‹ Histoire des Gaulois d'OrientChapitre 28 sur 40 · chapitre xl. moins de précision que dans Tite · texte numérisé non relu

chapitre xl. moins de précision que dans Tite

' Syr. xxxn. Live.

' Ibtd. La disposition des corps * Tite-Live, XXXVII, xli.

de l'atmosphère, le regard ne pouvait embrasser l'étendue de leurs lignes ^ Les chars étaient ce qui, dans cette armée, inspirait le plus de crainte; mais, Ëumène ayant fait diriger contre les attelages une grêle de flèches, ils se rejetèrent confusément sur les troupes mêmes d'Antiochus, d'abord sur les Arabes et leurs dromadaires, puis sur la grosse cavalerie, où le désordre fut affreux, le poids de leurs armures ne permettant pas aux soldats de s'écarter vivement pour éviter le choc des faux 2. Les escadrons qui avaient conservé leur poste, se trouvant dégarnis par la fuite de leurs auxiliaires, furent chargés et rompus par la cavalerie romaine ^. Bientôt le centre fut complètement découvert à sa gauche. Eumène, avec les cavaliers, tant asiatiques que romains et italiens, qu'il avait sous ses ordres, ayant vigoureusement attaqué les Galates, Gappadociens et autres soldats d'Antiochus, déjà bien ébranlés*, la phalange demeura isolée de ce côté; tandis que le roi de Syrie, qui n'avait pas complètement oublié les campagnes de sa jeunesse, s'était avancé le long du fleuve, avec son aile droite , et pressait la gauche romaine que ses quatre escadrons n'avaient pas essayé de défendre^. Ces cavaliers, puis quelques fantassins commençaient à fuir vers le camp ; mais, arrêtés par le tribun militaire iGmilius, qui leur opposa les armes de sa garnison , ils furent forcés de retourner vers l'ennemi. De son côté, Attale, frère d'Eumène, arrive, avec 200 cavaliers de son aile victorieuse, et tombe sur Antiochus, troublé

' Tite-Live, XXXVII, xli. * Appien, xxxiv.

* Voyez Appien, xxxiii. * Tite-Live, XXXVII, xui.— Cf.

' Tite-Live, ubi êupra, A pp. xxxiv, tnfine.

par une résistance inattendue. Ântiochus le repousse néanmoins d'abord; mais, voyant la déroute des siens, il lâche pied à son tour et arrive à Sardes pendant là nuit^

La défaite des Syriens était en effet complète '. La phalange avait été harcelée par les javelots et les flèches des légions'; les longues piques des phalangites, excellentes pour un choc, où ils opéraient en masse, leur devenaient funestes, dès que les rangs s'ouvraient et que l'on s'abordait corps à corps; ils se trouvaient donc forcés de rester serrés les uns contre les autres, sous une nuée de traits dont aucun ne s'égarait en frappant une masse compacte; les soldats romains s'étaient, d'ailleurs, accoutumés en Afrique à combattre les éléphants. Il fallut faire retraite et regagner pas à pas le camp, qui résista quelque temps encore*. La fuite des Asiatiques avait été fort sanglante : éléphants, chars et soldats renversaient, écrasaient les fuyards; la prise du camp fut encore suivie d'un affreux carnage. Le nombre total des morts fut, dit-on, de plus de 5o,ooo, et il n'y eut pas 2,000 prisonniers. L'armée victorieuse n'avait pas perdu 4oo hommes^.

La paix fut bientôt conclue : après un pareil événement, il n'y avait plus de discussion possible sur les articles, du moins pour un roi d'Asie. Antiochus évacua toutes ses provinces au nord du Taurus, accorda une contribution de guerre de i5,ooo talents euboïques, promit de livrer Annibal et quatre Grecs européens nominative-

* Appien, xxxvi. vait être alors aux prises avec le roi. ' Tite-Live, XXXVU, xliii. * Tite-Live, XXXVII, xlii-xliii.—

* Sauf, bien probablement, la lé- App. xxxv.

gion auxiliaire de gauche, qui de- * T.-L.XXXV1I,xliv. — Ap.xxxvi.

ment désignés; enfin il dut solder une dette à Eumène et remettre des otages K Les provinces abandonnées par lui furent, comme on sait, partagées par le sénat entre Pergame et les Rhodiens, sauf un certain nombre de cités qui furent déclarées libres ^.

