HO HISTOIRE
En la lisant, on regrette néanmoins que cette description ne soit pas plus complète , et que le docte voyageur ne nous dise pas si réellement ce monticule est presque inaccessible au nord, en pente douce au midi, et offrant une pente accessible, mais seulement jusqu'à une certaine hauteur, au sud-est et au nord-ouest, comme Tite-Live nous représente le mont Olympe ^ Hamilton ne nous dit pas non plus si quelque éminence , située à i mille de remplacement du camp gaulois, domine la route qui conduit du pied de la montagne au sommet ^. Du moins Tite-Live parle du camp gaulois comme d un retranchement proprement dit, assez difficile à franchir et contenant une multitude de femmes et d'enfants', ce qui donne lieu de penser qu'il était construit d'avance, et qu'il a pu subsister depuis. Si un passage de l'auteur semble indiquer, avec le récit même de l'attaque, que le plateau du camp n'était pas sur un pic entièrement isolé ^, le dessin de la carte de Hamilton, que j'ai de mon mieux reproduit sur ma carte, ne l'indique pas précisément non plus; on pourrait même, à la rigueur, y retrouver les traits principaux de la description faite par l'auteur latin; on pourrait donc, jusqu'à informé contraire, admettre l'identification proposée et penser que les Tolistoboyes s'étendaient à l'est jusque-là.
Je dois ajouter néanmoins, sur le témoignage de M. G. Perrot, qui a visité les lieux et a bien voulu me
* XXX VIII, IX. (ftium fuga csdesque fuit, et magna
' /W. xxi-xxii, «tpars rupibus inviis in proiîindœ al-
' IM. uii-xxiii. (rtîtodinis convafles delapsa est.» —
^ (îLateper omnes anfractns moii- Après toQl, Tite-Live ne l'a pas va.
DES GAULOIS D'ORIEM. 111
communiquer le résultat de ses observations, que les détails topographiques exposés par l'historien latin ne se reconnaissent pas ici : le pic d'Assarli-Kaiya est bien un cône, et quant aux fortifications du sommet elles n'ontpoint paru au docte voyageur français présenter ce caractère d'antiquité qui semble avoir entraîné l'opinion de Hamilton. Il les assimile, au contraire, aux fortifications de campagne, improvisées par les Grecs d'Europe dans la guerre de l'indépendance (1821-1827), et ne voit aucune preuve que celles d'Assarli-Kaiya ne soient pas d'une époque tout à fait moderne : néanmoins il ne nie pas que la géographie de l'Itinéraire ne puisse conduire à voir là le mont Olympe. Quant aux constructions de grand appareil et manifestement antiques de l'Asie Mineure, M. Perrot les croit plutôt pélasgiques que celtiques : il m'a dit n'avoir pas vu les ruines près d'Istanos, dont il va être question. M. Ainsworth, sorti d'Angora en mars 1 889 , et descendant la vallée de l'Enguri-Su , arriva le surlendemain de son départ à Istanos, petite ville située sur la rive droite du Tchar-Su, à l'extrémité orientale d'un défilé, dans une position pittoresque et dominée par des hauteurs couronnées de ruines antiques *. Le lendemain, continuant sa route dans la direction du nord, par les montagnes, tri! rencontra, sur une hauteur avancée ^, une enceinte de fr retranchements semblables aux fortifications galates, forfrmée d'énormes blocs de rocher, qu'il ai^^ehii pélasgiques, tf offrant néanmoins une certaine régularité dans sa cons- «ttruction et ressemblant à celle d'Assarly-Kaiya,T? ainsi
' Ritter,Ar/«n-y4«fV?w,p. 53i-.S3fj. — * On détarhée {\orhohe).
qu'à d autres moDuments de la même contrée; nen sorte, cr continue Rilter, qu'un assemblage de forteresses galates (rbien caractérisées se montre clairement {^sich nachwei" ixsen lasst) dans quatre monuments du territoire galate, (rtout à fait analogues entre eux, et inconnus jusqu'à pressent \-» Le quatrième est une construction isolée, du même appareil celtique, que M. Ainsworth a rencontré à Beyad, dans le voisinage des mines de seP, sur la rive occidentale de l'Halys, et à Test de Tchangri (Gangra), canton qui devait appartenir aux Trocmes , si nous nous en rapportons au passage où Pline ' les désigne comme ayant formé une partie de leur établissement aux dépens de la Paphlagonie.
IV. Les Trocmes. — Pour le même motif, il faudrait peut-être, et quoique l'Halys forme ici une limite bien naturelle, attribuer aux Trocmes plutôt qu'aux Tectosages la position de Kalaijik, oh Hamilton, après M. Texier, place le Galatôn-Teichos des anciens. C'est une petite ville située près de l'Halys, mais à la gauche du fleuve, un peu au nord de la route directe d'Ancyre à Tavium. Hamilton a trouvé là quelques inscriptions grecques et une latine , outre deux grecques à peu de distance , à Akjah-Tash \ L'acropole de Kalaijik a, d'ailleurs, une assiette assez forte
. ' Ritter,iif&tn-il«Î6n^p.53i,533. au nord de la route d*A!ajah à Ka-
. ' Il s'agît ici des mines de sel si- laijik.
tuëes sur les frontières de PapUa- ' ^ H, N. V, xlii : «qui Mœoniœ el
gonie. Celles oii M. Hamilton recon- frPaphlagoniœ regionem, Trocmi.»
naissait des salines mentionnées par * Voyez son Appendice, n" 96-
Strabon se trouvent à Chayan-Kieui , 101. — Corp. I, n*' 4099, /iioi-a.
pour avoir pu attirer la préférence des Galates, et, quoique le château soit de construction turque, le voyageur anglais trouva, dans leB murs extérieurs, de grands blocs qui lui parurent helléniques ^ Les antiquités d'Akjah- Tash, à trois lieues environ au nord-est, ont un caractère plus artistique^; on y voit d'ailleurs les restes d'anciens remparts sur le sommet de Tacropole. Les mots Kcûfiris xX(t)(T(TOLfiév(iûv , qui se trouvent dans Tune de ces inscriptions, ont fait penser à M. Hamilton que c'est là VLœfirf, capitale des Comenses, signalés par Pline comme un peuple galate; la conclusion me semble bien arbitraire, et je n'y insisterai pas.
