‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 20 sur 123 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La coalition des Chùrusques dont Hermann devint le chef, n'était pas cependant tellement unie, que des jalousies d'intérêt n'en relâchassent les liens. Ségeste s'était vu entraîné par les événements; mais. toujours dans le cœur attaché à la cause romaine, et déchu d'un pouvoir qu'avait rêvé son ambition , il ne voyait qu'avec peine le premier rang accordé à l'homme auquel il avait juré sa haine. Son fils Sigismond avait, à la nouvelle de la révolution qui devait éclater, quitté l'autel qui lui était confié, et avait lui-même pris une part active dans la conspiration. Plus tard cependant, voyant l'intérêt de sa famille sacrifié, et jaloux de l'influence d'Hermann et de ses proches, il sentit son amour-propre blessé et se réunit à son père ; ces deux hommes dont la voix était encore puissante dans la nation, finirent par créer un parti assez considérable pour disputer à Hermann le pouvoir. La guerre ne tarda pas à éclater entre les deux factions.

Auguste mourut pendant ces événements, et Tibère qui lui succéda envoya sur le Rhin le fils de Drusus , à qui ses campagnes firent donner plus tard le nom de Germanique.

Ce général, en arrivant dans la Gaule dont il reçut le serment d'obéissance au nom du nouvel empereur, eut à apaiser la révolte des légions cantonnées dans la Basse-Germanie. Il les fit rentrer dans le devoir par la force et par la persuasion. Pour dompter leur esprit mutin , et avec la pensée de reconquérir ce que la défaite de

Varus avait fait perdre aux Romains, il les conduisit dans 14 . la Germanie. Le passage du Rhin s'effectua dans le plus grand secret, et la campagne s'ouvrit par le massacre des Afarses1, qui, sans défiance, avaient dans leur forôt sacrée célébré les mystères de leurs Dieux , et qui , pleins des vapeurs de l'hydromel bu en leur honneur , dormaient sous le ciel étoile. Sans distinction d'âge ni de sexe , il fit égorger, à cinquante milles romains à la ronde, tout ce qui tomba sous le fer.

Cette surprise appela aux armes les peuples voisins : Bructères, Tubantes 2 et Usipètes , qui tous se réunirent contre les Romains , et les combattirent si vaillamment que Gennanicus repassa le Rhin.

L'année suivante, le passage du fleuve se fit sur deux 15. points différents. Caecina, avec quatre légions et cinq mille hommes de troupes auxiliaires , l'effectua dans la Basse- Germanie, et Germanicus avec les quatre autres légions de la Germanie supérieure et dix mille hommes d'auxiliaires l'effectua à Mayence. Il rétablit sur le Taunus le château fort que Drusus y avait construit , et s'avança dans le pays des Cattes. Sa marche fut si précipitée qu'il parvint sur l'Eder avant que les habitants n'eussent eu le temps de se réfugier sur l'autre rive ; les hommes se sauvèrent à la nage laissant â la merci du soldat les femmes, les enfants et les vieillards. Les Romains jetèrent un pont sur la rivière, et incendièrent la principale bourgade de ce peuple , dont tout le pays fut dévasté. Calcina , pendant ce temps , contint les Chérusques et repoussa l'agression des Marses jaloux de venger leur défaite.

Germanicus, en se retirant , reçut une députation de

t. Peuple qui habitait la contrée d'Osnabrtlck. 2. Peuple qui habitait l'ancien Twcntegau , dans les environs do Twentcrn.

Ségesle qui lui annonçait qu'Hermann le tenait assiégé , et qui, au nom de l'amitié qui l'avait toujours uni aux Romains, lui demandait du secours. Parmi les députés se trouvait Sigismond, dont le proconsul respecta la soumission, et dont il voulut bien oublier la faute ; il lui donna, pour le protéger, une forte escorte qui raccompagna jusqu'au Rhin.

Ensuite, au lieu de se replier vers le fleuve, il s'avança dans le pays des Chérusques où il parvint jusqu'aux deux partis ennemis. 11 délivra Ségesle auquel il assigna pour demeure la ville de Vêlera sur le Bas-Rhin 4. La fille de ce prince , Thusnelda , digne épouse d'Hermann , était retombée au pouvoir de son père, et fut du nombre des captives que Germanicus emmena. Elle fut reléguée à Ravenne où quelque temps après elle accoucha d'un fils.

Impuissant à la délivrer, Hermann n'en fut que plus implacable dans la haine qu'il voua aux Romains. Il vola dans toute la Germanie , et fit partout retentir chez les peuples coalisés le cri de guerre et de vengeance. Inguiomar, longtemps ami des Romains, et à qui ses vertus héroïques avaient acquis leur estime , partagea son indignation, et le servit alors de tout son crédit. C'était de toute sa famille le guerrier le plus expérimenté, et son influence sur sa nation fut d'autant plus forte que le vieux Ségimer lui-môme, qu'avait ébranlé l'exemple de Ségesle son frère , semblait se repentir du rôle passif auquel il se voyait condamné. Depuis les rives que battent les flots de la mer germanique jusqu'aux frontières de Marbod, tout fut de nouveau en armes contre la tyrannie.

Germanicus, instruit de ces apprêts, voulut les prévenir.

