‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 18 sur 123 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Tout le Nord de la Germanie , occupé militairement par les Romains, ne tenta point, à la mort de Drusus, de secouer le joug qu'il lui avait imposé. Lorsque Tibère vint prendre le commandement de l'armée du Rhin, tous 7443. les peuples, parmi lesquels étaient stationnés les garnisons romaines éparses dans les divers forts que Drusus avait fait élever sur le Weser et jusque sur l'Elbe, lui envoyèrent des députés et implorèrent son alliance. De ce nombre forent les Teuchtères et les Usipètes, auxquels il refusa toutefois leur demande, à moins que les Sicambres, leurs alliés, qui avaient si souvent levé l'étendard de la révolte, ne consentissent à se rendre. Sur les représentations des deux tribus, les Principaux des Sicambres vinrent le

trouver dans son camp pous Jraiter avec lui. Mais aussi perfide à leur égard, que leur nation s'était montrée jalouse de sa liberté, il les fit mettre dans les fers, et tombant à Timproviste sur ce peuple, il l'arracha par milliers de ses foyers, comme il avait fait quelques années auparavant avec les malheureux Taurisques dans la Rhétie. Plusieurs d entre eux, préférant une noble mort à la honte de l'esclavage, se tuèrent de désespoir. Le bassin de la Sieg resta en grande partie désert, jusqu'à ce que les Usipètes et les Teuchtères, s'y répandant par la suite, s'y mêlèrent aux restes de la population primitive, dont le nom, devenu célèbre, passa lui-même à ces nouveaux habitants.

Tibère chercha ensuite par une politique raffinée à s'attacher l'amitié des Germains. Il attira leurs chefs dans son camp , où il leur fit des présents ; plusieurs prirent même du service dans l'armée et envoyèrent leurs fils à la cour d'Auguste ; il caressa l'ambition de quelques-uns d'eux, pour les porter à usurper l'autorité dans leurs tribus.

Ans Marbod régnait alors sur les Marcomans. 11 avait passé de J. C. à Rome quelques années de sa première jeunesse, et son «sprit observateur s'y était développé ; il y avait acquis des connaissances dont son ambition profita plus tard quand il fut parvenu au pouvoir. La coalition des Suèves s'était dissoute. Les Marcomans, dont le nom indiquait la place que ce peuple occupait aux frontières de la confédération, étaient pressés de toute part par les Romains, qui, d'un côté , touchaient aux sources du Danube, et, de l'autre, par la position qu'ils venaient de prendre dans la Germanie, débordaient déjà, du côté du Mein, les hautes sommités de l'Abnoba. Les peuplades isolées du sein de la Germanie n'attendaient toutes qu'un chef contre

la tyrannie. Marbod conçut le hardi projet de les réunir, et, quittant avec les Marcomans les bois sombres qu'ils habitaient , il passa avec eux dans le fertile bassin de la Bohême» d'où sa puissance ne tarda pas à s'étendre sur toutes les nations environnantes. Tandis qu'au Nord, les Romains, toujours maîtres du sol, mais obligés de sévir contre des révoltes partielles , apprenaient aux Germains l'art de la guerre, en les associant à leurs expéditions, Marbod se créait au Sud une armée capable de leur résister, et qui, organisée sur le modèle de l'armée romaine, et exercée selon sa tactique, devait servir ses projets ambitieux contre sa patrie. Les Ghérusques, le peuple le plus puissant du Nord, étaient les alliés les plus fidèles des Romains. Ségimer, qui les commandait, avait consenti lui-même à ce que ses deux fils, Hermann et Flavius , servissent dans les rangs des légions. Sigismond, ûls de Ségeste, autre prince d'une tribu de cette nation, avait même adopté le culte de Rome, et desservait comme prêtre l'autel que la flatterie avait élevé à Auguste dans la cité des Ubiens. Tibère , après avoir deux fois, par lui-même et par ses lieutenants Vicinius et Domitius GEnobarde, réprimé le soulèvement des Bructères et des nations voisines des Bataves, traversa le Weser la 5. cinquième année de 1ère chrétienne, et renoua avec les Ghérusques l'alliance qu'ils avaient réciproquement jurée. Les troupes prirent au milieu d'eux leurs cantonnements d'hiver , non loin des sources de la Lippe.

Au printemps de l'année suivante, il se mit en marche* G. contre les Ghauques et les autres peuples du littoral de la mer, qui firent leur soumission. Une flotte soutenait sur les côtes les opérations de l'armée de terre, et elle vint jeter l'ancre dans l'Elbe en même temps que les légions arrivaient sur ce fleuve. Les tribus qui en habitaient les

rives, Lombards, Semnones, Hermondures, qui toutes ne naviguaient que dans des pirogues construites du seul tronc d'un arbre que le feu avait creusé, voyaient avec étonnement la masse énorme de ces vaisseaux, dont la marche était si imposante. On dit qu'un vieillard, se confiant seul au cours du fleuve, vint alors trouver Tibère, et que, lui prenant la main , il lui exprima sa joie, d'avoir vu, avant de mourir , une nation aussi puissante et aussi héroïque que celle des Romains.

Une seule bataille ensanglanta cette campagne. Tibère, en ramenant ses troupes dans leurs quartiers d'hiver, laissa le gouvernement de la Germanie à son lieutenant Sentius qui, par ses mœurs affables et par sa probité, sut se concilier l'amitié générale des Germains.

Marbod, pendant ces événements, continuait son œuvre créatrice. Il àvait réuni une armée de soixante-dix mille hommes d'infanterie et dé quatre mille cavaliers, bien exercée et bien disciplinée, qui, jointe à la milice guerrière du reste de la nation, rendait sa puissance d'autant plus formidable , qu'elle couvrait à l'Est , du côté du Rhin, et au Nord du côté du Danube , toutes les tribus germaines que les Romains n'avaient point encore visi- . tées. Quiconque avait à se plaindre de Rome , était certain de trouver à sa cour refuge et protection. II faisait tenir à ses ambassadeurs auprès d'Auguste un langage élevé qui annonçait le souverain qui traite avec son égal. La guerre devenait inévitable. En effet, Auguste 'chargea Tibère de réduire un ennemi dont le pouvoir commençait à trop s'étendre et à devenir dangereux. Mais averti par ses espions, Marbod sut détourner l'orage qui le menaçait. Tandis que le principal corps de l'armée romaine s'assemblait dans rillyrie, les mécontents de la province, remués par ses émissaires, en organisèrent le

soulèvement. A peine les légions eurent traversé le Danube à Carnuntum pour se réunir au corps d'armée du Rhin, conduit par Sentius, qui avait reçu Tordre de faire sa jonction en traversant le pays des Cattes et l'Hyrcinie, que toutes les populations, depuis le Norique jusqu'à la Thrace , prirent les armes, et firent entendre le cri d'indépendance. Force fut aux Romains de faire, sans presque combattre , une paix que les événements précipitèrent. Ti})ère rentra dans les provinces soulevées où les mêmes scènes de désolation qui avaient signalé sa campagne de Rhétie, se renouvelèrent. Les femmes à Arduba, plutôt que de se laisser entraîner captives, se précipitèrent avec leurs enfants dans les flots et dans les flammes. Il fallut aux Romains trois ans et les efforts de deux cent mille hommes, pour apaiser cette sédition, et remettre ces pays sous le joug.

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