Revenons aux textes classiques.
(rLes Trocmes, dit Strabon, habitaient les cantons si- (rtués vers le Pont et h Cappadoce; c'était le pays le plus cr riche (rà xpàrio^a) de toute la Galatie. Il s'y trouve <r trois forteresses, Tavia, ville de commerce... Mithrida- (rtium, que Pompée démembra du royaume de Pont, pour (rie donner à Bogodiatare (apparemment un tétrarquedes ff Trocmes), et Danala, où eut lieu l'entrevue de Pompée <ret.de Lucullus^. -n
Laissons de côté Mithridatium , qui n'appartient pas à la Galatie primitive , et Danala que l'on ne reconnaît nulle part, à moins qu'on ne veuille la retrouver dans la Dadusa de Ptolémée ou de ses copistes, dont j'indiquerai bientôt la position plus ou moins approximative; arrivons au point capital, c'est-à-dire à l'emplacement de Tavium, la métropole des Trocmes *.
' I, 4ii-4t2. 'T. III, p. 56 deTéd. Tauchnitz.
' I, /ii3-/ii/i. * VoyezPline,V,xLii.— Cf.Stpab.
iU HISTOIRE
Ptoléraée la place à *io' seulement au sud d'Ancyre, mais à i^ 35' plus à l'est. Sans doute je n'accepte cette donnée que comme indication vague du lieu où il faut thercher Tavium; mais les mesures astronomiques qui accompagnent le nom de chaque ville des Trocmes fournissent des preuves surabondantes de ce fait qu'ils se trouvaient à l'est des autres Galates. La différence notable en longitude que donne l'auteur entre Ancyre et la ville la plus occidentale des Trocmes permet d'ailleurs de reculer, en toute sécurité, au delà du coude de l'Halys leur établissement principal ; il y a donc une certaine vraisemblance à admettre que le fleuve formait en partie la limite réciproque des deux tribus, trocme et tectosage.
Quant à Tavium ou Tavia elle-même, M. Hamilton a cru devoir combattre l'opinion qui la voyait dans Tchorum ^ Il renvoie, pour l'exposé de ses motifs, au VII® volume du Journal de la Société royale (anglaise) de géographie, que je n'avais pas à ma disposition; mais je n'ai pas eu besoin des preuves négatives du savant voyageur, puisqu'il cherche directement où il faut reconnaître la capitale des Trocmes. En effet, quelques pages plus loin^ après avoir écarté* l'identification avec Yeuzgatt, qui ne contient aucun vestige d'antiquité, et qui, commandé de tous côtés par des collines très-élevées {lofty), comme il le
XII, V, el Ptoiémée, V, iv, S 9, où site pas plus qu'Eckhei à lire Tpôx-
Tavium est en première ligne. — fxojv pour TPO.
Cf. Eckhel (t.III de la Doctrina mm- ' T. I, p. 379.
morum veterum) , TPO. TAOTIANQN ' Pages 89 1 -898.
(méd. des emp. afr.). Hardouin n'hé- ' Pages 386-887.
DES GAULOIS DORIENT. 115
dit lui-même, ne peut avoir été le (ppovpiov de Slrabon, Hamilton s'arrête à montrer que Taviiim est Boghaz- Kieui, le Pterium de M. Texier, ville qui peut, en effet, avoir été la capitale de l'ancienne Ptérie, au temps où il n'était question, en Asie Mineure, ni de Trocmes, ni de Galates. Des antiquités, faciles à reconnaître pour asiatiques, s'y laissent voir encore aujourd'hui *; mais il n'y a pas contradiction entre ces deux sortes de données, et Ton peut même accepter pour ancien nom Pterium, si, comme le pense M. Amédée Thierry, l'élymologie de Tavium est gauloise^, si, par conséquent, ce nom fut, aune époque comparativement récente, imposé par les Trocmes conquérants à leur capitale.
Ce ne sont pas les murs cyclopéens de Boghaz-Kieui ' qui déterminent la conviction de M. Hamilton : le village d'Euyuk a aussi un mur de ce caractère, et ses antiquités ne sont pas du tout gauloises * ; d'ailleurs les murs de ce genre ne manquent pas en divers lieux de l'Asie Mineure ^ Cène sont pas non plus des inscriptions grecques, car il n'en signale aucune; encore moins des inscriptiobs galates, que l'on ne trouve nulle part; c'est la position même de la ville. ftNous apprenons de Strabon, dit- il,
^ Voyez Hamilton, p. «SgS-SgS et Voy. XHisudes GauUns, ch. v. Entre
ia planche. — hài^^ , Asie Mirmire , les deux étymologies on n'a que
pi. 2 , 3 , /i , 5 , 8. — Uevue archeoL l'embarras du choix. — Hérodote
février 1862. — Texier, l, 209- nomme la Ptérie, mais non Pterium.
9t4, Cf. 9i5-922. ^ Hamiilon, l, 891.