IL Marche de Manlius vers la Gahtie. — Le successeur de L. Scipion, Manlius Vulso, voulut aussi avoir sa campagne et sa conquête; il en trouva l'occasion ou le prétexte dans la présence des Gallo-Grecs parmi les troupes d'Antiochus à Magnésie. Je ne dirai pas, comme Florus^ trfuerint inter auxilia régis Antiochi, an fuisse cupidum rc triumphi Manlium ac eos visos simulaverit dubium est;)? les récits détaillés, précis, concordants, de Tite-Live et d'Appien sur la bataille de Magnésie, ne peuvent laisser de doute sérieux sur la participation des mercenaires gaulois à cette guerre; mais, il faut l'avouer, amollis ou non par le climat de l'Asie, ils n'avaient pas très-vivement disputé la victoire, et Manlius ignorait bien profondément leurs habitudes, s'il voyait dans cette campagne la preuve dune alliance spéciale avec Antiochus, en haine des Romains. Les Gallo-Grecs étaient alors ce que furent les Suisses dans les armées des Valois et des Sforce ; disons mieux, ce qu'étaient souvent, depuis un siècle et demi, les Grecs d'Europe eux-mêmes. Cependant Manlius leur déclara la guerre et se mit en marche pour les aller chercher dans leur pays.

Cette marche fut peu directe; Manlius rançonna eu pas-

' Polybe, XXI, XIV. — Diod. (fr. t. III, page 79 de l'édition Tauchdu livre XXIX). nitz.

' Polybe, XXII, xxvii. — Cf. Str. ' II, 11.

sant bien des cités ou des provinces, avant d'arriver au Saugarius. Son itinéraire, d'Ëphèse aux frontières des Galates, ne rentrait pas très-expresséraent peut-être dans la question proposée par T Académie. Néanmoins il s'y rattache, et les variations considérables que subirent plus tard les limites de la Galatie m'invitaient d'ailleurs à l'étude topographique des lieux qu'elles atteignirent. Les explications données par Hamilton sur la marche de l'armée romaine ne m'ont pas complètement satisfait ; le tracé même de Kiepert, sur sa carte de Phrygie, m'a paru incorrect. M. Lebas, dans la dernière feuille publiée de son Asie Mineure y s'est borné à reproduire le récit de Tite-Live , sans discussion géographique, et M. Contzen [Die Wanderungen der Kellen) n'a pas raconté cette marche à travers les pays du sud'Ouest. Qu'il me soit donc permis de m'y arrêter.

Manlius partit d'Ephèse, où L. Scipion lui avait remis son armée, dans l'été de 189, et il fut rejoint à Magnésie du Méandre par Âttale, avec quinze cents soldats du royaume de Pergame. Le Méandre, non guéable en cet endroit, fut passé sur des bateaux, et l'armée romaine arriva à Hiéra-Comé ^ Elle n'était là encore qu'à un jour de marche tout au plus du lieu du passage, puisque l'historien ajoute : cr hinc alteris castris ad Harpasum flumen venfftum est. ^ Ici des députés d'Alabanda vinrent demander au général de faire rentrer sous le pouvoir de cette ville un bourg révolté, et Athénée, frère d' Attale, rejoignit l'armée avec treize cents hommes ^.

Comme l'indique la carte de Hamilton, et comme Ptolé-

' Tite-Live. XXXVIII, xii. — ' Attelé et Athénée éteient les Ibid, XIII. frères du roi Eumène.

niée le fait entendre ^ en plaçant cette ville à ia même longitude que Tralles et à quarante- cinq minutes plus au sud, Alabanda est sur le Cheena-chai. On a même reconnu ses ruines près du village d'Arab-Hissar; mais cette position, que M. Tchihatcheff a constatée dans sa lettre à M. Mohl , montre qu'ici Ptolémée s'est notablement trompé pour ses latitudes relatives, car ce point est un peu éloigné d'Aïdin-Ghieuzel-Hissar, et celle-ci est l'ancienne Tralles, comme le dit Hamilton, comme le montre Ptolémée lui-même 2, qui a exactement déterminé sa position par rapport à la ville importante de Sardes.

