‹ Histoire des Gaulois d'OrientChapitre 30 sur 40 · III. Manlim en Galatie. Pacification de l'Asie. — A Gu · texte numérisé non relu

III. Manlim en Galatie. Pacification de l'Asie. — A Gu

* crContinenlibus itineribus.)) (XXXVIII, ivin.)

ballura donc, le camp romain fut insulté par des cavaliers galates, qui vinrent tuer des hommes aux avant-postes, mais furent repoussés avec perte, quand la cavalerie romaine sortit à son tour des retranchements ^ L'armée continua sa route en hon ordre, et quelques marches la conduisirent au Sangarius, où il fallut jeter un pont, parce quil n'était pas guéable^. Après le passage, comme les troupes marchaient sur la rive du fleuve, les Galles de Cybèle, venant de Péssinonte, se présentèrent à elles avec leurs insignes, leur prédisant, au nom de la déesse, la victoire et la domination ; Manlius passa la nuit sur ce point ^. Le lendemain on arriva à Gordium. Or, comme l'armée marchait lentement, à cause du butin dont elle était embarrassée, comme les prêtres, qui venaient faire un accueil amical aux Romains, avaient dû venir à eux par la voie la plus courte, dès qu'ils les surent près de leur ville, et que l'armée était alors sur la "rive gauche du fleuve, il est à croire que la rencontre eut lieu vers l'extrémité de la vallée que Hamilton a descendue, lorsqu'il s'éloignait de Bala-Hissar pour suivre la trace des monuments antiques répandus dans les environs*. Ainsi donc, en descendant le fleuve une dizaine de milles encore, on ne sera pas loin de l'ancienne Gordium. Kiepert, qui, en 1 8iio , l'avait placée près du confluent des deux Sangarius (d'Angora et de Péssinonte), l'a, en 1861, reportée sur cette dernière

^ Tite-Live, livre XXXVIIl, cha- tupra, p. 89. — Polybedit: xotkov

pitre xvui. ^wa xai liào^cnov,

* Sur le volume du Sangarius, ' Tite-Live, uhi supra, — PoL

même au-dessus de Péssinonte, voy. XXII, ix.

Ritter, p. 627, et Tchihatcheff, ubi * I, kko.

branche, à peu près à mi-chemin de Pessinonte au confluent, c est-à-dire non loin du point où le raisonnement me conduisait tout à l'heure. Ajoutons que, Gordium étant situé sur le Sahgarius, l'armée dut le repasser sur un pont existant déjà, ce qui explique pourquoi Tite-Live ne signale qu un seul passage du fleuve par Manlius.

L'armée séjourna à Gordium, abandonné par ses habitants, mais rempli de richesses, car cette ville, sans être fort étendue, était l'entrepôt d'un commerce considérable entre les côtes des trois mers. Gomme l'a d'ailleurs remarqué M. Amédée Thierry, la célébrité du temple de Pessinonte avait, en attirant l'aflEluence des voyageurs, donné beaucoup d'importance commerciale à ce pays. Mais la conduite des Galles en cette occasion montre qu'ils ne se recrutaient pas encore parmi les Galates, et que ceux-ci étaient considérés par eux comme des maîtres étrangers, dont la chute eût flatté leur ressentiment ou leurs intérêts. La crainte seule expliquerait imparfaitement leur démarche : ils devaient savoir que les Romains vénéraient leur déesse; il n'y avait pas si longtemps qu'Attale avait obtenu pour Rome l'idole de Pessinonte. C'est aux rois de Pergame, ennemis des Gaulois et alliés des Romains, que l'on attribue la construction du temple de la déesse phrygienne, dont on admire aujourd'hui les restes.

Manlius reçut à Gordium de belliqueuses nouvelles touchant l'attitude des Gaulois. Eposognat lui fit savoir qu'il n'avait rien pu obtenir d'équitable des autres princes, que de toutes parts on évacuait les bourgs et les campagnes, et qu'hommes, femmes et enfants, avec tout ce qu'ils pouvaient emporter ou conduire, se rendaient sur le