* Taobh, place, quartier, séjour * l, 38 2-383 et planche.
enlanguegallique(y4»Mfron^'«DtW.). ' I, 47, 383, 478: il, 8, 34,
— Taw, grand, large, étendu, en 42, 70, 78; et Schônbom, ficiVrÂtg-e
langne cambrienne {Owen's Dtct.) . — zur G. Klein-Asien , p. 1 7- 2 .
crque Tavium était une place d'un grand commerce, et, (Tconséquemment, avait des communications nombreuses ff avec les cités voisines; fait confirmé, ajoute Fauteur, par cr les nombreuses routes qui, sur la Table de Peutinger et trdans l'Itinéraire d'Antonin, conduisent de Tavium à difffférentes villes ^t? Or il poursuit en constatant que les distances données de Tavium à Angora , Césarée , Amasia , Zela et Néocésarée, conviennent précisément à la position de Boghaz-Kieui. La première et la deuxième sont fournies par les deux documents; les trois autres par la table seule, qui donne deux routes de Tavium à Néocésarée. L'auteur fait observer, au sujet de cette dernière, qu'il faut corriger ou plutôt interpréter ici le texte, cette route étant identique, jusqu'à Zela, avec celle qui conduit.de Tavium à Comane du Pont, ce qui explique l'omission de plusieurs stations déjà données par celle-ci. Il ajoute que Rogmor, trouvé en première ligne sur la route de Tavium à Zela, est probablement une faute de copiste pour Trocmor(um) , signifiant que Tavium est la capitale des Trocmes. Or, en tenant compte de cette correction, l'on a 90 milles romains de Tavium à Zela; et la distance de Boghaz-Kieui à Zilleh, qui, comme on le voit, a conservé son nom, est de 98 milles romains, ou 70 milles géographiques. Entre Tavium et Ancyre, l'Itinéraire d'Antonin donne 116 milles; et, sur cette route, 68 d' Ancyre à Eccobrige. D'après Ainsworth, la distance totale est de 85 milles géographiques, soit ii/i milles romains. Enfin, de Tavium à Césarée, l'Itinéraire donne 109 milles, et
* Hamilton, I, SgS-SgG.
la Table 191, peut-être à cause d'un détour. Les 85 milles géographiques qui constituent la distance réelle, étant 1 1& milles romains, il n'y a pas deux lieues de différence avec la mesure de l'Itinéraire; on pourrait donc se tenir pour satisfait de cette triple démonstration.
Cependant M. Texier, aux pages Û97-Û99 de son volume sur l'Asie Mineure, publié tandis que je composais mon mémoire, refuse de s'y rendre, mais sans se rallier aux opinions qui identiGaient Tavium, soit avec Tchorum, soit avec Yeuzgatt. Selon lui, Tavium est Nefez- Kieui, kfàti kilomètres au sud de Boghaz-Kieui , et, comme on le voit sur la carte de Hamilton, à peu près à la même distance à l'ouest de Yeuzgatt : Hamilton a parcouru les deux routes. M. Texier fait observer que Tavium, encore important sous le Bas-Empire, doit présenter des antiquités grecques, et que l'on en trouve à Nefez-Kieui, tandis qu'elles manquent totalement à Boghaz-Kieui; que, d'ailleurs, Nefez-Kieui, située dans un pays ouvert, convient mieux que l'autre situation à un centre d'où partaient, dans des directions diverses, plusieurs grandes voies de communication. Ces raisons sont graves, et l'on peut accorder à l'auteur qu'une simple désignation d'itinéraire ancien est un moyen peu sûr de déterminer une localité; j'avoue cependant que je me sentirais retenu par cette considération, que ce n'est pas une distance itinéraire, mais cinq qui concordent à désigner Boghaz-Kieui, si ces deux localités n'étaient si peu éloignées que l'accord approximatif des distances peut se reporter de l'une à l'autre. Une incertitude sur ce point ne bouleverserait pas beaucoup la topographie de la contrée; mais il faut noter
il8 HISTOIRE
que ics niolil's archéologiques qui ont frappé M. Texier ont porté aussi la conviction dans l'esprit de M. Perrol, comme je le tiens de lui-même.
La position de Tavium étant déterminée, il reste d'abord à grouper autour les localités assez nombreuses que désigne Ptolémée; je dis autour, car Tavium est assez central d'après l'ensemble de ces données. Parmi ces villes ou bourgades, il en est une, Karissuy que le géographe dit être à l'est de Tavium et à la même latitude. Je crois devoir m'arrêter ici, parce que je me laisse aller à. la pensée, ou à l'illusion, d'en avoir retrouvé l'emplacement véritable et précis, assez différent des indications de Ptolëmée, puisque c'est au nord-nord-est de Boghaz-Kieui (à une médiocre distance). Je me hâte d'ajouter que cette découverte, je ne l'ai pas faite sur les lieux. Voici le cas dans toute sa simplicité.
M, Hamilton avait trouvé à Tchorum ^ un assez bon nombre d'inscriptions dont il reproduit quelques-unes^, et, quoique la première (la plus longue) y eût été apportée d'un village ruiné, situé près de Tekiyeh, il ne put se défendre de la pensée qu'il était dans le voisinage de quelque ville importante de l'antiquité, ou du moins du temps de l'empire, car plusieurs de ces inscriptions étaient surmontées d'une croix. Les Turcs de Tchorum lui dirent que ces inscriptions et colonnes , encastrées en assez grand nombre dans les murs, debout ou ruinés, de la ville, avaient été transportées là d'une place ruinée appelée Kara-Hismry située sur la route de Yeuzgatt. Ils ajoutèrent que leurs
' l, 378-379. — ' Appendice, n? 80-88.
anciennes chroniques ne mentionnaient ni Yeuzgatt ni Tchorum, mais que le pays et la ville s'appelaient autrefois Kara-Hissar.
