S0& HISTOIRE
près de Bubon et de Balbura, villes qui dépendaient alors du territoire cibyratique , nous n aurons pas de peine à reconnaître rindus dans le Doloman-tchaï, en comprenant sous cette dénomination le cours entier du fleuve. Le Gasus ou Chaos des manuscrits a été reconnu par M. Waddington pour le KaloLvrfs de la médaille, qui porte au droit Avx. aœlœv^ avec une tête radiée d'Apollon, et, au revers, QsiiKTùûvéœv Kalavtfs^ avec un fleuve couché, tenant un roseau et appuyé sur une urne: en géographie moderne, il l'identifie avec le Karadjouk-Tchaï, affluent du Gerenis- Tchaï, qu'il rejoint précisément au point d'inflexion vers le sud. Puis donc que Themisonium était sur ]e Kazanès et non sur l'Indus, comme le montre la médaille citée, il ne faut pas confondre cette ville avec le Thabusion de Tite-Live. Déterminer la situation de la première ne peut donc ici nous servir qu'à nous assurer si M. Waddington a eu raison dans l'identification qu'il a faite du Kazanès lui-même, 'mais ce point n'est pas sans valeur pour l'itinéraire de Manlius.
Il faut d'abord écarter, dans la détermination de Themisonium, le Tefennu de Kiepert, que, dans sa carte de l'Asie Mineure en six feuilles (i844), il place à la source du Gebren-Tchaï, tributaire du lac Buldur, et même le Tefenu d'Andriveau-Goujon, qui appartient au versant de la Méditerranée , mais se trouve beaucoup trop à l'est. 11 faut même, ici , corriger les chiffres de Ptolémée, qui place Cibyra à 1 5' au nord de Themisonium et un peu au sud de Hierapolis \ tandis que Themisonium est entre Hiera-
^ Hierapolis est Pumbuk-Kalassi , Dombreuses inscriptions qne cette loposition certaine en présence des calitë a fournies (Corp tftscr.^.SpoS-
polis au nord, et Gibyra au sud ^ Strabon dit expressément que Themisonium et Colosses sont dans le voisinage d'Âpamée-Kibotos et de Laodicée^. Laodicée est, suivant Pline, sur le Lycus, que Kiepert a reconnu avec Hamilton, sur sa carte de 18&0, comme sur celles de 1861, pour le Tchuruk-sou, affluent du Méandre, et qui vient de Colosses, dans la direction où se trouve Apamée. La Table de Peutinger place d ailleurs Themisonium entre Laodicée et Pergé; la distance à Laodicée n'est pas notée dans l'exemplaire connu, mais il donne 3& milles de Themisonium à Cormasa, et 12 milles de Cormasa à Pergé: c'est donc avec raison que la carte de Kiepert le place à peu de distance au sud-est de Laodicée, à l'entrée de la plaine d'Ëriza, au lieu nommé présentement Kisil-Hissar et signalé par des ruines; l'Atlas de 1861 le maintient au même lieu, sur une des branches du Chaus. De plus, comme le fait observer M. Waddington, Pausanias^ dit que cette ville est au-dessus de Laodicée ^ et Hiéroclès, dans sa Notice ecclésiastique, la met dans la Phrygie Pacatiane, non loin de Colosses. Toutes ces indications, sans être parfaitement précises, sont concordantes, et exigent une rectification dans le texte de Ptolémée, le plus facile à altérer, puisqu'il ne contient guère que des noms et des
393/1), et dont plusieurs (3909- Corpus inscript, gr. 8935-39/1 A, et
3910, 3916, 3993, 3996) con- Strabon, t. III, p. 1 5 7.) Cette ville est
tiennent le nom de la ville. aussi près du Lycus, vis-à-vis de
^ Kiepert, dans Y Appendice joint Hierapolis. Strabon représente fort
aux Fûnfinschr. de Franz , avait déjà bien la position relative de ces deux
corrigé les 38* 55' de Ptolémée en villes; seulement il confond ici le
37* 55', et placé Gibyra vers 37" 90'. Méandre avec le Lycus, son affluent.
* Laodicée est Eski-Hissar. (Cf. ' X, xxxii.
chiffres. Enfin, comme le confluent du Gerenis-Tchaï et du Karadjouk-Tcliaï n'est pas à plus de douze lieues de Tabas, en traversant le Boz-Dagh, on voit que les étapes marquées dans Tite-Live confirment encore l'identification proposée par M. Waddington. Quant à Ëriza, en i844 comme en 1861, Kiepert l'a placée dans l'angle oriental du Karayouk-Tchaï et du Gerenis-Tchaï, à deux lieues au sud-est de son Karajuk-Bazar, qui est sur le Kazanès. Ëriza est, selon M. Waddington, une localité nommée aujourd'hui Derekoïy où l'on trouve encore des ruines; Ritter la signale également, et donne comme probable la même identification ^ Quant au ChauSy il n'a pas un doute ^.
