‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 29 sur 123 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Guerre des Daeei.

La paix profonde qui régna sur le Rhin pendant le reste de l'empire de Vespasien et pendant le court espace que dura celui de Titus, permit aux villes rhénanes, que les Germains et les Bataves venaient en grande partie de renverser, de se relever de leurs ruines.

Mais à peine rentrés dans leurs forêts, les mêmes peuples qui avaient ensemble pillé la province romaine, "furent agités de troubles domestiques.

•84. Domitien, après être monté sur le trône, passa dans la Gaule et dans la Germanie. Sa présence au-delà du Rhin a quelque rapport de date avec les querelles qui s'élevèrent d'un côté, entre les Caltes et les Chérusques, et de l'autre entre les Semnones et les tribus voisines, dont il paraît qu'il se fit médiateur. Italicus, avait cesse dé régner, et les Chérusques obéissaient alors à Cariomer qui, comme son * prédécesseur, tout dévoué aux Romains, fut l'objet de la haine de ses voisins et principalement des Cattes qui lui firent la guerre et le chassèrent de ses États. Ce prince, après avoir trôuvé quelques secours chez les peu-

pladcs limitrophes, se vit enfla abandonné de toutes, et contraint de venir implorer la protection de Domitien. Velléda était dans les fers, victime de la haine des partis qui divisaient son pays. A sa place s était élevée , chez les Semnones, une autre alrune du nom de Ganna, dont la voix prophétique n avait pas moins de renommée dans la Germanie que n avait naguère eu celle de la fille des Bructères. Des raisons d'État sur lesquelles l'histoire ne donne pas d'éclaircissement portèrent Masius, roi des Semnones, à venir avec elle à la cour de Domitien , oit ils furent traités avec les plus grands honneurs. A la même époque, la coalition des Lygiens avait la guerre avec d autres peuples suéviques qui étaient entrés en ar- 84. mes dans la Misnie. L'empereur envoya aux Lygiens 85. un secours de cent chevaliers romains. A son retour en Italie, il triompha des Gattes et prit le titre de Germanique, nom qu'il prétendit même imposer au mois de septembre, afin de perpétuer le souvenir de son expédition.

Les Suèves, irrités du secours que Domitien avait envoyé aux Lygiens, vinrent maintenant, unis aux Sartnatcs lazyges, fondre sur les terres de l'empire. Ils ravagèrent la Pannonie que l'impéritie des généraux ne sut pas protéger et où, comme naguère sur le Rhin, tous les quartiers des troupes romaines furent ruinés.

À cette guerre de rapine succéda celle plus sanglante 86. encore des Daces, qui se prolongea pendant quatre ans consécutifs, et qui, momentanément suspendue par Tachât d'une paix honteuse qui dura pendant le reste du règne de Domitien et pendant celui du vieux Nerva, fut reprise avec vigueur par Trajan, qui réduisit la Dacie en province.

Les peuples peucéniens , dont la coalition s'était dissoute après la mort violente de Boirebistas, n'avait pas

tardé à se réunir de nouveau sous Cotiso , pour mieux résister à la puissance romaine. Forts et jusqu'alors indomptés, ils avaient plus d'une fois jeté la terreur dans les quartiers des légions, en profitant des glaces du fleuve , pour venir les piller. Vespasien les avait. contenus. A leur tête était maintenant un jeune prince, du nom de Durias, qui, en présence du danger, trop peu confiant dans ses forces, céda de son plein gré le glaive à un guerrier plus que lui capable de le bien manier. Décebal, à qui le pouvoir fut confié , était un de ces hommes faits pour commander, et qui bientôt se rendit redoutable aux Romains. Parmi les peuples qui vinrent se joindre à lui comme auxiliaires, étaient les Gothones ou Goths, que la tradition fait descendre des contrées les plus septentrionales de l'Europe, où une partie de leurs tribus était restée et dont les autres s'étaient arrêtées sur les rives de la Vistule. Pour la première fois , leur nom , devenu depuis si célèbre dans l'histoire , retentit alors dans les annales. Toutes ces nations levèrent ensemble 1 étendard, et fondant sur la Mœsie, culbutèrent les garnisons romaines, s'emparèrent de diverses forteresses , et firent prisonnier Sabinus, gouverneur de la province qui finit par avoir la tète tranchée. Domitien, à la nouvelle de ces événements, envoya contre elles Cornélius Fuscus, qui, d'abord les repoussa, passa même le Danube, mais fut ensuite défait et tué.