Naturellement M. Hamilton résolut de visiter le lendemain ce curieux emplacement; il arriva en effet à une colline noirâtre, dont le sommet domine toutes les collines qu'il fallait dépasser d abord , et s aperçoit de loin au-dessus de leurs crêtes, cr La position de cette masse isolée de roche trachytique, s'élevant, dit-il, à plus de cent pieds, au centre dune petite plaine, environnée de collines basses, bien que plusieurs vallées s'ouvrent dans différentes directions, était tout à fait frappante : il est évident que ce fut là un lieu d'une grande force et d'une véritable importance. Le sommet consiste en deux pics, éloignés l'un de l'autre de cinquante à cent pieds, dont l'un est presque inaccessible; tandis que l'autre, mesurant environ cent pieds de long sur vingt de large, porte des restes de murs et d'arcades, prouvant qu'il a été fortifié. Une fortification semblable enveloppe la partie la plus accessible de la base ; au pied de la colline , sont les restes d'une ville considérable, consistant en ruines massives de quatre ou cinq grandes constructions en pierres non taillées, la surface [outer-caviri^) de presque toutes ayant été enlevée ou détruite; cèXdMprohahlement un ouvrage turc. . . Je fus désappointé en n'y trouvant aucune trace de ruines grecques ^ -^
Que le voyageur n'en ait pas trouvé M, je le crois, puisqu'il le dit; mais il les avait trouvées à Tchorum, il
' I, 38 1-38-2 : fflt certainly was rrat not findîng any traces of hel- 'f not Taviiim , and I felt disappointcd rrlenic ruins. ^ '
vient de nous le dire lui-même. On trouve bien à Savri- Hissar presque toutes les inscriptions connues de Pessinonte; et, si cette dernière a pourtant gardé sur son sol d'immenses débris, personne ne comparera le centre du culte de Cybèle à une obscure cité des Trocraes. Kara-Hissar n est donc pas purement turc, ou, du moins, ne Ta pas toujours été; il n'est pas tout grec non plus, mais il paraît rappeler l'appareil gaulois. Sans doute le nom est bien turc, et même ce n'est pas le seul Kara-Hissar de l'Asie Mineure^; Kara^ qui signifie noir, comme nous avons vu, fait sans doute allusion à la couleur de la colline; mais serait-ce là le premier exemple d'un peuple accommodant à son idiome un nom propre d'une langue étrangère, et cherchant par des allitérations un sens que sa propre langue lui fournit? Sans aller plus loin, Strabon 2 mentionne l'opinion que le fleuve Halys tire son nom des mines de sel (aX?) qui se trouvent dans le voisinage. D'ailleurs les Turcs de Tchorum disaient non-seulement que le nom de Kara-Hissar était connu avant ceux de Tchorum et de Yeuzgatl, mais qu'il s'étendait à tout le canton. N'est-ce pas la civitas romaine, la Tsékis hellénique? Si donc nous trouvons, dans la géographie ancienne, une cité d'un nom semblable, située dans le même pays, peufr-on se défendre de les identifier? Assurément M. Hamilton l'aurait fait lui-même, si son désappointement lui eût permis de méditer sur sa découverte. Cette cité, c'est Karissa. La différence qui existe entre les données astronomiques de Ptolémée et la position réelle de la
' AGom Kara-Hissar, Eski Karn^ ' T. III, p.23,imï.deréd. Tauch- Hissar, Kara-Hissar (Develi). nitz.
ville, par rapport à Boghaz-Kieui, n'est point une fin de non-recevoir, quand on a devant soi des textes où les mesures ne varient que de 5' en 5', et où les longitudes présentent si souvent une déplorable confusion. Kiepert ^ écarte sa Karissa bien plus au nord-est de Tavium que je ne le fais ici. Si, tout en admettant mes conclusions, on voulait maintenir la position de Kara-Hissar, par rapport à Tavium, telle que Ptolémée la donne, il faudrait ramener cette métropole entre l'Halyset les mines de sel, si près de l'un et des autres que l'on comprendrait peu le silence de Strabon sur cette double particularité.
La Dadusa de Ptolémée, où l'on peut, avec quelque bonne volonté, trouver la Danala de Strabon, était, s'il en faut croire le géographe alexandrin , à 1 5' à l'est et à âo' au sud de Tavium. Ce serait à peu près l'emplacement de Yeuzgatt; mais nous savons que M. Hamilton n'y a point reconnu d'antiquités, et une situation dominée de toute part convenait peu aux villes antiques, encore moins à une forteresse galate; on placera, si l'on veut, Dadusa sur quelqu'une des hauteurs voisines qui forment le prolongement de l'Ak-Dagh. Lascoria, Ândrosia, Phubalana, Saralé, Ânicia, Rastia, n'ont point été signalées, à ma connaissance, si ce n'est que la première se trouve, apparemment d'après Ptolémée, sur la carte de Kiepert^. Disons donc seulement que Rastia et Saralé sont placés par Ptolémée à près d'un degré à l'est de Tavium, mais un peu plus au sud, surtout la première, Lascoria au
^ Atlas antiquus, Asia Citerior. celui de Lassoro, que la Table de Wernsdorf {De rep, Galatarum, Peutinger place aux environs de^Tachapilre v, S 7 ) rapproche de ce nom vium .
nord-ouest, et Androsia au nord- est de cette métropole. Je n'ai pas à parler ici de Glaudiopolis, signalée comme la ville la plus occidentale; mais les inscriptions et la position astronomique de Tekiyeh me feraient incliner à y reconnaître Androsia (et, en ce cas, Kalaïjik aurait pu hériter de Glaudiopolis), si les détails que Strabon donne sur cette frontière ne me déterminaient à reculer celle-ci vers Tekiyeh, et Androsia vers Tchorum, pourvue aussi d'inscriptions ^
V. Limites de la Galatie. — Un passage de Ritter, qui lui-même était favorable à cette opinion, m'avait porté un instant à placer les limites septentrionales de la Galatie bien plus loin que les cantons parcourus jusqu'ici dans cet examen, bien plus loin surtout qu'on ne peut l'induire de Ptolémée; c'est celui ^ où l'auteur rappelle les monuments signalés par M. Bore sur les hauteurs d'Yflani, entre Zafaran-Boly et Kastamouni, bien loin dans la Paphlagonie, monuments que le voyageur français nommait ;?aphloffoniens. Ritter lés joint à ceux de Bejad, de Karawiran, etc. et les croit celtiques. Voyons ce qu'on en doit penser.