Cibyra était alors au pouvoir d'un petit prince nommé Moagète; des médailles, que la Doctrina nummorum veterum d'Eckhel place parmi celles de Cibyra , doivent être de sa troisième et de sa huitième année (si elles ne sont de quelque homonyme). Il dominait encore sur deux autres villes, Sylée et Alymne, ou, comme l'écrit Polybe : SuXX/ov xai TY/s èv Tefiév&i ^csoXéœs, qui pourrait être Hierapolis. Manlius lui fit peur et le contraignit à financer largement '.
En partant de Cibyra, ou plutôt de son territoire, l'armée romaine traversa celui de Sinda et vint camper au delà du fleuve Caularis; le lendemain elle côtoya le lac Caralitis, pour aller s'arrêter à Mandampré ou Mandropolis*. Malgré l'analogie des noms, il est impossible de voir le lac Caralitis dans le lac Kereli ou Bey-Sheher, à la
' T. II, p. 798. c'est presque tout ce que les frag-
* Ibid, meuts de Polybe nous donnent de cet
' Tite-Live, XXXVIII, xiv. — itinéraire.
Polybe, XXIÎ, XVII ; malheureusement * Tite-Live, XXXVIII, xv.
longitude de Pessinonte, que Hamillon pense être le Carilitisou Caralis de Strabon, mais non celui de Tite-Live ^ Comme les Romains vont tout à l'heure se rapprocher de la Pamphylie, nous devons chercher leur route dans la direction de Test, et nous trouvons là, sur la carte d'Andriveau-Goujon, un lac nommé KesteL Avec le changement de l'R en S, qui n'a certes rien d'inouï, on n'a qu'à transposer les deux dernières consonnes pour retrouver, dans le nom moderne, le nom ancien du lac. La distance non plus n'est pas excessive. Les Romains étaient restés plusieurs jours sur le territoire de Cibyra^; or rien ne nous oblige à croire qu'ils y soient demeurés immobiles et ne se soient pas rapprochés de la frontière pour subsister plus aisénient avant de se remettre définitivement en marche. On reconnaîtra, si l'on veut, le Caularis et le Lysis dans deux rivières qu'Andriveau-Goujon fait couler dans ce lac. Cependant M. Texier^ pense que le Caularis est un affluent du Doloman-Tchaï, et le Lysis, un affluent du Douden. Avant de suivre la marche du consul vers d'autres contrées, il est à propos d'examiner une opinion de Ritter *, qui voit dans le Caralitis de Tite- Live le Surt-Ghieul, lac placé par Kiepert à l'ouest-nordouest d'Istenaz, mais qui est plutôt au sud-ouest, d'après l'Itinéraire de Spratt et Forbes, décrit par Ritter luimême ^. Cette identification me paraît une erreur, provenant de ce qu'il a pris à la lettre les mots, cra Cibyra. . . <r exercitus deductus, ii qui s'appliquent au territoire et non
* Kc^paAiff. — Strabon, XII, VI. * Asie Mineure, ^. h^d.h^'], — Hamilton, t. II, p. S/jq. * T. II, p. /196 et 789.
* Tite-Live , XXXVIII , xiv , in fine. ' Page 789.
à la ville, comme on le voit par le récit des négociations avec Moagète, au chapitre précédent. Il en est résulté qu'il a placé un peu trop au sud cette partie de Fitinéraire de Manlius; du reste, les chemins sont partout faciles de ce canton à la vallée du Kestrius^ Ajoutons que, si le consul eût suivi les bords du Surt-Ghieul, il se fût dès lors et par le fait même dirigé vers la Pamphylie; il eût pris, en partant delà Cibyratique, le chemin dlsionda et de Termesse, au lieu que, selon Tite-Live, il se détourna de sa route sur Fappel des citoyens dlsionda. La position de Termesse est, d ailleurs, bien reconnue entre Istenaz et Sattalie ^.
