. Tite-Live, nous l'avons vu, excepte tout ce qui est au delà des monts. Les cantons de l'intérieur, où les Gaulois levaient leurs contributions, comprenaient certainement une partie de ce qui s'appela Galatie au temps de l'empire; et la Grande Phrygie tout entière devait être comprise dans la part des Tectosages , ainsi que la Phrygie Epictète, la Méonie et même la Lycaonie*. M. Gontzen paraît considérer comme limite de l'invasion vers le sud
* Liv. V, ch. II. HamiitoD {Researches in Asia Minor).
* Voyez les six premières pages * Ptolémée, V, iv, S lo; vi,Si6; du chapitre xl dans le -voyage de cf. ii, S 26.
ia ville de Thémisonion, dont les habitants, à lapproche des Gaulois, se mirent, avec leurs familles, en sûreté dans une caverne \ comme le raconte Pausanias, qui ne dit pas si la ville fut dévastée. Personne, du reste, n'attribue aux Gaulois loccupation intégrale et permanente de ces provinces, tr H ne faut entendre ici par le mot con- ((quête y ni l'expropriation des habitants, ni une occupaïftion du soi tant soit peu régulière. Chaque horde restait tr retranchée, une partie de l'année, soit dans son camp de (t chariots, soit dans une place d'armes; le reste du temps, (T elle faisait sa tournée par le pays, suivie de ses troupeaux cr et toujours prête à se porter sur le point où quelque cr résistance se serait montrée. Les villes lui payaient trier but en argent, les campagnes en vivres; mais à cela se rr bornait l'action des conquérants; ils ne s'immisçaient en ce rien dans le gouvernement intérieur de leurs tribu-
cr.taires Cette vie abondante et commode, sous le plus
ffbeau climat de la terre, dut attirer dans les rangs des (T Gaulois une multitude d'hommes perdus dans tous les tf coins de l'Orient, et beaucoup de ces aventuriers milite taires dont les guerres d'Alexandre et de ses succesffseurs avaient infesté l'Asie^. •» Bien des actes de violence durent assurément signaler ces tournées; le suicide des vierges de Milet en est un épisode, et, à Ephèse, les Gaulois trouvèrent, dit-on, une Tarpeia'. Mais il est certain que la dynastie de Pergame ne fut pas interrompue. Memnon dit même, au sujet de ce maintien des gouvernements indigènes, qu'en définitive (to Sk jéXos) l'arrivée
^ Besond. Theil, S 3o; Pausan. * Amédëe Thierry, Impart, ch. v. X, XXXII. ' Conizen , ubt supra.
des Gaulois fat favorable ao pays, car les rois s'efforçaient d anéantir la démocratie ( des colonies grecques), et les nouveaux venus la protégèrent, en contenant ses ennemis ^
Cependant Tétat présent était fort pénible : il Tétait pour les populations soumises à ce brutal régime; il Tétait aussi pour la fierté des princes dont les sujets étaient ainsi tributaires des barbares et tributaires à merci. D'après un récit fort connu, Antiochus, le plus puissant des princes voisins, et celui qui avait le moins à craindre pour Tensemble de ses Etats, en cas d'un premier échec, prit Tinitiative de la lutte et marcha en personne contre les Gaulois.
rrll rencontra, dit Lucien, leur armée brave ^i fort (T nombreuse [rsïJiOei rsofivoXXovs) , présentant une phaUwge cr rangée en bon ordre, de vingt-quatre hoplites de profonadeur, et protégée, sur son front, par des soldats armés 9 de cuirasses d^airain; sur les ailes était leur cavalerie monft tant à vingt mille combattants; du centre devaient s'élan- (T cer quatre-vingts chars armés de faux et deui fois autant (rde chariots à simple attelage ^.i) Nous voilà bien loin des dix mille soldats qui, selon Tite-Live, étaient entrés en Asie. Et, si ce récit était pleinement historique, si la rhétorique n'y était pas entrée pour une large part, comme
* kvTtxoBu/Jàfievoi to& èvntOe" raio , et qae la viHe dont il écrit l'his-
liévois,ch, XIX ; op. Phot. p. 397. Si toire était, en vertu da traité cité
Memnon semble passer l^rement plus haut, à l'abri de la pr^nière in-
snr les désastres de leur arrivée, il vasion.
faut se rappeler d'abord que noos ne * SwaipAos. (Lucien, dans iV
posséilons que des extraits de son pascule intitulé : Zeuxù on Antio-