CHAPITRE V
Conquête du Danube par les Romains.
L'Empire d'Auguste vit naître en effet ces expéditions réitérées jusqu'au sein de la Germanie, commencées avec tant de succès et suivies de tant de revers, qui firent connaître au monde civilisé l'intérieur de cette vaste contrée inconnue jusqu'alors.
Les 111} riens et les Dalmates, qui avaient profité des querelles de Çésar et de Pompée et ensuite de celles d'Antoine et d'Octave pour secouer le joug romain, furent forcés de rentrer dans le devoir après une guerre de partisans qui, surtout de la part des Dalmates, se prolongea dans les montagnes, où leur chef, du nom de Teuline, homme aventureux, tint longtemps les Romains en échec. Un bonheur pour les armes romaines fut la diversion que firent les tribus guerrières qui habitaient le Nord de l'Hémus, Gèles, Bastarncs, Daces, qui, pendant que l'Espagne, l'Épire, l'Orient étaient les trois grands théâtres où l'Empire se disputait , se faisaient elles-mêmes une guerre cruelle et sanglante. Les Daces furent vaincus par les Bastarncs. Chez les Gèles avait paru, au troU sième siècle de la fondation de Rome, Xamulxis, disciple
de Pythagorc, qui avec son maître avait en Égyple cherché la sagesse et qui, rentré dans sa patrie, lui avait donné des lois. Il y avait établi le culte et formé la monarchie. Sous Boirebistas , Prince des Gèles , se réunirent maintenant toutes les nations peucénienncs , qui. après avoir ravagé la Thrace, la Macédoine et l'Illyrie, se jetèrent, pendant que César était occupé contre les Gaulois, aux frontières de la Pannonie et du Norique , sur les restes de ces Boïens et de ces Taurisques qui quelques siècles auparavant avaient passé en Italie. Plus de deux cent mille hommes suivaient ce chef intrépide qui, au moment de se déclarer pour Antoine contre Octave, mourut du 710. poignard d'un conspirateur.
Auguste , victorieux , passa dans la Gaule qui , après la mort de César avait été contenue par l'énergique conduite de Munacius Plancus, et qui, d'abord province des Triumvirs et ensuite d'Antoine, lui était tombée en partage. 11 lui donna pour gouverneur Vipsanius Agrippa. Les Ubiens, toujours inquiétés par les Suèves, ne pou- 715. vant plus se soutenir contre eux sur la rive droite du Rhin, furent enfin transplantés par ce dernier sur la rive gauche du fleuve , où ils bâtirent la ville qui plus tard reçut la colonie d'Agrippine. Les Suèves, au témoignage de Strabon , se répandirent sur leurs terres et traversèrent même le Rhin quelques années plus tard , attirés sans doute par les Moriniens et d'autres peuples belges , qui, toujours remuants, avaient de nouveau tenté de secouer le joug romain. Ils furent cependant alors repoussés par Carinas, qui, pour prix des services rendus en 725. cette occasion, partagea avec Auguste les honneurs du triomphe. Mais ils revinrent de nouveau se réunir plus tard aux Tréviriens que Nonnius Gallus ût-renlrer dans le devoir. Auguste passa de nouveau dans la Gaule et en
fit alors le partage en trois grandes provinces, dont celle de Belgique s'étendit jusqu'au Rhin et comprit dans son sein les gouvernements militaires des deux Germanies , inférieure et supérieure.
758. L'Empereur en était à peine reparti pour se rendre en Espagne, que la guerre des Sicambres commença. Ces peuples, d'abord repoussés par Vicinius et ensuite contenus par Agrippa, et, plus tard, par Tibère qui continua l'œuvre de son prédécesseur, se révoltèrent de nouveau sous Lollius qui le remplaça. Ce général, renommé par son avarice et par ses exactions, exigea d'eux, à ce qu'il parait, un nouveau tribut. Ayant envoyé des commissaires pour le recevoir , les Sicambres les mirent en croix , et , passant le Rhin, pillèrent toute la seconde Germanie. La cinquième légion qu'ils surprirent perdit son aigle. Quoique la honte des Romains fut en cette occasion plus grande que ne fut leur perte , Auguste crut devoir venir lui-même sur les lieux. Les Sicambres, à son approche, lui envoyèrent des députés, et il consentit à leur accorder la paix, moyennant un certain nombre d'ôtages qu'ils furent obligés de livrer. Ce fut pendant son séjour dans la Gaule que le Norique et la Vindélicie furent réduits en «provinces romaines. Le premier de ces pays comprenait la plus grande partie de l'archiduché d'Autriche, et touchait à l'Est la Pannonie dont il était séparé par le mont Caetius. Déjà Auguste avait soumis celte dernière à l'Empire, vers Tan 720 de Rome.
Cependant les Pannoniens s'étaient soulevés et ayant entraîné avec eux les habitants du Norique, ils étaient tous ensemble entrés sur le territoire de l'Istrie.
Silius et ses lieutenants les repoussèrent, et ce général vint planter ses aigles jusque sur le Danube.