Laco, abandonnée par ses habitants, fut pillée; on atteignit ensuite les sources du Lysis, et, le lendemain, celles du fleuve Cobulat ou Colobat^ comme l'appelle Polybe*; c'est apparemment quelqu'un des cours d'eau qui forment l'Ak-Su (Kestrius), la principale des rivières que l'on trouve au delà et dans le voisinage du lac Kestel. Le consul s'arrête alors pour aller en Pamphylie obliger les habitants de Termesse à lever le siège de l'acropole d'isionda, dont ils avaient déjà occupé la ville. Termesse paye une indemnité aux Romains, qui, par la même occasion, ran-
* Ritter, p. 796-799. erreur, Kiepert (carte en jsix 1
' Voyez Waddington, /. /. Ritter, identiGe ]e Colobat avec Flstenaz-
t. II, p. 786-788; Kiepert, carte de Tchaï, qui court du sud au nord se
ïAsie Mineure, en six feuilles ; Corpus jeter dans le lac Kestel. Quant à Laco
inscript, grœe. /Ï369-/Ï366 t, et Ad- ou Lagon, M. Texier (Asie Mineure,
denda, 4366 i, 9-5. — Istenez, qui p. /Ï67) en signale les ruines au pied
possède des ruines nombreuses , c'est du Taurus, dans la plaine d'Adalia.
Isionda,ditM.Texier.(i4*.Af.p. A67.) * XXII, xviii. — Tite-Live, livre
' Toujours par suite de la même XXXVIII , chapitre xv.
çonnent Aspende et autres villes de Pamphyiie; puis, retournant au nord, l'armée arrive, le premier jour au fleuve Taurus, et le second au bourg de Xilène; trprofec- (rtus inde continentibus itineribus ad Cormasa urbem per- (fvenit ^-n
Si Manlius est allé, je ne dis pas jusqu'au bout de la Pamphyiie, mais seulement jusqu'à Aspende, il lui fallut, en effet, plusieurs jours pour revenir, avec son armée, dans la Phrygie pisidique. Ptolémée^ place le lieu dont il est question à trente-cinq minutes au sud et à plus d'un degré à l'ouest d'Antioche de Pisidie'. Comme, d'ailleurs, après avoir pillé une ville voisine (Darsa), abandonnée par ses habitants, et reçu près d'un lac (celui d'Egerdir sans doute) une députation des habitants de Lysinoé*, les Romains entrèrent sur le territoire de Sagalassus, la position de Cormasa ^ se trouve suffisamment indiquée. Quant à l'Egerdir, on ne peut arguer contre cette identification du mot paludes, qui se trouve dans Tite-Live. Outre que Polybe dit, en rapportant le même fait, 7gpoay6vTù)v Se axn T&v tzfapà TYfv XifivvVj l'expression de Tite-Live pourrail même se justifier par la position respective des lacs Egerdir et Hoïran, qui communiquent entre eux par une large ouverture. Selon Hamilton ^, Lysinoé pourrait être Anschar, où il a vu des ruines cyclopéennes. Anschar se
^ Tite-Live, livre XXXVIII, cha- Pline (V, xxiv) dit que celle ville repitre XV. çut le nom de Césarée. — Cf. Kie-
* V, V, S o. pert, ubi supra, p. 35.
* Antioche de Pisidie est retrouvée * Ou plutôt Lysinia , voyez Wadprès dTalobatch (Hamilton, I, 473- dington, /. /.
A75 et Appendice n" 176-188). Le * Cm'masa, dans Polybe. n* i85 porte Antiochi-œ Cœsari; et M, A 7 8.
trouve un peu à Fesl du lac, à cinq heures en deçà de Yalobatch et à quinze heures d'Isbarta, en passant par Egerdir^ M. Waddington croit, au contraire, et M. Texier de même ^, que le lac anonyme de Tite-Live et de Polybe est le Kestel, c'est-à-dire qu'il ramène le consul beaucoup plus à l'ouest, ce qui n'était pas la route de Galatie; la position de Cormasa, sur la carte de Kiepert, rentre dans le même système. Je viens de dire ce que je pense de l'identification du Kestel; quant à Cormasa, il me semble que l'illustre géographe fait ici trop d'honneur aux longitudes de Ptolémée, qu'il ne faut jamais supposer exactes.
Sagalassus est parfaitement connu; son emplacement se trouve un peu au sud d'Isbarta , au lieu nommé encore AglasuUy où Hamilton a découvert les mots : Ô Saya- \cL(T<Téùôv "cséXis tsrpwT); tvs TLitriSias ', qui dispensent de toute discussion, l'importance des ruines attenantes ne permettant pas de supposer que cette inscription ait été apportée d'ailleurs. Mais notons-le bien : Tite-Live ne dit pas du tout que l'armée soit venue à Sagalassus même; elle dut, puisqu'elle passa le long du lac [prœter paludes), laisser cette ville sur la gauche, comme elle y laissera tout à l'heure Apamée; le territoire de Sagalassus pouvait fort bien s'étendre au nord- est de la ville, ce qu'il est utile de considérer pour bien s'expliquer la marche de Manlius, en tenant compte de la position de Cormasa.