L'Arpasa-Su, près duquel est la petite ville d'Arepas (ou Harpassus'), doit être l'Arpasus de Tite-Live. Il paraît un peu singulier que les députés d' Alabanda eussent laissé passer Manlius assez près de leur ville pour courir ensuite après lui jusque-là. Mais les cartes de Kiepert sont d'accord avec celle de Hamilton pour la place et l'identification de l'Arpasus; et il n'y a rien d'incroyable à ce que les députés aient manqué le passage du consul et aient fait quelques lieues pour l'atteindre.

Ces deux marches de Manlius représentent ensemble environ cinquante milles anglais , ce qui n'est pas exorbitant pour une armée romaine, non encore chargée de butin et dans un pays d'accès facile, à ce qu'il semble. Le consul arrive ensuite à Antioche du Méandre, au confluent du Kara-Su; ici encore, parfait accord entre Hamilton,

* V, II, S 19. — Sur les ruines * V, 11, S 17. d' Alabanda, voy. la lettre de M.Tchi- ^ Voyez Tchihatcheff, ubi supra,

hatcheff dans le Journal asiatique, p. 65. — Texier, Revue des Deux-

5"sërie, t. IV, p. 69-70. Mondes, août i84i.

qui a vu là quelques ruines , avec une acropole , un stade et un théâtre ^ et les cartes de Kiepert^, sauf pour le cours supérieur de cette rivière, ce qui n'importe point à la question; accord aussi avec le texte latin, les embouchures des deux affluents, l'Arpa-Su et le Kara-Su n'étant séparés que par trois lieues environ, et l'armée ne pouvant, d'autre part, manquer de s'arrêter dans une ville assez importante, où Seleucus, fils du roi de Syrie, vint, conformément au traité, amener du blé aux Romains. L'ensemble du morceau ^ montre qu'ici toutes les étapes sont indiquées, et la marche de l'armée se reconnaît par la position de Tabae. Kiepert * n'hésite point à la reconnaître dans la Davas moderne. Sur sa carte de 18&0, il écrivait TARAI, Davas y dans la vallée du Doloman-Ghai, dans l'angle du Roz-Dagh et du Kemer-Dagh, c'est-à-dire dans le versant de la Méditerranée, guidé sans doute par ces mots de Tite-Live, trin finibus Pisidarum posita urbs est, (fin ea parte quœ vergit ad Paniphylium mare;?) mais ce détail ne peut plus se maintenir aujourd'hui. Davas, que M. Tchihatcheff tient également pour Tabae, et où il a trouvé des restes évidents d'une ville antique ^, est portée,

^ Beê.in Aêia Minaret, Ijf. S fi^. ' «rAd Antiochiam super Maean-

— Voyez aussi Waddington, Voyage (rdrumamnemposuit castra

en Asie Mineure au point de vue nu- trlnde ad Gordiutîchos , quod vocant,

mismatique, dernier paragraphe. Il rrprocessumest. Exeolocoad Tabas,

fait observer que, d'après les mé- tr f^ft'û ca«fm perventum.»

dailles d'Aphrodisias, qui était à la * Voyez ses autorités dans VAp-

source de cette rivière, le nom an- j^endtce aux Fâi/iti^cArt/îen de Franz,

cien du Kara-Sou était Gorsymus. P- 29.