mont Olympe où l'on comptait se défendre ^ On apprit ensuite, par des députés d*Oroanda, que, tandis que les Tolistoboyes se portaient sur l'Olympe, les Tectosages oc-. cupaient le montMagaba, et que les Trocmes avaient résolu de confier à ceux-ci leurs familles, pour aller se joindre aux Tolistoboyes : les rois de ces trois petits peuples étaient Ortiagon, Combolomar et Gaulot^. Polybe raconte * que le premier songeait à se faire reconnaître pour roi de toute la Gallo-Grèce et en préparait de longue main les voies par des actes de bienfaisance et de générosité, joignant d'ailleurs à un abord populaire et aux talents militaires le courage naturel à tous les Gaulois. Il est difficile d'affirmer aujourd'hui si Ortiagon avait conçu une pareille pensée; mais un pouvoir commun, reconnu temporairement ou viagèrement à un chef sur toute la confédération, en considération de ses qualités personnelles ou d'un danger public, n'aurait pas été un fait unique dans l'histoire de la race gauloise *.

Les chefs galates avaient résolu de se retrancher dans les montagnes, où ils se croyaient inattaquables ou du moins invincibles^. Ils se portèrent au mont Olympe, qui, selon Hamilton^ et Ritter"^ est Assarli-Kaiya, colline située, nous l'avons vu, entre le Sangarius de Pessinonte et celui d'Angora; du moins n'en doit- elle pas être bien éloignée. Manlius et Attale s'étant approchés pour exarai-

* Tite-Live,XXXVni,xviii. des peuples bretons. Introduction et

* Ibid. XIX. t. II.

' XXII , xxî. ' Tite-Live , XXXVIII , xix , in fine.

* Voyez César, De hello gallico, • I, /j3i-/i39. II, IV. — Cf. De Courson. Histoire ' Page 59 9.

ner les lieux, furent vivement repoussés avec leur escorte par un nombre supérieur de cavaliers gaulois; mais, deux jours après, les Romains revinrent en force, et la position fut complètement reconnue. Le consul, avec une grande partie de ses troupes, se mit en marche dès le lendemain pour attaquer par le côté du midi, où Taccès du sommet était facile; et choisissant, pour commander les autres corps, son frère Lucius et C. Helvius, il ordonna à l'un de gravir l'Olympe par le sud- est, en se rabattant sur le corps principal , si son mouvement se trouvait arrêté par un escarpement trop considérable, à l'autre de faire le tour de la montagne pour l'escalader par le nord-est ; la cavalerie fut laissée en bas avec les éléphants.

Ne redoutant d'attaque sérieuse que du côté du midi, les Galates avaient placé 4,ooo hommes sur une hauteur qui dominait cette route, à un peu moins d'un mille de leur camp retranché. Des traits nombreux furent échangés entre cette troupe et l'avant- garde du consul, composée de vélites, d'archers et frondeurs crétois, de Tralliens et de Thraces; mais les Gaulois, moins pourvus d'armes de jet, obligés d'y suppléer par des pierres, et fort peu experts à ce genre de combat, peu couverts d'ailleurs par leurs boucliers étroits, perdirent la tête et se jetèrent à terre ou se ruèrent sur les vélites, qui les taillèrent en pièces; d'autres, à l'approche de la grosse infanterie, s'enfuirent vers le camp, que déjà les femmes et les enfants avaient rempli d'épouvante et de tumulte.

Encouragés par ce succès des vélites, et rejoints par les détachements de L. Manlius et de C. Helvius, qui, ramenés sur ce point par la difficulté de gravir les escar-

pements, leur servaient maintenant de réserve et d'arrière-garde, les soldats du consul s'avançaient vers les retranchements de l'ennemi. Les Galates, ayant voulu risquer un combat devant leurs murailles, y furent en un instant rejetés par la nuée de traits qui fondait sur leur masse compacte. Les Romains, voyant néanmoins les portes gardées par des détachements plus solides, firent pleuvoir leurs javelots ou leurs flèches par-dessus les murs; les cris lamentables des femmes et des enfants leur apprirent bientôt que l'eflet était produit, et la brusque attaque des antesignani rompit alors la garde des portes ^

On n'attendit pas les légions dans l'intérieur du camp. Avant que les premiers soldats y eussent pénétré, la déroute était générale, crils se précipitent en aveugles îrpar les sentiers et hors des sentiers; ni précipices ni rocr chers ne les arrêtent; ils ne craignent rien que l'ennemi; (T le plus grand nombre se tue en tombant d'une hauteur (c considérable. 1) Le consul défend aux soldats de s'arrêter au pillage ; les Galates dispersés et fugitifs sont sabrés ou pris dans la plaine par la cavalerie. Le nombre des morts est fort incertain, mais Tite-Live assure qu'il n'y eut pas moins de 4o,ooo captifs de tout âge et de tout sexe^. Parmi eux se trouvait la femme d'Ortiagon, qui vengea sa pudeur outragée par la mort du centurion auteur de ce crime, au moment où il se préparait à recevoir la rançon de sa captive^; la guerre des Tolistoboyes était finie.