La position de Zafaran-Boly et de Kastamouni est bien établie par les cartes d'Andriveau-Goujon et de Hamilton; cette dernière porte , en outre, dans l'intervalle, Agyan of Yflani, Bazar of Yflanî, noms qui peuvent servir à reconnaître le canton niontagneux dont parle Bore. S'il fallait reculer la Galatie jusque-là, il n'y aurait pas de difficulté
' Hamihon, Appendice, 80-88, — - klein-Asien, t. 1, p. /i6A.
DES GAULOIS D'ORIENT. Jâ3
à comprendre dans ses limites les points colés aux numéros 4120-/1126 du Corpus inscripltonum grœcarum \ c'està-dipe la région à Touest de Gangra; il faudrait encore, ce me semble , y faire entrer Gangra elle-même , située entre cette contrée et celle que j'ai reconnue comme appartenant aux Trocmes; tandis que Ptolémée ^ donne comme latitude extrême de leurs cités celle de Tavium, celle d'Ancyre pour les Tectosages, et, pour les Tolistoboyes, une ville située à 10' seulement au nord de Pessinoute, c'est-à-dire à peu près au confluent des deux Sangarius (Vindia). Au contraire, les hauteurs d'YQani appartiennent à une chaîne de collines située au nord de l'Orniinius (Ala-Dagh), dont Ptolémée place le centre à ko' plus au nord qu'Ancyre'; l'Orminius passe un peu au nord de Gangra. Le géographe nomme d'ailleurs cette montagne à l'article Pont et Bithynie, c'est-à-dire dans la province romaine comprise sous cette double dénomination, province qui s'étendait, sur la côte, depuis la Propontide jusqu'à Kytore, un peu au delà d'Amastris, à 3o' à l'est des bouches dli Parthenius , et , dans l'intérieur, jusqu'à Juliopolis*. Etienne de Byzance, en citant, au mot Gan- (jra, la même autorité, met cette ville en Bithynie. Juliopolis, située au sud de la montagne, était, selon Ptolémée, à la même latitude qu'Ancyre, mais à 2** plus à l'ouest,
' Environs de Tscherkesch de Ke- l ouest. La latitude relative est exacte,
redi? Cf. le Corpus et la carte d'An- la longitade ne Fest pas, car Angora
àn\eau-Goujoïi (Empire ottoman , en est juste au sud du centre de la
deux feuilles). chaîne.
* Voyez Ptolémée, livre V, cha- * Ptolémée, V, i, $ 1,7, 10, ih.
pitre I. — Cf. Schcenemann , De Bith^nia et
^ Et deux à trois degrés plus à Ponto, p. i-3, 76-91.
c'est-à-dire au point où je iai placée sur ma carte, d'accord avec Y Atlas antiquus de Kieperl (sa carte de i8/io était incorrecte sur ce point). Tout ceci concourt à piacer au nord-est, vers le Sangarius même, ia frontière de la Galatie. Ptolémée limite la province bithynienne, crau sud, trpar l'Asie propre, et, à l'est, par la Galatie, voisine de la ffPaphlagonie, et par la ligne qui part de l'angle commun crpour rejoindre, sur la côte, la ville de Kytore, apparte- (rnant encore au Pont'.-w Plus loin^ il répète que la Galatie est bornée, à l'ouest par la Bithynie et une partie de l'Asie, au nord par le Pont, et à l'est par la Cappadoce, faisant d'ailleurs partir le Pont de la frontière de Bithynie, telle qu'elle était tracée alors.
Mais la Paphlagonie n'était, on le voit, au temps de Ptolémée, qu'une désignation historique, et, comme il ne fait pas de géographie historique, il la mentionne à peine en passant. Strabon, au contraire, en fait, et beaucoup ; il a, de plus, ici , l'avantage d'être, par sa naissance, voisin des lieux que nous examinons. C'est donc de lui surtout qu'il faut apprendre quelle était la condition politique de ces diverses contrées, avant que le niveau de la domination romaine y eût passé.
A la fin du chapitre (des éditions modernes) qui concerne le Pont', Strabon décrit la Paphlagonie. (cLe reste cr du gouvernement du Pont, dit-il, se trouve au delà (c'est- -à-dire à l'ouest) de l'Halys; c'est la région de l'Olgas- «rsys, limitrophe du territoire de Sinope. L'Olgassys est et une montagne très-élevée et d'un accès difficile; tous
' Ptolémée, livre V, chapitre i, * V, S i.
