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naître encore les traces sculptées des cultes matérialistes de la Syrie ^; et la numismatique a montré la Phrygie cernée, en quelque sorte, par des sémites de diverses tribus^.
Ce qu'était ce mythe de la déesse-mère chez les sémites araméens, ce que signifiait le nom d'Athara ou Atharath (l'Atergatis des écrivains classiques), ce qu'étaient la décoration de son temple et les symboles de son culte, les rapports frappants qui se présentent entre le pin ou le cyprès de Phrygie et les Aschéras, tant chananéens que syriens, la science l'a établi aujourd'hui par des rapprochements aussi démonstratifs qu'ingénieux' ; je n ai pas heureusement à en recommencer ici la preuve. Il me suffira de dire que le panthéisme matérialiste le plus grossier, que les forces de la nature, considérées à la fois comme principe et substance de la vie, y étaient représentés sous les symboles les plus expressifs : les détails du mythe de Cybèle représentent les mêmes doctrines, reproduisent la même confusion, par cette confusion de personnages que j ai signalée plus haut, par les attributs d'Acdislis ainsi que par l'histoire même et le culte d'Attis. Nana portait un nom assyrien, nous le savons aujourd'hui : elle était adorée dans la vallée du Tigre comme épouse du soleil hyperboréen et déesse de la pluie ^, c'est-à-dire de la fécon-
* Rev. arch, février 1862. Grecs ( De Dea syra , I , xv-xvi , xxviii-
* ïhià, janvier 1 86 q . xxix , xxxiii ; — Diod. II , iv , xx) n'en
* Voyez Laj. tiii «tipra, p. 7-11, ont qu'une intelligence incomplète. 19-90,89-^0, 5^-56, 6a, 80, mais * Voyez Oppert, traduction du surtout Mov.p. 1 A8-1 49 ,190, 56o- Caillou Michaux , et Journal asiatique, SSk, 589, 593-59^. Les anciens 1857.
dite universelle, de Teau, que l'école à moitié asiatique de Milet faisait le principe de toutes choses. Le temple de Cybèle à Pessinonte était d'ailleurs , à la fois , le centre d'une puissance politique exercée par les prêtres et d'un grand mouvement commerciale
Il n'est pas permis non plus d'omettre ici ce dieulune [Men), qui joue un grand rôle sur les médailles romaines de la Galatie , et dont le culte était si répandu dans l'Asie Mineure. M. Texier en a trouvé des bas^reliefs en Phrygie,àEmir-Haman et à Koula. Dans l'un ^ ce dieu, qui accompagne Mithra, a la tète couronnée de tours, le croissant derrière les épaules, la figure jeune et presque féminine , avec ces mots, dans la dédicace : Mvvi TiAflov xai M>7v/Ttipavv«. Dans l'autre', où il figure avec le croissant et le bonnet phrygien, il porte la lance et a les pieds appuyés sur un taureau qui rappelle celui de Mithra ; il est accompagné aussi d'une inscription grecque datée de la même année que l'autre, l'an 266 (de l'ère romaine du pays, apparemment). Les noms propres dérivés de Men sont fréquents dans les inscriptions grecques* de l'Asie Mi-
' Oi h' iepeîs rà 'oaT^andv (Jièv hv- Galatie, n" 3855, 8887, 8891,
vâ(/Jai Ttves i^crav, iepùxrivrjv xap- Sgoa, 8957, 8993, ^089, A06&,
irovfievoi fieyà^ rjv • iKivi hè roitrcùv ^is6,AiA6. — Une des tribus d' An-
fUv ai rificd "croXxi fiefisiœvTai , tô cyre portait ]e nom de Menorizttes
S'èfjwroperov oy^Lnévei. (Strab. III, (/ioQi), Pour les médailles, voyez
57 .) — Cf. Am . Thierry, 1 " part. ex. Eckhel ( Doctrina nutnmorutn veterum) ,
* PI. LI du Voyage en Aeie Mi- Pisidia , Lydia , Phrygia, Galatia. — neure. Matiry, ReL de la Grèce ant. t. III,
* PI. L. — Gonf. p. i3i-i3q do p. iâ3-iQ5,ifi9. — Pour les temples 1" volume. (à Antioche de Pisidie, et près de
* Voyez Corpus inscr. grœc. aux Laodicëe), voyez Strab. t. III , p. 72 inscriptions de la Phrygie et de la et 77 de l'édition Tauchnitz.