Après avoir rançonné ce territoire, l'armée vint camper
* Hamilton, I, p. 479, 48a. — * Asie Mineure, p. 467. Lysmoé est peut-être la Lysinia de ' Appendice, n* 189. — Cf. 1. 1,
Ptolëmëe, à dix minutes au nord de p. 486-491. — Tchihatcheff, lA'
Cormasa. supra, p. 8i-84.
(rad Rhotrinos fontes, ad vicum quem Acaridos Gomen ffvocant ^7) où, le lendemain, elle vit arriver d'Apamée le jeune Seleucus, et où elle se débarrassa de ses malades et de ses bagages inutiles, en les évacuant sur cette ville. Apamée-Kibotos, cest Dinneir : nulle difficulté là-dessus. Ses ruines et les sources du Méandre ' suffiraient pour la reconnaître, quand une inscription latine, trouvée au milieu des inscriptions grecques, ne la désignerait pas par son nom '. Mais Apamée ne se trouve pas elle-même sur l'itinéraire de Manlius; qu'est-ce que l'Acaridos-Comé? Qu'est-ce que les sources de la Rhotrine ?
Hamilton se pose cette question; mais, après avoir dit, en parlant du Sandukli-Ghai, affluent de droite du Méandre, qu'il incline à le considérer comme l'Obrimas des anciens, parce que sa source devait être sur la route du consul Manlius, il ajoute que, si cette identité est réelle, Saorau doit être considérée comme remplaçant l'Acaridos-Comé *. Il a donc lu, dans le texte Obrimœ fontes; l'édition de Weissenborn, que j'ai sous les yeux, ne mentionne cependant aucune variante à la leçon adoptée. Kiepert lit aussi Obrimœ^; mais il croit le reconnaître dans le Kodsha-Tcbai. La grande difficulté, tranchons le mot, l'impossibilité presque absolue qui se trouve, selon moi, à adopter ici l'opinion de M. Hamilton, c'est d'abord que Saoran se trouve à 70 milles anglais au nord des
^ Tîte-Live, ttk' «ti/ra. milton, Appendice, iqS-qoG, et
* Hamilton, I, 497-501. — Cf. Corpus inscrit 3957-8966. 11,172-173. * T. n, p. 167-173.
* Voyez Franz, Fwrf Insehriften * Appendice WKLFûr^Insch.ip,^'] undfinf Stœdte, p. i3. — Cf. Ha- et la carte.
là.
ruines de Sagalassus, et que l'Acaridos-Comé est le premier campement indiqué par Tite-Live après le territoire de cette ville; 70 milles en un jour, ou même 35, si l'on en suppose autant paur les limites du territoire, c'est beaucoup pour une armée qui ne s'est pas encore débarrassée de son excès de bagages, et qui, allégée de ce poids importun , retardée par son butin seul , va tout à l'heure faire des marches de detix lieues par jour. Les sources de la Rhotrine doivent être celles de ce gros ruisseau qui paraît sortir de terre, précisément à la hauteur de Dinneir, à U lieues à l'est de cette ville, et va se jeter dans le lac Hoïran ^ Cette position correspond parfaitement au détail donn^ par l'historien. D'Apamée à ce point, la route est occupée aux trois quarts par une plaine appelée Dombai- Ova, et le reste est un plateau de collines calcaires, courant du nord au sud depuis Saoran jusqu'au lac Buldur, mais couvert de pâturages, peu difficile à gravir pour les bagages de Manlius, et qui parait avoir servi à asseoir une voie romaine. C'est en la traversant que Hamilton est arrivé pour la seconde fois à Dinneir; la partie la plus difficile de sa route fut de remonter le lit du torrent que je tiens pour la Rhotrine de Tite-Live, et dont les Romains ne virent probablement que la source^. L'objection de Hamilton, qui nie l'existence de tout cours d'eau important se déchargeant dans ce lac, ne doit pas nous arrêter : les mots (T Rhotrinos fontes n ne supposent pas un grand fleuve, et c'est au mois d'août que le voyageur anglais a fait ce trajet^.
' Voyez la carte de Hamilton et les ' Voy. Hamilt. t. Il , p. 363 , 36A. cartes deKiepert. ^ Ihid. p. 36 1.