S 8-9. * Le troisième du livre XII.
cries temples de cette montagne appartiennent aux Paphlaff goniens. Autour de l'Olgassys sont les fertiles cantons de ffBlaène et deDoraanite, celle-ci traversée par la rivière
ff Âmnias C'est là qu'est située Pompeiopolis Après
ff Pompeiopolis, le reste de la Paphlagonie appartient à la ^région de ïintérieury jusqu'à la Bithynie, en allant vers ff l'occident. Ce district, de peu d'étendue, a eu des rois œ (particuliers) jusqu'à ce temps où, la lignée s'en étant
ff éteinte, les Romains ont pris possession du pays ^ Là
(Tse trouve la Kinistère, avec la place forte de Kimiata, fcau pied de l'Olgassys. C'est de là que Mithridate, sur- (T nommé le Fondateur^ partit pour devenir maître du Pont, te et ses successeurs l'ont conservée jusqu'à Eupator. Le ff dernier roi des Paphlagoniens futDejotarus, fils de Castrtor, et surnommé PhiladelphCy qui avait pour capitale ffune petite place de guerre nommée Gangra. n
Le canton que Strabon vient de décrire est bien celui qui nous occupe. L'Olgassys, c'est le Doghou-Dagh, qui figure sur la carte de M. Andriveau-Goujon, petite chaîne située entre les bassins du Gheuk-Irmak et du Deverek- Tchai, Umsdeux au sud de la chaîne d'Aroud-Dagh, prolongement de rx41far, et qui comprend le canton ou le chaînon d'Yflani, comme on le voit en comparant cette carte avec celle de Hamilton. Je dis que l'Olgassys c'est
' L'auteur avait dit, au commen- mène, comme les Gaulois à leurs té-
cernent du même chapitre, en rësu- trarques (il ne confondait donc pas
mant l'histoire de cette contrée de- ce pays avec laGalatie), et que, plus
puis Mithridate, que Pompée donna tard, les Romains créèrent là des
quelques cités de l'intérieur à gou- dynastes , des princes et des républi-
verner aux descendants de Pyla- ques.
le Dogliou-Daçh, et non i'Aroud ou l'Alfai-Dagh, et, pour cela, je me fonde non-seulement sur la position que Kiepert donne à l'Olgassys ', mais sur les paroles mêmes de Strabon. Celui-ci ne dit pas, en effet, que l'Olgassys limite le territoire de Sinope, comme il le dirait probablement de la chaîne qui enveloppe, au sud, la banlieue de cette ville; mais que la contrée qui V environne {v 'cs&pï tov OXydcraov) forme la frontière de la Sinopide. Gr les deux contrées fertiles qui l'environnent sont évidemment les deux vallées que je viens de nommer, et l'Amnias est une de ces rivières. Kiepert se décide pour le Gheuk-Irmak. Je ne verrais pas a priori de motif pour le contredire, et il y aurait même une certaine vraisemblance en faveur de cette opinion : c'est que Strabon semble dire que Pompeiopolis se trouve dans la Domanite, c'est-à-dire dans le bassin de l'Amnias, et qu'il fait commencer à partir de cette ville [fiera rvv HofiTvviov -nyrfXiv) la Paphlagonie intérieure, ce qui s'accorde bien avec cette position 2. Mais la question est tranchée , si mon interprétation de Strabon est juste, car les inscriptions nous apprennent ^ que Pom-
^ Carte de l'Asie citërieure, dans nom de la métropole PompeiopoJis.
son Atlas antiquus. Quant à Strabon , après avoir nommé
* M. Schœnemann, dans sa Dis- h Blaène et la Domanite, h' ^ (et
sertatio de Bithynia et Ponto (p. 89- non pas li œv) kfivlas pst ^aora-
91), nous dit, d'après leurs mé- fxàs, il ajoute immédiatement : tv-
dailles, quÂmastris était métropole raô^a UidpthâTYjç EvTrdtTwp ràs
(delà côte Ponliquc), et que Pom- ffixopLif^ovs toô BidvvoH Zyvàfiets
peiopolis Tétait (de la Paphlagonie iphrftf rf(^àvt<yev. Et, après quelques
intérieure), comme Amasia de son détails sur cet événement : Kât^raO^a
propre territoire. 5* à'nelelydtf 'ufôAis ^ Uop.intiw-
^ Voyez Corpus inscripttonum grœ- ttôXis, ( Livre XÏI , chapitre m , snh
canm, /ii53-4i56; on y lit le fnem.)
DES GAULOIS rVORIKNT. 127
peiopolis est Tasch-Koupr.ou , et la carie d'Aiidriveau-Goujon place Tasch-Kouprou sur le Gheiik-lrmak. Ainsi la Paphlagonie intérieure commence au nord de l'Orminius, au nord de Gangra par conséquent; elle comprend les deux versants de l'Olgassys. Or, Strabon vient de nous le dire, ce pays eut des rois particuliers jusqu au moment où les grands suzerains de ce temps-là, les Romains, se ladjugèrent par droit de déshérence, peu avant l'époque où lui-même écrivait. Ce pays s'étendait à r<mesljtisquà la Bitkynie, et son dernier roi eut Gangra pour capitale. Tout cela sépare si nettement de la Galatie Kastamouni, Zafaran-Boly, Keredi et même Tscherkesch, qu'il ne faut plus songer à en faire des villes galates.
Qu'une demi-douzaine de numéros fussent mieux placés à l'article Paphlagonie qu'à l'article Galatie, dans le Corpus imcriptionumy cela n'a qu'une médiocre importance; mais je ne puis laisser en oubli ces fortifications que Ritter veut comprendre dans le système gaulois.