1/i6 HISTOIRE
iieure. La lune, adorée comme divinité mâie,* rappelle d'ailleurs ce fait remarquable que, dans les langues germaniques, et même, en général, dans celles du rameau perso-germanique^ cet astre porte un nom masculin et change, pour ainsi dire, de sexe avec le soleil. ffChez les peuples de la Bactriane, au temps des rois indo-scythes, dit M. Maury , nous retrouvons précisément un dieu-lune, n Les monnaies du roi Kanerki offrent une image portant, comme le Men phrygien , le croissant sur ses épaules. La légende zende ^maon est la forme perse du sanscrit mas, cf lune ^. -n II ne faut pas oublier cependant que le dieulune se retrouve en Assyrie'; la pomme de pin, qui, sur les médailles, accompagnait quelquefois son eflSgie*, joue un grand rôle dans la symbolique de Ninive, et TAglybol des Palmyriens représentait certainement la même divinité que Men ^.
Le culte de ce dieu phrygien n'est pas connu dans ses détails : celui de Cybèle l'est assez bien, du moins pour l'époque où il se répandit dans l'Occident, soumis alors à la domination de Rome; mais il y a lieu de croire qu'il n'y subit pas de changements essentiels, et que les détails même en fiirent généralement conservés tels qu'ils se pratiquaient à Pessinonte : c'est, d'ailleurs, nous le verrons, peu avant l'époque impériale que la religion phrygienne
^ Voyez Maury JII, lâGi qui cite M. Oppert que le prouve l'ortho-
Bôlticher {Arica). graphe originale du nom de Cam-
^ Id. ibid. L'analogie avec le Men byse. (Cf. Spiegel, Inscr. desAchém,) des Phrygiens (cf. fi^v, yitfvoeihrfs) ^ Oppert, Traduction des inscr.de
est d'autant plus frappante , que , chez Khorsahad, les anciens Perses, la nasale pouvait * Voyez Maury, p. laA. être suppléée, comme j'apprends de ^ Lajard, Mëm. cité, Bg-ôo.
fut adoptée par les Gala tes. On peut donc sans crainte attribuer à ceux-ci la religion décrite tant par les Occidentaux de l'ère chrétienne que par les Grecs des temps classiques, quand même on penserait, avec Lobeck\ que les Galles de ce temps-là ne suivaient pas exactement le culte antique de la Phrygie. Lobeck a réuni ^ une série de textes remontant jusqu'au siècle d'Euripide et descendant jusqu'à celui de Jamblique, qui renferment des allusions plus ou moins explicites aux mystères orgiastiques de la Mère des dieux, de Bacchus Sabazius, d'Attis et d'Adonis; car ils paraissent, dès l'époque classique du théâtre athénien, unis et même confondus '. Les Galles de Cybèle, plus tard connus sous le nom de MvTpœyvpTai, qui réveillait à la fqis les idées de mendiant et de charlatan, faisaient retentir, dans des danses fanatiques, des instruments plus bruyante qu'harmonieux , et offraient à la déesse des libations de leur propre sang; mais ces démonstrations repoussantes se rapportaient spécialement au mythe de la renaissance d'Attis , annuellement arraché à la mort pour être rendu à l'amour de la déesse , c'est-à-dire à un symbole de la force vivifiante du soleil , venant , après son déclin durant l'hiver, rendre à la terre sa fécondité *. Le culte d'Attis faisait donc réellement partie du culte de Cybèle elle-même; et c'est à la fable qui leur est commune, fable
^ Aglaopham. Orphica , chap. vni , ( Lysistrate) , et aussi de Démosthène.
