‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 3 sur 123 · Chun , (ieschlvcht , famille · texte numérisé non relu

Chun , (ieschlvcht , famille

nu tilleul sacré, à l'ombre duquel la Divinité était censée résider, marquait la place où , sous la voûte étoilée (car la nuit était censée plus sacrée que le jour), apparaissaient en armes tous les hommes libres que les intérêts de la nation appelaient à délibérer. C'était dans la nuit du lundi, consacrée au dieu Mann, que se tenaient ces assemblées , où la corne à boire faisait plus d une fois le tour, mais dont les résolutions n'étaient arrêtées que le lendemain, lorsque les vapeurs de l'hydromel étaient dissipées

Toutes les lois des différents peuples germains étaient assez uniformes dans leur principe ; car aucune n'est basée sur le droit public : tout y est réduit au droit privé et ne tend qu'à la répression des torts dont l'homme libre pouvait se rendre coupable envers son égal , ou de ceux que l'homme libre et le serf pouvaient avoir commis l'un envers l'autre. Tout ce qui concernait la nation était discuté dans l'assemblée du peuple, et c'est là que, selon les circonstances, il était pris des mesures à cet égard.

Toutes ces lois étaient rimées, afin qu'elles fussent mieux retenues. Ce ne fut qu'après l'écroulement de l'empire romain que celles des Bourguignons, des Francs. . des Bavarois et des Goths furent écrites avec les changements que nécessitèrent les besoins de la conquête et le nouveau culte auquel ils furent soumis.

Du reste elles étaient toutes de la plus grande simplicité , et telles quelles durent être partout où la tradition tint d'abord lieu de code. Leur but, purement con-

1. C'est de là que le nom de Dienstag donné au mardi parait avoir son origine, du vieux mot dingen , délibérer, et de Tag , jour; d'où Dingstag et par la suite Dienstag. Le lieu des délibérations se nommait MaUtatt ou Dingstatt.

ciliateur, était de protéger la vie, F honneur, la liberté et Tavoir de chaque citoyen. Quiconque y portait atteinte était tenu de donner satisfaction ou une compensation de Tinjure ou de la perte. Dans le premier cas , on avait recours au duel , regardé comme le jugement de la Divinité qui était censée devoir protection à l'innocent ; et dans le second , était stipulée une amende en bétail ou en armes , dont la valeur était réglée suivant le sexe et le rang de la personne qui avait reçu l'injure on avait eu des pertes à supporter, et le sexe et le rang de la persoune qui s'était rendue coupable du délit, les circonstances qui l'y avaient portée , les moyens qu'elle avait employés et le lieu où elle l'avait commis. Une partie en revenait au Prince ou à l'État, l'autre à celui qui était vengé ou à ses proches. La mort n'était jamais prononcée que contre le lâche ou le traître : et encore n'était-elle donnée qu'au nom des dieux par le prêtre chargé de leurs décrets. Mais, quoique la punition corporelle et l'incarcération fussent inconnues, l'esclavage devenait, dans quelque cas, le sort du coupable, quand il s'agissait d'un crime contre l'honneur» tel que l'adultère ou le rapt .d'une femme ou d'une 6Ue. Si ces dernières s'étaient prêtées à l'enlèvement et avaient de bon gré suivi leur séducteur, elles partageaient sa peine.

Pour les Germains, rien n'était en effet plus sacré que la famille. Le chef de famille était le tuteur de tous les membres qui la composaient. Il les représentait devant le juge ; il les protégeait jusqu'au temps où , devenus époux ou épouses , ils quittaient le toit qui les avait vu naître et où la loi leur accordait jusqu'à cette époque un droit d'asile, droit qui se maintint intact, lorsqu'à côté de YAllmend, terres qui, comme chez les Suèves, appartenaient à toute une communauté et qui se partageaient

seulement pour la culture , furent introduits les Allodes , propriétés exclusives des familles auxquelles le sort des armes les dévolurent. Ces biens, que le droit de conquête donnait à la nation , étaient , d'après le témoignage de Tacite, partagés entre les guerriers selon leur rang1. Ils devenaient l'appartenance de la famille à laquelle l'Étal les cédait et sur lesquels il n avait plus dés -lors aucun droit. Les fils aînés seuls en héritaient, et leur possesseur était, comme nous venons de le dire, tenu d'entretenir tous les membres qui composaient la famille jusqu'au temps où ces derniers se mariaient et où cessait la tutelle qu'il exerçait sur eux3.