J. Aujourd'hui Xanthoii.

Pour mieux assurer la base de ses opérations, il partagea son année en trois corps , dont le premier, composé des quatre légions sous les ordres de Cœcina, traversa le pays des Bructéres , et le second, sous les ordres de Pédon et composé essentiellement de cavalerie, prit son chemin par le territoire des Frisons. Lui-môme descendit le Rhin avec une flotte qui le porta dans l'Ems , où le rendez-vous général avait été donné. Les Ghauques offrirent leurs secours aux Romains ; mais les Bructéres, . pour mieux les arrêter, incendient leurs demeures , détruisent leurs moissons, ravagent tout leur pays. Germanicus envoya à leur poursuite Stertinius qui les atteignit enfin avec sa division , et reconquit une des aigles prbes sur Varus. La route qui conduisait au champ de bataille ensanglanté par ce proconsul était ouverte, et Germanicus résolut de le visiter. Caecina forma l'avant-garde, et toute l'armée parvint dans ces gorges sévères, où sept ans auparavant les légions de Varus avaient été défaites. Le sol était encore couvert de leurs ossements et des débris de leurs armes ; les autels qui avaient servi â immoler les centurions étaient encore debout. Germanicus fit aux Dieux un sacrifice expiatoire, et rassembla tous ces restes dans un immense tumtdus sur lequel il posa luimême la première touffe de gazon.

Hermann épiait ses mouvements.

Caché dans les mêmes défilés où il avait battu Varus, il y attendit les Romains , et, pour mieux les attirer, fit fuir devant eux un petit corps d armée qu'ils poursuivirent. Mais alors toutes ses forces se développèrent , et il s ensuivit un combat meurtrier dont les résultats, du côté des Germains, furent assez considérables pour provo- - quer la retraite de l'ennemi. Germanicus atteignit l'Ems où il se rembarqua. Pendant cette marche, Ségimer et

son ûls Sésithach vinrent se rendre aux Romains. Ce dernier, qui avait pris une part active dans la conspiration contre Varus et qui avait même insulté au corps de ce général, fuyait maintenant un pouvoir dont son ambition était blessée. Stertinius le fit déposer avec son père dans la ville des Ubiens.

Hermann, à qui Germanicus venait d'échapper, se mit alors à la poursuite de Cœcina qui , par les marais des Bruclères , entreprit d'effectuer sa retraite. Les chaussées et les ponts que Domilius avaient élevés onze ans auparavant avaient été partout détruits, et cette circonstance, jointe aux pluies continuelles qui tombèrent et qui inondèrent toute la contrée , fut mise à profit par les Germains qui firent éprouver de grandes pertes à l'armée romaine. Sans l'amour du pillage qui les arrêta et qui donna aux Romains le moyen de gagner un terrain plus solide , ces derniers eussent pu éprouver le même sort que l'armée de Varus. Caecina eut le temps de former son camp.

Lorsque les Germains, las de piller, vinrent attaquer ses retranchements , contre l'opinion d'Hermann , ils trouvèrent une défense désespérée. Inguiomar lut fortement blessé. Celte affaire , où les Romains restèrent vainqueurs, ouvrit à ces derniers leur retraite qui ne fut plus gênée jusqu'au Rhin.

Pendant ce temps, Germanicus atteignait la haute mer. Pour alléger ses vaisseaux , il donna deux légions à Vitellius , qui devait , par terre , le rejoindre à l'embouchure du Wecht. Peu s'en fallut que les flots de l'Océan, battus par un vent d'automne et inondant toute la côte, ne fissent périr ces deux légions avant qu'elles n'eussent pu atteindre une hauteur où elles passèrent toute une nuit dans la plus grande anxiété. Le bruit de leur perte s'était

déjà répandu jusqu'au Rhin , lorsque Germanicus y reparut avec elles.

Cependant le château d'Alison tenait encore. Les Germains, manquant de machines de siège, n'avaient pu s'en emparer. Germanicus résolut de le débloquer et de rétablir les anciennes lignes qui le joignaient au Rhin. Silius, avec une division de trente mille hommes , fut envoyé dans le pays des Cattes, afin de les contenir. Mais ce général, dont des pluies continuelles entravèrent la marche, ne put rien entreprendre , et le proconsul ne combattit point non plus les Germains qui se retirèrent à son approche, après avoir renversé l'autel qu'il avait élevé à Drusus, et détruit le monticule où il avait déposé les ossements des compagnons de Varus. Pendant ce temps, les plus grands préparatifs se faisaient sous la conduite de Gscina et de Silius, sur le Rhin, sur la Meuse et sur les autres fleuves navigables, où mille vaisseaux de transport se construisaient pour se rassembler dans la Batavie.

En effet Germanicus, instruit qu'à Rome on commençait à déclamer contre une guerre ruineuse qui traînait en longueur, résolut de porter un coup décisif. Gomme les marches et les fatigues décimaient les légions plus que les combats, il fit embarquer sur celte flotte toute son armée, et parut avec elle dans TEms, où il jeta l'ancre sur la rive droite du fleuve. Un pont qu'il fit construire porta ensuite ses troupes sur la rive opposée, et il traversa jusqu'au Weser le pays -des Chauques, qui le suivirent eux-mêmes comme auxiliaires.

Cependant les Ângrivares , tribu qui habitait au-dessous de la Lippe, entre le Weser et l'Ems1, inquiétaient les derrières de l'armée. Stertinius fut envoyé contre eux

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