DES GAULOIS FORIENT. 213
On ne pouvait trouver une meilleure occasion pour évacuer les malades de Tarmée. Apamée, en effet, devait leur offrir des ressources abondantes, puisque Strabon dit qu'elle était, après Ephèse, la première place de commerce de l'Asie propre ^ Manlius n'avait pas pu la dépasser de douze lieues pour y renvoyer ensuite ce qu'il devait y laisser, pas plus qu'il n'en fût passé si près sans y aller lui-même, s'il se fût engagé, comme l'a cru Hamilton^, dans la plaine de Dombaï. Remarquons ici que, si Kiepert, en traçant l'itinéraire de Manlius sur sa carte de Phrygie, le conduit beaucoup plus à gauche, puisqu'il lui fait tourner Sagalassus, il n'hésite pas, du moins, à placer Acaridos-Comé à la hauteur d'Apamée. Nous voyons, par l'omission du nom d'Apollonie *, que Manlius laissa celle-ci sur sa droite, en passant entre Apamée et le lac.
Nous avons maintenant à retrouver le Metropolitanus campus y où le consul, pourvu de guides par Seleucus, arriva le jour même où il avait quitté le bourg d'Acaride, et Dinias de Phrygie, où il arriva le lendemain; orTite-Live nous dit, deux lignes plus bas : (tprœdaejam grave agmen (rtrahens vix quinque millium die toto itinere perfecto, ad ^Beudos quod Velus appellant pervenit*.7î Trouver la plaine de Metropolis dans celle de Sistanli, à l'ouest d'Afiom-Kara-Hissar, c'est très-bien, quand on a identifié la
* T. III, p. 78 de l'ëd. de Leipzig, expressément le sénat d'Apollonie.
' T. I, p. 466. Dans la Carte de Peulinger, les dis-
' Apolionie est Oloa-Bourlon (Ha- tances de cette ville à Apamëe et à
miltou, II, 36q, Appendice, A5o- Antioche paraissent être échangées
455 , et Corpus inscrtpt. 3969-8976). entre elles.
Deux de ces inscriptions mentionnent * Tile-Live , ubi supra.
au HISTOIRE
station précédente avec les sources du Sandukli-Chai; mais, en revenant aux faits tels qu'ils se sont passés, cest bien difficile, pour ne rien dire de plus. Le tracé de Kiepert est d'ailleurs tout à fait différent de celui-là. Metropolis de Phrygie (nom évidemment emprunté à celui de la mère des dieux) est placée, par Ptolémée S très-peu à l'est d'Ëumenia et d'Apamée, et à dix minutes seulement* au nord de cette dernière, ce qui correspond assez bien aux données de Tite-Live, l'armée ayant passé entre Apamée et Apoilonie. La plaine en question doit être sur un plateau au nord-ouest du lac Hoïran; mais Hamdton, ayant suivi la route du lac, au sud des collines qui l'enveloppent de ce côté, ne peut nous renseigner là-dessus. Quant à Dinias, Kiepert^ suppose que ce pourrait être le Tymandos de Hiéroclès, dont la situation est, dit-il, approximativement indiquée par les récits des croisés. Mais on pourra , dans tous les cas, en reconnaître à peu près la place en traçant la route d'Apamée à Synnada, première station que Tite-Live nomme après Dinias.
(rSynnâda, dit Strabon*, n'est pas une grande ville, ?rmais elle a près d'elle une plaine de 60 stades, plantée cf d'oliviers, et au delà [èiréKsiva) est le bourg de Docimia, cr d'où se tire la pierre appelée synnadique par les Romains Cf et docimite parles gens du pays. . . On en tire maintenant, Cf pour les Romains, beaucoup de grandes colonnes monoff lithes, se rapprochant de l'albâtre par leurs veines (xarà ^Tifv&oïKÙdoLv). fi Là docimite est mentionnée sous ce nom dans les inscriptions de l'Asie Mineure.
* V, II, S 25. — * Appendice aux Fûnf Inschriften , p. 87. — * T. Ili, p. 72-73.
DES GAULOIS DECRIENT. 215
L'idée la plus naturelle, après quon a lu ce passage, est que Synnada n'est qu'à 60 stades environ des carrières; il faut, avant tout, déterminer l'emplacement de celles-ci. Or M. Hamilton a vu à Eski-Kara-Hissar * les traces manifestes de leur exploitation. (cLa ville contient, dit-il, de nombreux blocs de marbre et des colonnes, quelques-unes non polies, d'autres magnifiquement travaillées. Dans un espace ouvert, près de la mosquée, était un bain d'un travail exquis et achevé, destiné peut-être à orner une villa romaine; dans le mur de la mosquée et dans le cimetière étaient des frises richement fouillées [carved)^ avec des corniches ioniques et corinthiennes du style le mieux soigné que j'aie vu jamais. Elles ne peuvent avoir été destinées à être employées sur place, mais furent probablement taillées près des carrières pour la plus. grande facilité du transport, comme on le fait encore à Carrare. Plusieurs blocs bruts étaient encore là, avec des marques et des caractères grossièrement tracés, ou avec des noms d'empereurs et de consuls, et quelquefois avec des chiffres^. ^w Suit une description détaillée des carrières elles-mêmes, que le savant voyageur a visitées à 2 milles et demi au sudest de la ville, du côté oriental d'une plaine qui s'étend vers le sud. trCe marbre, dit-il ^, est fort cristallin, et présente les variétés de couleur suivantes : blanc-bleuâtre avec des veines jaunes , blanc avec des veines bleues, et blanc avec des taches bleues. . . En explorant les collines, je trouvai d'autres carrières plus à l'est et au sud-est. -n
Ce sont bien là les carrières de Strabon. Mais le peu de
* A quatre heures au nord d'A- * T. I,p. /i6i. r]om-Kara-Hissar(I, AGaeilacorle). '' ïbid. p. /163.
