ETENDUE ET TOPOGRAPHIE DE LA GALATIE
L accord unanime des écrivains classiques, qui donne Pessinonte aux Tolistoboyes, Ancyre aux Tectosages, et Tavium aux Trocmes; l'accord encore plus décisif de ces écrivains avec les inscriptions et les médailles, ne permettent pas de concevoir Fombre d'un doute sur la vérité de cette attribution; et, si Memnon intervertit cet ordre géographique, il faut, comme un voisin des Galates ne pouvait pas s'y tromper, dire, avec le P. Hardouin^ que le kpms appartient, non à lui, mais à Photius; ou plutôt, aJQuterai-je, aux copistes de Photius.
Quant à l'étendue de la Galatie, durant l'époque de sa complète indépendance, il faut, pour la déterminer, s'en tenir à celle des régions que Strabon et Ptolémée assignent à ces trois peuples, sans tenir compte, pour le moment, de l'extension considérable que les frontières gelâtes atteignirent, au temps oii ce pays descendait rapidement la pente de la servitude à l'égard de Rome. Pour passer du plus connu au moins connu, commençons par les Tolistoboyes, dont la géographie est moins difficile à restituer*
L Les Tolistoboyes. — Depuis les voyages de Texier et
* Note sur le xlii' chap. du V* liv. de Pline l'Ancien.
de Hamilton, depuis les travaux de Franz et de Ritter, il ne peut rester aucune hésitation sur la position de Pessinonte, leur capitale. Ses ruines sont là, étalées en plein soleil, sur un espace considérable S au pied d'une montagne, où l'on n'a pas de peine à reconnaître le mont Dindyme des anciens^, près duquel Pessinonte était située, d'après Strabon '. Acrçpole bâtie sur un plateau escarpé de tous côtés, excepté au nord; nombreux fragments de colonnes, débris témoignant, à chaque pas, de l'importance et de la magnificence des monuments publics; monceaux de blocs de marbre, architraves sculptées et frises, dont chacune marque la place d'un temple, d'un arc de triomphe ou de quelque autre monument; restes du fronton d'un temple et d'un portique, dont plusieurs colonnes sont encore en place; enfin théâtre, dont les sièges en marbre sont presque tous conservés; et, sur les collines voisines de la vallée qui conduit vers le Sangarius, antiquités de toute sorte*: voilà, même en dehors de quelques inscriptions grecques trouvées sur les lieux ^ des preuves surabondantes de l'existence d'une grande ville ancienne à l'emplacement désigné. Aucune de ces
* Voyez Texier, Voyage en Asie Mineure, 1, p. 166 et.suiv. — Hamilton, Researches in Asia Minor, t. I , p. lii^-lilii, analysé par Ritter, Klein- Asien, 1. 1, p. 676.
* Ritter, Klein- Asien, t.I, ch. xni, pag. 5si6-5<i7. — Hamiiton, tomel, p. 438.
* È&li ^è Ôpos xnrepnelyievov rffç "oràXecjs rà ^Mvfiov, éÇ>' 6^ ^ Aiv-
Sv|X);y^, HoBéjfep ôiro réâv Kv€éXav ») KvfôA);. (Str. liv. XII, ch. v; éd.
Tauchnitz, t. III, p. 67.)
* Voyez Hamilton, Res. in Asia Minor, 1. 1, p. 439-4/10. —Cf. Tex.
Voyage en Asie Mineure, 1. 1 , p. 1 66-
* Corp, inscript, grœc, n" 4o8i- 4o84. — Hamilton, App, n" i43- 1 46 des Inscriptions.
inscriptions, il est vrai, ne porte le nom de Pessinonte; mais à Sevri-Hissar, situé à neuf ou dix milles anglais seulement \ et qui ne présente nullement Taspect d une grande cité antique ^, les habitants racontent qu'on a apporté d un lieu voisin les débris de marbre épars dans leur cimetière ^ Or, en tête des onze inscriptions de Sevri-Hissar, que donne le Corpus inscriptionum grœcarum ^, Bgure celle d'un sarcophage, publiée et commentée par Franz ^, puis éditée par Hamilton sur une copie plus exacte ^, et qui contient un décret du sénat et du peuple tolistoboye de Pessinonte, en l'honneur d'un de leurs magistrats muni* cipaux, décret appartenant à l'époque impériale, puisque les Pessinon tiens y portent le nom à'augtutaux [freSoLofliffvccv). Cette inscription a clos tout débat sur la position de Pessinonte.. D'ailleurs les mesures itinéraires discutées par Franz ^, l'analogie de cette inscription avec le style lapidaire d'Ancyre et le style numismatique de Tavium *, c'est-à-dire des deux autres métropoles galates, complètent la démonstration de ce fait que le monument appartient à Pessinonte même. Je me borne, ici, à indiquer le raisonnement du célèbre épigraphiste , sans m'arrêler aux détails des itinéraires, sur lesquels je reviendrai bientôt pour déterminer d'autres positions, en partant de celle de Pessinonte déjà connue. Je note seulement, pour ne pas
' Hamaton, 1. 1, p. 438, * Voyez le Corp, inscr. n' 4o85,
* Texier, 1 1, p. 166. et Hamilton, App, tàj. ^ Ibid, ' Pag. 19-so.
* N-4o85-4o95. • Page 33. — Eckhel, DoctriM ^ Fûnf Inseknften und fmf Stàdte titunm. veter, Pessinw et Tavium. —
in Kiein-Asien, Hard. Nummt ant. TAOTIANÛN.
être soupçonné de cercle vicieux, que, parmi les localités dont la distance à celle-ci est donnée, il s en trouve, comme Ancyre et même Germa, qui n ont pas besoin de ces mesures pour être reconnues.
Quant à la situation de Bala-Hissar (emplacement de Pessinonte), par rapport au Sangarius (Sakaria), Ritter a éclairci d une manière précise la prétendue difficulté que faisait naître sur ce point l'ignorance, longtemps prolongée en Europe, sur les différentes branches de ce fleuve. Que la rivière d'Angora ait porté le nom de Sangariiis, rien ne s^oppose à ce qu'on le pense; mais ce n'est pas le vrai, ou du moins le principal Sangarius des anciens. Ce nom appartenait à la rivière qui coule vers Festy au sud de Pessinonte, pour tourner ensuite au nord et rejoindre la première ^ Le témoignage des habitants du pays, recueilli par Hamilton^, montre d'ailleurs que, lorsque Ptolémée place au sud-ouest de Pessinonte la source du Sangarius ^ il a parfaitement raison, et que Strabon a raison encore de la placer à i5o stades environ de cette ville, puisque cette distance est estimée à huit heures de marche *. Quant au mont Adoreus, où Tite-Live indique la source du fleuve , Ritter ^ fait observer que nul autre écrivain ne le mentionne sous ce nom; mais, en 1861, une carte de Kiepert conserve^, en modifiant son cours, cette branche intermédiaire du Sangarius, qui vient du sud pour passer
* Voyez Ritter, KlettirAsien, t. I, * Hamiiton, t. I, p. A/ia.
p. 45i, 453,458, 690,594, 597, ' Voyez Ritter, p. 45t.
536; et, pour les détails, Hamiiton, * «Hamiiton, t. I, p. 449-443.
tomel, pages 433,434, 449, 444, ' Page 459.