' Tite-Live, livre XXXVIII, cha- * Tite-Live, XXXVIU, xxiv. — pitre xxiï. Pol. apud Plut. De virt. mul. (XXII,

' Ihid. XXIII. XXI , des fr. de Polybe.)

En trois marches ^ le consul arriva jusqu'à Ancyre, la ville desTectosages, dont les forces demeuraient intactes ; là il reçut de leurs députés des offres de soumission fort pressantes. L'entrevue fut arrêtée pour le lendemain, et le lieu fixé entre Ancyre et le camp des Gaulois; mais, arrivé là, Manlius n'y trouva pas les brennins (reguli), qui firent excuser leur absence par un motif superstitieux et promirent d'envoyer quelques chefs, avec lesquels Attale, représentant le consul, posa en effet des préliminaires; mais ils n'avaient pas de pouvoirs pour conclure. Le motif de ces délais était, selon Tite-Live, que les Tectosages voulaient envoyer au delà du fleuve Halys leurs femmes et leurs enfants et tendre un piège au consul ^. Ils tentèrent effectivement de le surprendre avec leur cavalerie, lorsqu'il s'avança à cinq milles de son camp avec une escorte, pour l'entrevue définitive, et ils l'obligèrent, après quelque résistance, à une retraite précipitée, que Tite-Live ne craint pas d'appeler une déroute : heureusement pour lui, 600 hommes destinés à servir d'escorte aux fourrageurs coururent le dégager; ils furent bientôt rejoints par les fourrageurs eux-mêmes, qui arrivèrent à la débandade, mais trouvèrent l'ennemi déjà dispersé et en fuite '.

Cependant le gros des Tectosages et des Trocmes n'avait pas été engagé; le consul, après avoir étudié le terrain pendant deux jours, marcha contre eux. Leur infanterie se montait encore à 5o, 000. hommes; 10,000 cavaliers, ayant mis pied à terre pour être utiles dans ce district montagneux, formaient leur aile droite, et 4,ooo

' Tite-Live, XXXVIII, xxiii. — * Ibid, xxv. — » Ibid, xxv. — Cf. Pol.XXll,xxii.

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Gappadociens et Morzes, leur aile gauche. Mais, accablés de traits, comme les Galates du mont Olympe, et troublés par le souvenir de cette cruelle journée, ils n'osèrent ni attendre le choc des légionnaires m se donner Tavantage d'une attaque impétueuse, à cause de leur manque d'armures, qui, les rangs une fois rompus, les eût exposés aux javelots plus encore que leur position en ligne serrée, où les couvraient tant bien que mal leurs petits boucliers. Le corps de bataille s'enfuit, quelques soldats dans le camp, le reste vers la campagne : les ailes, négligées d'abord par les assaillants, n'attendirent pas même, dirent les Romains, le jet des premiers traits. Les fugitifs passèrent l'Haï y s et demandèrent la paix ^

L'effet de cette victoire fut grand en Asie Mineure. Jusque-là on avait eu peine à se rassurer contre le voisinage des Galates, et les villes d'Asie, en offrant au consul des couronnes d'or, le félicitaient moins de les avoir maintenues à l'abri de la domination d'Antiochus, que de les avoir délivrées de la crainte inspirée par ces barbares, peu soucieux du droit des gens ^ et toujours prêts à fondre comme l'ouragan sur une contrée quelconque *. Il est probable que, dans leur expérience de courtisans. Grecs et Phrygiens exagérèrent les choses et comptèrent les terreurs de leurs pères parmi les maux dont les avait délivrés l'invincible armée romaine ; néanmoins , au temps

* Tite-Live , livre XXXVIII , chap. d^pseos xai ^apavofiias, — Cf. Titexxvi-xxvii. Live, XXXVIII, xxxvii.

* Pol. XXII, XXIV. Èiri Tû3 ràv ' (rincertusque in dies terror quo ctTro T&v ^ap^pù)v^6€ov d^priaOai rrvelut tempestas eos populantis inxdi hoKeîv diirfXXàxOat rffs roxirœv ffferrel.» (Tite-Live, ibtd,)

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