largeur de la plaine qui les sépare d'Ëski-Kara-Hissar ne permet guère de voir Synnada même dans cette ville : 2 milles anglais et demi ne font pas 60 stades ni même 3o. D'autre part, dans Ptolémée, Synnada est à près d'un demi-degfé au sud et un peu à Test de Docimia S et, ce qui est plus grave peut-être, la Table de Peutinger indique deux stations différentes pour ces deux localités. Or Hamilton émet l'idée^ que YèiréKsivoi de Strabon peut grammaticalement se rapporter soit à Synnada, soit à la plaine. Si Ton adopte cette liberté d'interprétation, Strabon ne donnera pas la distance de cette ville aux carrières, mais bien la direction de celles-ci par rapport à Synnada, c'est-à-dire la direction opposée à celle d'Antioche de Pisidie dont vient de parler l'auteur. Antioche étant près de Yalobatch, Docimia et ses carrières devront, en ce cas, être au nord de Synnada, comme le disait Ptolémée, et, les carrières étant retrouvées, c'est plus au sud qu'il faut chercher Synnada.
Dans une autre partie de son voyage *, M. Hamilton a de nouveau traversé le même pays, mais, cette fois, il a suivi sa route de l'ouest à l'est, au midi des carrières, en allant d'Afiom-Kara-Hissar à Ak-Sheher (Philomelium). Or, à quelque distance de la première de ces villes, il reconnut de grands sarcophages et, bientôt après, des traces de fondations, formant le tracé de rues et de murailles. Il ne douta point qu'il ne fût sur l'emplacement d'uue grande ville , et n'oublions pas que si , au temps de Strabon, Synnada ne l'était pas encore, un demi- siècle plus
' V, n,S9/i. — * T. II, p. 180. — ^ T. Il, p. 176.
tard elle était désignée par Pline comme le lieu d'un tr conff ventus juridicus, -n d où ressortissaient toute la Lycaonie, Dorylée, Juliopolis, etcJ Les ruines vues par Hamilton contiennent une agoray des colonnes de marbre synriadique et des inscriptions, dont l'une ^ présente le nom des Docimiens : il n'hésite pas à dire qu'il y reconnaît la ville de Synnada *.
Mais ce n'est pas tout. Il est d'autant plus autorisé à croire que cette ville se trouvait vers Afiom-Kara-Hissar, près du village de Surmeneh *, qu'il retrouve là ^ l'éXoMrf^u- Tov "TséSiov, ÔfTOv é^xovTtx (/laSioûv de Strabon, dans une «plaine étendue, richement cultivée en divers lieux et vaff riant en largeur entre 5 et 6 milles, n D'après la Table de Peutinger, dit-il encore ®, Synnada est à 6 /i milles romains de Dorylée, à 78 d'Apamée, et à 67 de Philomelium (par étapes militaires) ; le compas et la carte nous donnent environ 55 milles aurais à vol d^ oiseau du village de Surmeneh à Dinneir ; 46 par Ak-Sheher, ce qui conserve assez bien les proportions et même les nombres, le mille romain étant un peu plus petit que le mille anglais. Eski- Seher (Dorylée) n'est pas sur la Carte de Hamilton, qui n'avait pas parcouru ce pays , mais , sur la Carte de Phrygie , par Kiepert, la distance entre Dorylée et le lieu correspondant au Surmeneh de Hamilton ne dépasse pas de beaucoup le nombre de milles romains indiqué : on peut d'ailleurs bien facilement adrhettre l'omission d'un X sur la Table de Peutinger. Et, lorsque Kiepert, en 18/io , pla-
* Pline, HisU nat. V, xxix. * Page 179, in fine.
* N« 375 de Y Appendice, ' Page 180.
' Page 177. • ïî, 178.