Les ruines de l'Yflani n'ont pas été comparées de visu à celles de Kara-Wiran ou du mont Olympe. Ni Hamilton ni Ainsworth ne les ont vues; M. Roré seul les signale. Je ne conçois pas le moindre doute sur leur existence : Hamilton et Ainsworth ne les ont pas vues, tout simplement parce qu'elles n'étaient pas sur leur chemin; mais enfin des descriptions d'auteurs différents peuvent-elles doflner une complète assurance sur le caractère identique de constructions qui , après tout, n'étaient pas des œuvres d'art? Si un voyageur dit, J'ai vu des colonnes doriques aux grottes de Beni-Hassan, tout le monde sait ce qu'il entend par là; mais, quand il s'agit de blocs massifs, il me fau-
drait une description bien détailiée de ieur agencement pour être sûr qu'ils sont semblabies. Les monuments massifs ne sont pas, d'aiileurs, bien rares dans i' Asie Mineure. (rDe retour à Bartan, dit M. Bore, je pris, le 38 mai, la route de Castemouni, située au centre de la Paphlagonie, environ à trente-deux heures de distance; j'employai cinq
jours à ce trajet Le quatrième jour j'atteignis de hautes
montagnes, couvertes de pins magnifiques Le lendemain, à trois lieues de là, je vis sur une petite élévation un monument circulaire ayant 1 8 mètres de diamètre. Les murs, conservés jusqu'à la hauteur de 6 pieds, étaient d^ énormes blocs de granit brut. Au pied du monument, du côté méridional, gisait un énorme* obélisque fracturé en deux parties A la hauteur du sol, il paraissait un ornement semblable à un cordon assez grossièrement fait. Toute la plate-forme de ce monument recouvrait avec des pierres massives un caveau ou souterrain de la hauteur d'un homme. Le caractère simple et puissant à la fois de cette architecture me fait penser qu'elle est bien antérieure à la conquête romaine, et que cet édifice servait à l'ancien rite paphlagonien ^ i) Tout cela est très-médiocrement gaulois.
Je ne veux pas dire pourtant que les Gaulois n'ont jamais pris possession de l'Yflani. Nous ne connaissons poiiît l'itinéraire de leurs premières courses, et Strabon, en limitant aux bouches du Sangarius la Bithynie primitive, nous met fort à l'aise pour supposer que les bons alliés de Nicomède se sont conduits en maîtres dans la Pa-
* Mémoire à l'Académie des insciiptions, daté de Tokat. — Cf. S 5 da Journal de voyage.
DES GAULOIS DECRIENT. 129
phiagonie; mais ils nont pas fait de ce côté d'établissement permanent. La Paphlagonie occupée par les Trocmes, dont parie Pline, ne peut représenter que les cantons de Bejad et de Kalaîjik; car il nest pas besoin d admettre qu'il se soit trompé,, comme il l'a fait au même endroit pour la Méonie ^
Quant à la frontière orientale, il n'y a pas, je crois, à se préoccuper beaucoup de l'idée émise par M. Hamilton \ qu'il faut la chercher dans la ligne du partage des eaux entre les bassins de l'Iris et de l'Halys. Cette limite, en effet, est bien peu sensible, puisque, après avoir cru la reconnaître aux environs de Tekiyeh, en se 'dirigeant vers Tchorum, il s'aperçoit, après avoir dépassé cette dernière ville, que l'Alajah-Su, rencontré alors par lui, coule dans le Tchoterlek-Irmak, affluent de l'Iris'; et il s'arrête enfin*, pour la limite naturelle du Pont et de la Galatie, à la chaîne des hauteurs qu'il dépassa après la plaine appelée Hussein- va, trois heures après sa sortie d'Alajah, c'està-dire à la longitude de Tavium même. Il faudrait, si l'on suivait sa pensée, reléguer dans le Pont gala tique, nonseulement la position attribuée à Karissa par l'atlas de Kiepert, mais celle même de Kara-Hissar; il faudrait, à plus forte raison, lui laisser Tchorum et Tekiyeh, que le Corpus attribue à la Galatie, et réduire le pays des Trocmes à des proportions si étroites, qu'elles supposeraient une population tout à fait minime.
Recourons plutôt à Strabon. Le géographe d'Amasée,
^ Voyezfttjwti. Pour Strabon, XII, ' Hamilton, t. I, page 38o, Cf. IV, init. 385.
* T. I, p. 377. ' Page 4oo.
décrivant le territoire assez étendu de sa viHe natale S territoire qui se trouvait précisément sur la frontière des Trocmes, le limite, au nord, par la Phazémonite, canton qui s'étend au nord vers la Gazélote et la cité d'Amisus, à l'ouest, jusqu'à l'Halys, à Test, jusqu'à la Phanarée, c'est-à-dire jusqu'au confluent de l'Iris et du Lycus ^, enfin, au sud, jusqu'au pays même. des Trocmes. Le grand lac Stiphane, entouré de pâturages, qui limite la Phazémonite du côté de la Phanarée, est, comme le reconnaît Hamilton, le Boghaz-Kieui-Ghieul '. Strabon indique, deux pages plus loin, entre Amasée même et l'Halys, les cantons appelés Diacopène et Pimolisène, formant la partie septentrionale du territoire d' Amasée, sur une longueur d'environ 5oo stades; c'est là presque rigoureusement la longueur de la section de parallèle qui court d'Amasia au Kizil-Irmak. cr Ensuite, dit Strabon, le terrain s'albnge beavr (f coup y sous les noms de Babanome et de Ximène, celle-ci (c touchant à l'Halys. n En effet, au sud de la latitude d'Amasée, l'Halys vient de l'ouest-sud-ouest. « Voilà pour la w longueur, continue le géographe; en largeur, ce territoire <rva du nord au sud, du côté de la Zélite et de la grande «rCappadoce, jusqu'au pays des Trocmes. Il y a dans la TiXimène des sels gemmes [â\es opvxrot)^ d'où l'on a «f pensé que l'Halys a tiré son nom. n
Ici deux petites questions topographiques se présentent:
^ T. m. pag. 45-/17 ^^ ^'^' ^^ veau-Goujon, mais trop près deriris,
Leipzig. parce que le confluent du Lycus est
• V. p. 38. trop h l'ouest. (Voyez la carte de Ha-
' Il est indiqué, sans cependant milton, qui a visité les lieux, et son
être nommé, sur la carte d'Andri- chapitre xx.)