* Celle de Phrygie (i84o), et * VU supra, 1^. 68. — Voy. aussi

celles de \ Atlas antiquus (1861). Texier, ubi supra.

et sur la carte de l'Empire ottoman par Andriveau- Goujon, et sur Y Atlas anttquus de Kiepert lui-même, dans le bassin du Méandre ; cette véritable Tabae est bien à deux jours de marche d'Arpasa, ou, si Ion veut, d'Antioche. Ce serait d'ailleurs une chicane sans importance que de s'appuyer, pour le nier, soit sur la différence des versants, soit sur les mots : «rin finibus Pisidarum.7) La ligne du partage des eaux est si contournée et si confuse dans ce pays, qu'on ne peut exiger de Tite-Live une connaissance exacte et précise de cette matière. Quant aux Pisidiens, ils se sont étendus hors de la Pisidie proprement dite, comme Tite-Live le laissera bientôt entendre lui-même, à propos de Sagalassus, et rien n'est moins fixe ou moins sûr, au témoignage de Strabon , que la limite de certaines contrées de l'Asie Mineure. Le territoire de Gibyra, qui paraît s'étendre entre la Pisidie et Tabae, est traité séparément par cet écrivain, à la fin du XIII« livre.

Jusqu'ici donc il n'y a pas de difficulté sérieuse : il est bon de le constater, pour assurer le point de départ de la question que nous allons bientôt aborder. crEn trois marcrches, dit Tite-Live S Manlius arriva de Tabae au fleuve ffCasus; puis il s'empara de la ville d'Eriza, dès la precr mière attaque; de là il arriva à Thabusion, bourg sur le crbord du fleuve Indus... Les Romains étaient là dans le cr voisinage de Gibyra. -n Ici Manlius est arrivé en pays ennemi; il a livré un assaut et franchi des montagnes : ses marches doivent être courtes. Kiepert ^ pense reconnaître

* XXX VIII, XIV. — * Appendice aux Fûnf Inschriften de Franz, p. 99 1 note.

le Gasus dans le fleuve kldvtfs^ que nomme, dit-il, une médaille de Themisonium; Eriza est, dans PloléméeS sur la frontière phrygienne de la Carie, et le fleuve Indus se retrouve dans Pline ^, qui le fait venir des sommets des Cibyrates. Et, quoiqu'il ne se prononce pas avec certitude sur remplacement de Cibyra, Kiepert a cru pouvoir l'inscrire, sur ses différentes cartes, presque à la latitude d'Halicarnasse.

On connaît maintenant, par les inscriptions', l'emplacement précis, non-seulement de Cibyra, mais des trois autres villes de la tétrapole cibyritaine *. Il n'y a donc plus de discussion à établir à cet égard, et l'erreur qu'une inadvertance dans l'interprétation d'une phrase de Pline m'avait fait d'abord commettre^ doit être abandonnée sans retour. Cibyra c'est Chorzum, près du Gerenis-tchaï, C'est-à-dire près du cours supérieur du Doloman-tchaï, qui, sous le nom de Pimas'soUy sort du Pernaz-Dagh, en coulant du sud au nord et rebrousse, vers 87** 36', pour se jeter dans la Méditerranée. Partant de ce point de repère, et voyant que le Pirnas'sou vient des montagnes,

* V, ii,$3o. pour le nom de Bubon; 1394, iQ36>

* V, xjLix. 1 9 a 8 , pour celui de Balbura ; 1 2 3 3 , ' Voyez Lebas et Waddington, pour celui d'Œnoanda. — C{. Corpus

n"'iai3a,i9i5-i9i6,de8 inscrip- inscrit, grœc, 438o d-k, m-n. Et ^

tioQs contenant le nom de Cybira. — dans les Addenda, /i38o, b', k^ k^. Cf. Corpus inscript, grœc. 43 80. — * Voyez Rev, archéohg. d'octobre

Waddington, Voyage en Asie Min, 1 86 3, où j'avais insërë un extrait du

au point de vue numismatique, — présent mémoire. C'est à Laodicée et

Ritter, Kîeinr-Asien, t. II, p. 791- non à Cibyra que se rapportent les

795, d'après Spratt et Forbes; enfin mots : «rimposita est Lyco flumini.n

ÏAtïas de Kiepert. La latitude donnée par Ptolémée

^ Lebas et Waddington , 1 â 1 9 , m'avait aussi trompé.

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