çait Synnada à Ëski-Kara-Hissar, il s'en rapportait, d'une part, aux mesures itinéraires, dont lui-même disait n être pas pleinement satisfait, et de l'autre à la description de M. Texier. Il n'avait pas encore sous les yeux le travail complet de M. Hamilton, mais son coup d'oeil de géographe lui faisait regretter de ne pas s'en tenir au Surmina de Kinneir, situé entre Bulwadun et Afiom-Kara-Hissar ^; or, évidemment. Surmina c'est Surmeneh, et Bulwadun c'est Bolawadun. Quand il mettait Docimeum au nord de Synnada, conformément au texte de Ptoléraée, mais beaucoup plus loin que Synnada du lieu où sont les carrières, Kiepert se réfutait lui-même; aussi son atlas de 1861 a-t-il remis Docimeum à sa place et rejeté Synnada près de la rivière qui se rend dans l'Iber-Ghieul ^.
Dans une journée de 5 milles, les Romains atteignirent Beudos-Vetus *, que Ptolémée met à dix minutes au nord de Synnada *, mais à un degré plus à l'est. Ritter a envie de le retrouver dans Eski-Kara-Hissar (le vieiuc château noir^), et Hamilton pensait de même^ : il y a envi-
* Appendiceaux Fmfinschr, p. 87. Synnada , et il y a bien quinze à dix- ' Seulement il la met à droite de huit kilomètres de Surmeneh k Be-
cette rivière, tandis que Surmeneh jad; au contraire, de Surmeneh à
est à gauche. Eski Kara-Hissar, il n'y en a que sept
^ Tite-LiveXXXVni,xv,«ii^jîii«»i. ou huit. M. Texier ne parle point de
* Dans la Phrygie pisidique. — Surmeneh, et le voisinage des car- V, V, S 5. rièresetlaprësencederuinesassezim-
* Klein-Asien, t. I, p. 6o5. portantes l'avaient déterminé (p. Wi) ,
* I, 467. — M. Texier {Asie h reconnaître Synnada même dans Mineure, p. 434-635, 468) pense Eski Kara-Hissar. Mais ces ruines ne | que Beudos est Bajat (Bejad) et Ana- sont point un empêchement à l'iden- | bura, Ak-Kilissé; mais Tite-Live dit tification que j'adople, puisque Beu-
que Beudos Vêtus est à 5 milles de dos Vêtus a battu monnaie : les mois |
ron 1 milles de là aux ruines de Synnada. Puis Manlius atteint Anabura, et le. lendemain il est aux sources de TAlander : Hamilton etRitter y voient la rivière de Bejad^ Cependant, comme elle coule du sud au nord, on n'aperçoit pas bien comment les sources de l'Alander pourraient, en ce cas, être la dernière station des Romains avant d arriver à Abbassium, sur h frontière des Tolistoboyes, surtout si cette dernière ville correspond, comme HamUton le pense ^, aux ruines qu'il signale à 6 milles au-dessous de Bejad. Néanmoins on pourrait admettre que les Alandri fontes sont les sources d un petit affluent signalé sur la carte de Hamilton, entre Seideler et Bejad. Il résulte de cet ensemble qu'Orkistos (Alekian) devait être dès lors compris dans les limites de la Galatie.
Après avoir séjourné un peu sur ce point et entamé une négociation çivec Eposognat, prince teclosage, ami d'Eumène, et qui avait refusé des secours à Antiochus^, Manlius se remit en marche. Le premier jour, il rejoignit l'Alander, et, le second jour, il arriva au bourg de Tyscos, où il accorda la paix, au prix de âoo talents, à la cité d'Oroande et continua sa route vers Plitandae, puis vers Alyattes ; enfin il atteignit Cuballum , en traversant l'Axylon, contrée où le bois et même les broussailles manquaient absolument^. Cuballum est la première localité que Tite-Live cite comme appartenant à la Galatie, et
Bev^ijvcûv "BfaXaidôv sont signales sur ' I, /j68; pour sa position sur la
une médaille par M. Waddington. frontière , voyez Tite-Live , ubi supra.
(Voyage en Asie Mineure.) ^ Tite-Live, XXXVIII, xviii. —
' Ritter, ibid. — Hamilton, I, Cf. Pol. XXII, xi.