S 2-3. * Voyez Creuzer, les Religions de
* Ibid. S 9-6 bis. /Mnfo^tte',tomeII, Impartie, livre IV,
' Voyez spëcialernent les cita- chapitre m, S 3. — Cf. Firm. Mat.
tiens d'Euripide {Cretois),, de Plu- De Erroreprqf. rel. Plut. De Is. lxix.
tarque (y4wifl/ortW) . d'Aristophane Arn. VII. xxxii.
destinée à exprimer la nature même de ces deux divinités, que se rapportent les fêtes décrites par Arnobe^Là, chaque année, à un jour marqué, on introduisait en cérémonie, dans le sanctuaire de la déesse, un pin dont le tronc était enveloppé de laine, en souvenir de la laine avec laquelle la voulut réchauffer le corps du dieu Attis, déjà glacé par la mort. Les branches du pin étaient ornées de couronnes de violettes, et les Galles, les cheveux épars, l'accompagnaient en frappant à coups redoublés sur leurs poitrines, symbole de la douleur que la catastrophe d'Attis fit éprouver à Cybèle et à Acdistis. L'usage du pain (mais du pain seulement) était interdit alors à ces prêtres, à cause, dit Arnobe, de l'abstinence que la douleur imposa à la déesse, mais plutôt, sans doute, parce que l'éloignement du soleil est la saison où le blé disparaît enfoui dans la terre. La fête où était baignée l'image de Cybèle trlavatio deum Matris^,Tî fête qui se pratiquait à Rome, venait assurément des bords du Sangarius. Orelli, commentant la mention qu'en fait Arnobe, résume différents textes concernant ces fêtes, et desquels il résulte que, le 1 1 des calendes d'avril (c'est-à-dire à l'équinoxe du printemps) , elles commençaient par le transport de l'arbre, dont je parlais tout à l'heure. Le lendemain , de bruyants sons de trompettes expiaient les fautes de la ville envers Cybèle^). Le troisième jour était celui où les Galles ensanglantaientleursbras;le quatrième était
^ V, xvii-xviH. rr sur Arnobe. Celui-ci disait :Omnipo-
* VII , xxxn. ff tentia nnmina tibiarum stridore mul-
^ Tubilustrium, dit un calendrier du «r centur, et ad numerum cy mbalorum
iv* siècle , cite par Orelli dans ses notes frmollila indignatione flaccescunt. »
DES GAULOIS D'ORIENT. \fi9
consacré à la joie (Hiiaria) : c'était sans doute la fêle de la résurrection d'Attis. Puis, après un jour d'interruption, la déesse était conduite sur un chariot au ruisseau d'Alinon, qui se jette dans le Tibre auprès de la porte Capêne, pour le bain qui devait terminer ces solennités. Le culte de Gybèle était florissant au ni^ siècle, et les débris du temple de Pessinonte, reconnus par M. Texier, l'ont convaincu qu'il avait été reconstruit au temps des Attale '.
Mais les Gaulois étaient-ils prédisposés par leurs propres croyances à adopter le culte de la Mère des dieux, qu'ils trouvèrent en vigueur à Pessinonte? Le nier absolument serait peut-être téméraire : les Druides n'écrivant rien de leurs enseignements, nous n'en connaissons qu'une faible partie, et Diodore, dans son aperçu général des mœurs gauloises, ne les présente pas comme devant s'eflkroucber beaucoup des turpitudes asiatiques. Ce qu'il ne faut pas oublier non plus, c'est que les Galates se trouvaient éloignés des collèges de Druides par des distances énormes, et presque sans relations possibles avec eux ; déjà peut-être , en lUyrie, ils ne conservaient plus qu'une vague tradition de cet enseignement, spécialement par la croyance aux présages 2. Les Galates, qui ne paraissent pas avoir amené en Asie de prêtres de leur nation, se trouvaient donc bien plus disposés à adopter une religion étrangère qu'ils ne l'eussent été s'ils fussent demeurés en Gaule. Je dirai plus :
* Voy. en Asie Aftncttrc^p. 67. — Téfievos, vaw re xai aloais Asvxo-
Strabon ( t. III , p. ^7 , édition Tauch- Xldots,
nilz):KaTe<TxevflK77aj S'vTTÔTwrÀT- * Voyez Wernsdorf, Derep. GaL
raXiHùJv ^atriXéeav iepoitp&rr&s rd ch. vi. .S 18, .3a.