89. L'empereur résolut de venir lui-même sur les lieux. Les Quades et les Marcomans, qui avaient jusqu'alors gardé une stricte neutralité , lui envoyèrent des ambassadeurs. Mais en même temps ces peuples formaient sous main avec les Daces des liaisons perfides aux Romains, dont Domitien fut instruit. Laissant à Julien le soin de contenir les Daces, il fit mettre à mort ces députés, et

passa dans la Pannonie , d'où il porta la guerre chez ces deux nations. Mais la fortune lui fut contraire. Son armée fut défaite, et, dans ces circonstances impérieuses, il se vit contraint d acheter de* Décebal une paix que la nécessité lui Ot demander, et dont le roi dicta les conditions. Ce n'étaient pas les terres qui manquaient aux Germains ; aussi ne fut-ce pas une augmentation de territoire que Décebal exigea. Il ne voulut que des présents en or et en argent, des artisans et des ingénieurs qui pussent porter dans son pays les arts et les produits de la civilisation romaine ; dons qui, par la promesse que Domitien fît de les renouveler, pourraient être considérés comme une espèce de tribut. Lui-même cependant ne vint pas trouver l'empereur. 11 lui envoya son frère Diégis, qui, au nom du rpi, jura d'observer le traité, et reçut de Domitien les prisonniers qui étaient encore au pouvoir des Romains , et le diadème que ce prince lui remit pour Décebal.

Domitien, de retour à Rome, n en triompha pas moins, 90. comme si la Dacie avait été soumise. Des monnaies de son règne , postérieures à cette époque , font mention d'une victoire remportée sur les Sarmates , de laquelle l' histoire ne nous a pas entretenus. 92.

La guerre avait recommencé avec les Marcomans, 96. lorsque le poignard mit fin à la vie de cet empereur. Nerva que les prétoriens portèrent sur le trône , la continua, et prit, comme son prédécesseur, le titre de Germanique.

Le Rhin était toujours tranquille ; mais en avant de cette * barrière, la dissension continuait de régner parmi les mêmes peuples qu'un intérêt commun avait autrefois unis contre Rome , et qui maintenant , au grand contentement des Romains, s'entre-égorgeaient eux-mêmes. Les

Angrivares et les Chamrfvcs entrèrent sur le territoire des Bructères et tuèrent plus de soixante mille hommes de cette nation , dont ils prirent les terres et dont le reste se retira plus au Nord sur la rive droite du Rhin. 08. Trajan était à Cologne, spectateur tranquille de ces événements, lorsque la mort de Nerva, qui l'avait adopté, lui laissa l'empire.

Ce grand homme sut faire respecter la puissance ro- . maine ; et bientôt les Quades et les Marcomans cessèrent leurs incursions. Il recommença contre les Daces la guerre

100. que le traité de Domitien avait suspendue. En vain Décebal, fort des alliances qu'il avait nouées avec les peuples les plus guerriers de la Germanie , et à la tête dune armée nombreuse et bien disciplinée , que protégeaient les forteresses qu'il avait partout élevées* , tenta de l'arrêter ; en vain les peuples alliés, à la tête desquels étaient les Buriens , lui envoyèrent sur un grand morceau de terre cuite une sentence en lettres latines pour l'engager à ne pas aller plus loin , et à conserver la paix en se retirant ; tout plia devant le génie du grand capitaine qui, après deux campagnes également brillantes, entra en vainqueur dans Zarmizgethusa , capitale de la Dacie , et vint y die-

102. ter la loi. Décebal fut contraint de courber le front devant l'empereur et de déposer les armes à ses pieds. Toutes les forteresses furent démantelées ; tous les arsenaux, toutes les machines de guerre, tous les transfuges furent livrés au vainqueur. Décebal s'engagea par le même traité à évacuer tout le pays conquis et à ne reconnaître d'autres amis ni d'autres ennemis que ceux du peuple romain.

Cette paix fut de courte durée.

104. Décebal ne tarda pas à enfreindre le traité et à acheter de nouveau des armes , à recevoir les transfuges , à

relever ses forteresses , et à faire de nouvelles alliances avec ses voisins. Il entra en même temps sur le territoire des Iaziges, alors amis des Romains.

Trajan marcha une seconde fois sur la Dacie, et après 10G. trois années de guerre, où tous ses talents militaires, toutes ses grandes vues politiques furent surtout développés , il réduisit ce pays en province romaine. Décebal , pour ne point tomber en son pouvoir , se donna la mort ainsi qu'un grand nombre des siens.

Ce fut au retour de cette expédition que l'empereur ût élever à Rome la colonne de marbre qui porte son nom , et qui , destinée à perpétuer le souvenir de ses victoires , offre sur ses bas-reliefs une représentation fidèle des usages, des coutumes, des vêtements et des armes du peuple conquis.

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