‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 17 sur 123 · Entre l'Elbe et la met · texte numérisé non relu

Entre l'Elbe et la met

trèrent dans leur coalition. Drusus ne crut pas devoir passer le fleuve, dans la crainte de manquer de vivres. Il se replia sur la Lippe, où cependant les Sicambres et leurs alliés lavaient précédé , et qui , après aVoir battu les Catles, vinrent lui couper la retraite.

L'impétuosité des Germains , qui , mieux dirigée , eût pu ruiner toute l'armée romaine , échoua cependant contre la savante tactique de l'ennemi qui, cerné de toute part, parvint à se frayer un passage et à lui échapper. * Les Romains prirent position sur la Lippe, où, pour contenir les Germains, ils élevèrent un castel au confluent de cette rivière et des deux torrents de la Gleene et de la Liese. En même temps ils construisirent à travers les marais une digue , qu'ils prolongèrent jusqu'au Rhin et qui devait faciliter leurs communications avec l'intérieur de la Germanie.

744. Cependant les Cattes que Drusus voulut contraindre de s'expatrier sur d'autres terres, et qui virent dans cette prétention une atteinte à leur liberté , quittèrent son alliance pour s'unir maintenant aux Sicambres. Ce fut contre eux que les deux campagnes suivantes furent dirigées. Drusus dévasta tout leur territoire jusqu'aux limites des Suèves, qui étaient alors en paix avec lui, et dont il respecta les frontières. Cependant la route du Weser par le Harzwald lui était ouverte ; et plus audacieux que lors de sa première expédition contre les Ché-

745. rusques , il traversa ce fleuve et porta ses aigles victorieuses jusque sur l'Elbe. Là, dit-on, une alrune d'une taille plus qu'ordinaire lui apparut et, d'un ton prophétique, lui adressant quelques reproches sur son ambition , lui annonça la volonté du ciel qui s'opposait à ce qu'il allât plus loin. Il ne passa point l'Elbe en effet; et comme s'il eût eu un secret pressentiment de sa fin prochaine.

il éleva sur les rives du fleuve un trophée pour perpétuer le souvenir de ses victoires. Il reconduisait sur le Rhin ses légions, lorsque, sur les bords de la Saal, petite rivière qui se jette dans l'Elbe, il fit une chute de cheval, qui le blessa si fortement que trente jours après il mourut. Tibère, qui, à la nouvelle de cet événement, accourut dans la Germanie, reçut son dernier soupir et fit transporter jusqu'à Rome sa dépouille mortelle. Toute l'armée pleura son général, et elle lui éleva , près de Mayence , la principale place d'armes que les Romains eussent alors sur le Rhin, un cénotaphe dont, après dix-huit siècles, les ruines se montrent encore.

Page 1