/i58. * Id. ibid.
qui, d'après la Table de Peutinger, corrigée par Tite-Livc lui-même, devrait être placée entre Amorium (Herjan- Kaleh) et Iconium (Konyeh). Or, puisque le consul avait déjà presque atteint la frontière phrygienne à Abbassium , il faut quil lait longée pendant trois ou quatre jours, sans doute pour donner à Ëposognat, dont d eut encore des nouvelles à Alyattes, le temps d'agir sur ses compatriotes, les Tectosages,
Est-il possible de déterminer sur la carte la marche du général romain pendant les jours qui précèdent son entrée en Galatie? M. Mordtmann^ tout en reconnaissant l'extrême difficulté d'une détermination précise, a cru pouvoir en donner une idée générale; mais je dois avouer qu'il ne me paraît pas y avoir réussi. Je ne puis accepter même son point de départ, puisqu'il identifie Synnada avec Eski-Kara-Hissar, et Beudos Vêtus avecBejad, tandis qu'il reconnaît l'Alander dans la rivière qui passe près de cette ville. Il a probablement raison sur ce dernier point : l'Alander ne peut être la rivière qui prend sa source près de Bejad et coule à l'est, puis au nord-est, comme je l'avais pensé d'abord, puisque Manlius, en prenant cette direction, eût trouvé le canton sans arbres ni broussailles ( Axylon , plaine de Haimaneh) , beaucoup plus tôt qu'd ne le trouva en effet. Il lui eût fallu pour cela quelques heures et non plusieurs marches; carHamilton, venant d'Ancyre à Eski-Kara-Hissar, ne se trouva hors de la steppe qu'après avoir dépassé Geuraek-Kieui^. Mais
^ Gordium Pessinus und Sevri- naissance et la communication de cet Hissar, 1860 : je dois encore à la opuscde.
complaisance de M. Perrot la con- ' T. I, p. A 67.
M. Mordtmann est entraîné dans une contradiction singulière par l'oubli momentané d'un passage de Hamilton ^ qui a suivi quelque temps le cours de la rivière de Bejad, et affirme qu'elle se dirige au nord-nord-est vers le Sangarius, tandis que, selon l'auteur allemand, les Romains, partant de Bejad et marchant au nord dans la direction de Seidi-Gazi, auraient trouvé, au bout de quelque temps, les sources de l'Âlander. Du reste, il a raison d'ajouter que l'armée marchait vers le nord, et plutôt au nord qu'au nord-est; car, dit-il, si elle eût pris la direction d'Orkistus (Alikian) elle eût trouvé l'Axylon beaucoup plus vite.
Mais que Manlius ait persisté à se rapprocher toujours du nord, c'est ce qui ne paraît point résulter du récit de Tite-Live ni de la comparaison des lieux. Manlius s'est engagé d'abord dans la partie occidentale de la vallée, mais, aussitôt après son séjour à Âbbassium, il se rapproche de la rivière, la franchit et se trouve, comme l'a fait observer M. Mordtmann, entre deux cours d'eau (sans compter l'Alander) : celui qui vient des environs de Bejad et passe près du Hamza-Hadji, bras que le savant allemand tient pour le véritable Sangarius, et celui qui passe près d'Alikiam, bras que l'on appelle maintenant le Sarylar-Su. C'est, dit-il , le bras le plus méridional que Manlius a franchi après le combat de Guballum dont il va être question tout à l'heure, attendu que, si c'était l'autre, Manlius eût passé de nouveau le Sangarius pour arriver à Ancyre, ce que l'historien ne dit pas. Nous verrons tout à l'heure si cet argument est bien décisif : il ne s'agit en ce moment que
de la position de Guballum, et là il est clair que M. Mordtmann a commis une erreur considérable. Il incline, en effet, à le reconnaître dans Orkistus, attendu qu'on ne trouve ce dernier nom qu'à l'époque impériale, ou, du moins, il voudrait le placer près de cette ville. Mais Tite- Live indique plusieurs jours de marche ^ entre ce point et celui où fut passé le Sangarius. Or Alikiam est à une lieue environ du Sarylar-Su, et à quatre ou cinq de son confluent avec la branche méridionale. Si, au contraire, on lient, comme je le disais au chapitre vm, que Guballum est aux environs d'Amorium, on se trouve à la fois en pleine Haimaneh, comme le veut Tite-Live, et à une certaine distance du Sangarius, que les Romains passent sur un pont, après la réunion des deux bras, à peu de distance de Pessinonte; toutes circonstances qui s'accordent avec le texte. On conçoit d'ailleurs pourquoi Manlius a changé de direction en quittant A.bbassium : c'est, je le répète, parce que des motifs non militaires, mais politiques, lui font différer son entrée en Galatie, sans néanmoins s'éloigner de la frontière. Il a prolongé sa marche en se dirigeant vers l'est -sud- est, des environs de Bejad dans l'Axylon, où les étapes ne sont ni nommées ni comptées par Tite-Live; mais, dès qu'il est attaqué, son hésitation disparaît, il marche au nord, du côté de Pessinonte, et eût peut-être rançonné la ville sans la démarche que les prêtres firent auprès de lui.