si l'on s'attachait aux détaiis donnés par Tite-Live sur la campagne de Manlius (où il ne parle de ces faits que dans un discours), et si l'on ne tenait pas compte d'un Éait rapporté par Diodore \ on croirait volontiers que les Galates avaient renoncé au rite exécrable des sacrifices humains. De plus, s'il faut admettre, avec M. Amédée Thierry -, que les Celtes ou Galles avaient un culte plus naturaliste que lesKimris, ce culte pouvait dominer dans l'émigration. Il est certain que , outre les personnages mythiques de Hesus, Tentâtes, Ogmius, les populations celtiques adoraient dés esprits tutélaires attribués aux montagnes et aux forêts; qu'ils regardaient comme des divinités le soleil et la lune, et qu'ainsi la confusion d'Attis avec le soleil, considéré surtout dans son action sur la terre ^, pouvait les prédisposer à adopter son culte. Néanmoins il se passa de longues années avant que l'étymologie du nom des Galles, prêtres de Gybèle et d'Attis, pût être cherchée dans celui des Gaulois. Les prêtres de Pessinonte se montrent fort peu dévoués aux Gaulois, lors de la campagne de Manlius, près d'un siècle après l'invasion*. Si ces doctrines
^ Voyezch.xm, où, d'ailleurs, je mann (Gordium, Pessinus, Sevri-
fais observer que l'attribution de ce Hissar, 1860) donnent lieu de croire
fait est incertaine. que le sacerdoce pessinontien avait
^ Htst des Gaubis, IP part. ch. i. conservé dans cette ville une véri-
^ Voyez Amobe, V, vu, xvi-xvii. table autorité politique : ce sont des
— Vlntarqae, De h. et Os, hxix, — lettres du roi de Pergame, Eu-
Gf.Firm. De Err, prof, rel — Preller, mène, et d'Attale, son frère, à an
Griech.Myth, 1,^07. — Maury, JRc/. prêtre de la Mère des dieux, fort
de la Gr. III, 91-9Q. — Cf. 198- avant dans leur alliance, etàqail'on
19A et 197. promet un appui énergique contre
* Des inscriptions récemment trou- les usurpateurs qm loppriment. lui
vées à Sevri- Hissar par M. Mordi- et ses collègues. Ce prêtre s'appelle
naturalistes avaient quelque affinité avec le panthéisme abject des populations araméennes et phrygiennes, cette affinité est certainement plus visible pour nous qu'elle ne l'était pour les Gaulois, peu versés dans l'étude de la mythologie comparée. Rien n'est moins propre que l'esprit des barbares, et même, en général, que celui de l'antiquité classique, à saisir avec justesse ces sortes de rapprochements; d'ailleurs, malgré la corruption de leurs mœurs privées, le caractère viril de leurs mœurs publiques, le respect des femmes fort grand, ce semble, vers Toulouse, et que les Celtes proprement dits ne paraissent pas avoir ignoré ^ put les éloigner longtemps des ignobles mystères de Pessinonte. Ces faits expliquent, sans trop d'invraisemblance, comment ils hésitèrent longtemps à se faire adorateurs ou prêtres de la Mère des dieux; mais ils ne nous empêchent pas de comprendre comment, l'oubli graduel de leurs propres traditions effaçant peu à peu leurs croyances, les superstitions les plus monstrueuses purent enfin trouver place , même dans des esprits peu disposés à les recevoir. Tout peut être dieu chez un peuple qui n'adore plus Dieu lui-même.
Attîs, et un messager quil envoie aa faite avec Annibal, lors de son pasprince Aitaie, Ménodore; mais un sage dans le midi de la Gaule, d'afrère d'Attis porte le nom à forme près laquelle on devait prendre les gauloise d'Aiorix. Ces inscriptions femmes pour juges des dilTërends sont formulées en termes générale- soulevés par les Carthaginois conti'e ment vagues et obscurs; il y a cepen- les indigènes (Plut. De virt, tnul. vi). dant lieu de croire qu'elles se rap- Plutarque dit que c'était une couportent à Tune des crises que je tume existante chez les Celtes. — raconterai plus loin, vers le commen- Pour les Galates , voyez dans Wemscement du xm* chapitre. dorf (VI, xi) un passage d'Eustathc ' On se rappelle la convention {ati IL VI).