les sources chaudes ( Thermal springs) , représentées sur ia carte de Hamilton au nord de Tchorum , sont-elles ce qu'entend Strabon , quand il dit : vnepxeircu Se rris tS>p kfior fréûDv TOL Te S-épfiOL iiSoLTOL Tifs Oot|i7jxowT6}r? et les mines de sel dont il parle seraient-elles celles de Chayan-Kieui , visitées par le voyageur anglais ^? Lorsque celui-ci ajoute^ qu'en s'éloignant de la dernière, située au sud des hauteurs, il descendit par un ravin escarpé, trdans la riche plaine de Sarek-Hamsch, pleine de troupeaux de gros et menu bétail (Jull of herds andJlock8)^'n on ne peut s'empêcher de reconnaître le caractère attribué par Strabon à la plaine d'Amasée : È(/}1 fiétnoi ^csdura evSevSpos iiS" «ttnéêoros xcu Toîs âXXois S-péfjLfiaat rsp6(T(^opos. Ces mines sont d'ailleurs voisines du fleuve. Néanmoins, si l'on observe que ce point se trouve à peu près à la latitude de Kara-Hissar (et plus à l'ouest), par conséquent, plus au sud que Tekiyeh et Tchorum, plus au sud que la forteresse gauloise de Bèjad, on a peine à rapprocher autant au sud-ouest les limites des Trocmes; et l'on incline plutôt à adopter pour leurs frontières les hauteurs dont M. Hamilton a longtemps suivi le pied, en se rendant d'Amasia à Tchorum. Les mines de sel ne sont pas rares dans cette contrée. D'après la carte de Hamilton, il s'en trouve plus d'une aux environs de Tchangri, et Strabon en place d'autres plus à l'est '. 11 peut bien s'en trouver d'autres encore au nord de Tchorum, et M. Hamilton dit que, jusqu'à son excursion à Chayan-Kieui, (til avait toujours échoué dans ses tentatives pour visiter
' Hamilton, I, /io5-4o6. ' T. Ill, page 44 de Tëdition de
' Ibid. 407. Leipzig.
quelqu'une des mines de sel gemme^ pour lesquelles cette partie de la Galatie, aussi bien que du Pont, était célèbre au temps de Strabon.i^ Quant aux sources d'eau chaude, M. Hamilton ne les a pas vues, et, si Ton reporte celles dont parie Strabon plus au nord que les Thermal springs de la carte, loin de contredire le géographe, on sera moins exposé à forcer le sens de ses expressions, puisque le lieu désigné sur la carte est précisément à la latitude d'Amasia, et vis-à-vis du lieu où, en remontant le Kizil- Irmak, on tourne beaucoup à l'ouest. En attribuant cette position à la Phazémonite, on ne saurait plus où placer la Diacopène et la Pimolisène.
Strabon disait aussi, nous l'avons vu, que les limites sud (et sud-ouest) de sa patrie étaient la Zélite, la grande Cappadoce et la frontière des Trocmes. Zela (Zilleh) pouvait étendre les siennes du o6té de l'est et du sud-est, où Pompée lui donna temporairement un accroissement assez considérable ^ Mais Zela est à gauche de l'Iris , et il résulte du texte que la Cappadoce touchait au pays d'Amasée, entre Zela et la frontière de Galatie. Il faut donc arrêter celle-ci à quelque distance de l'Iris moyen. A quel point doit-on le faire, et quelle est, en général, la frontière cappadocienne des Galates?
(fLa Cappadoce, dit Strabon 2, qui, en sa qualité de (T géographe historien, y comprend d'abord la côte du rrPont', est bornée au nord par le Pont-Euxin jusqu'aux cr bouches de l'Halys, à l'ouest par les Paphlagoniens et les «r Galates établis en Phrygie jusqu'à la Lycaonie et à la
* Cf. Strabon , III , 4 4 , et la carte ' Liv. XII , ch. i , init, de Kiepert. * Voyez Hérodote, I, lxxii.
(rCilicie-Trachée.T) (La Galatie romaine allait jusque-là.) La Gappadoce se divisait alors en dix régions : cinq vers le Taurus, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, et cinq autres, qui étaient : la Laviniasène, la Sargarausène, la Saraounène, la Ghamanène et la Morimène^ La première, ayant été momentanément réunie au petit Etat de Zela, doit être cherchée vers le nord-est. La Sargarausène, qui contenait la petite ville de Herpa, était arrosée par le Carmola (quelque affluent du Sarus) , coulant en Cilicie *. Ptolémée la met au sud-ouest de Zela '; ce doit être vers la frontière d'Amasée, mais, avec des longitudes comme les siennes, on ne peut faire un dessin exact. Le très-petit nombre d'inscriptions grecques que le Corpus tire de la Gappadoce * sont toutes prises vers le 38* degré de latitude, ou aux environs du lac Tatta : un chiffre de Strabon nous sera ici plus utile.
Il dit en effet ^ que, du Taurus au Pont, la largeur de la Gappadoce est de 800 stades, soit 1° i5', tandis que sa longueur est de 3,ooo , de l'Euphrate à la Phrygie. Les limites naturelles demeurant fixes, les limites politiques peuvent être ici déterminées avec une certitude approximative; la dimension du nord au sud doit, d'ailleurs, avoir été plutôt restreinte que forcée par Fauteur, car il me Semble qu'il appelle isthme Iç pays compris entre la côte du Pont et le golfe d'Issus. Enfin il désigne comme limite de la Gappadoce et du Pont une ligne de hauteurs parallèle au Taurus, et s'étendant de l'extrémité occiden-
' Strabon , XII ,. i , tubfin, * Pars XXI.
* Ihid. ch. II. * Voyez Strabon, livre XII, cha-
^ V, 6, S 10-1 3. pitre 11.