Ces deux partagés bien distincts des terres, sont la conséquence naturelle du passage de l'état nomade à celui d'habitation ûxe. Ils eurent lieu successivement partout où les tribus germaniques s'arrêtèrent, et où Yodlode, plus ou moins considérable , selon la dignité de celui qui le reçut, donna lieu plus tard à la féodalité. Les grands possesseurs de terre, qui en eurent en superflu, mais qui ne pouvaient les aliéner, en cédèrent cependant à leurs affranchis à la condition d'une redevance qui, à défaut d'argent monnayé, fut d'abord donné en bétail. De cette- redevance celte institution prit son nom 3. Eux-mêmes étaient appelés edelinge *, expression qui correspond au mot nobtlcs employé par Tacite, qui, à côté d'eux, cite aussi les ingenui, hommes libres ou freien qui paraissent avoir acquis leurs droits en temps de guerre, lorsque les nobles et les serfs

ii Agrijitxta dignationem partiuntur. Tacite» Gtrm, , XXVI. 2. Aussi le mot. freim, devonir civilement libre, s'est- il jusqu'à ' nos jours conservé dans la langue allemande comme synonyme do se marier.

T>. Un tel bien s'appelait feod , de fe, Vich , bétail, et od , ferme, propriété.

i. De leur pussessiuu d'allodc jppeléc œdlimje

combattant ensemble , ces derniers reçurent en partage une partie des terres des vaincus pour récompense, ou, lorsque la nation vaincue s'étant soumise, au lieu de la réduire tout entière à l'état d'esclavage, ainsi que c'était la coutume , on consentit à laisser à quelques familles des terres et leur liberté. Entre eux et les esclaves étaient les affranchis qui, dit le même Tacite, n'étaient pas beaucoup au-dessus de ces derniers, avaient rarement quelque autorité chez eux et jamais dans l'Etat, si ce n'est dans les pays qui étaient soumis à un roi, dont la protection dès lors pouvait les faire monter aux premières charges. Dans la dernière catégorie paraissent avoir été les Leute ou liles, chez les nations qui composèrent la coalition franque , et dans la seconde, les Lazzi chez les Saxons. Ces derniers cependant exerçaient encore un drôit politique, et envoyaient leurs représentants à l'assemblée nationale ; ce que ne faisaient point les lites qui étaient essentiellement soumis au possesseur de l'allode. Quant aux esclaves enlevés, comme nous l'avons dit, à leurs foyers, et dans les rangs desquels furent mis par la suite tous les prisonniers des nations vaincues , ainsi que les criminels que la loi avait condamnés et ceux qui ne craignaient point d'attacher la servitude à leur corps sur un simple coup de dés (car telle était la passion du jeu chez les Germains, qu'après avoir tout perdu , ils se laissaient parfois entraîner à cette extrémité) , leur sort était moins rude que celui des serfs des nations plus civilisées. On pouvait, il est vrai, les vendre , ou plutôt , on les cédait contre d'autres objets , puisque le peu de commerce qui existait d'un peuple à l'autre ne consistait qu'en échange. C'était principalement ceux que le jeu avait réduits en esclavage qui étaient . ainsi aliénés. Mais il était rare qu'on les mît à mort , et

rarement aussi on leur infligeait des peines corporelles.

Pour signe de leur condition, ils avaient la tète tondue, au contraire des hommes libres qui, chez les Suèvcs, portaient de longs cheveux retenus par un lien sur son sommet, et chez les nations du Nord les laissaient flotter sur leurs épaules. Ils avaient leur habitation à côté de celle de leurs maîtres, et ils recevaient pour prix de leur peine du blé et une part du bétail qu'ils soignaient.

La culture des terres qui leur était conGée ne dépassait cependant pas la consommation de la famille, comme du reste tous les arts chez les Germains se réduisirent toujours aux plus simples besoins. L or, l'argent semblent pendant longtemps leur avoir été inconnus. Le fer mémo était rare, non que le sol n'en produisît une immense quantité, mais par les difficultés qu'ils avaient sans doute à le fabriquer.

Au Nord, chez les Estoniens, peuples de la Baltique, qui, dit Tacite, donnaient cependant plus de soin à leurs terres que la plupart des autres peuples de la Germanie, les instruments aratoires dont ils se servaient étaient de bois. Ce n étaient que de simples bâtons avec lesquels ils fouillaient la terre , comme le font encore de nos jours les insulaires de la Polynésie. Leurs chariots étaient supportés par des roues qui n étaient que de simples palettes en bois sans cercle ni jantes. Cette rareté du fer semble avoir introduit la coutume, chez beaucoup de tribus , de garnir d'os d'animaux la pointe de leurs flèches et de se servir de pierres pour masses d'armes. L'art de battre monnaie leur était inconnu. C'était chez les Estoniens aussi que se recueillait l'ambre dont pendant longtemps ils ignorèrent eux-mêmes le prix , jusqu'à ce que celte matière counue des Romains devînt pour ces derniers un objet de luxe , qu'ils payèrent à ces peuples simples d'un prix qui les étonna. Les seuls métiers qu'ils

il)

connurent furent ceux que la nécessité leur enseigna , et ce n était guère que dans la fabrication de leurs armes , de leurs bateaux, de leurs habillements que se montrait leur industrie. — Encore existait-il une grande différence dans la confection de ces objets parmi les différentes tribus. Tandis que, sur les bords de l'Elbe, un arbre gigantesque creusé par le feu formait la pirogue, où une trentaine d'hommes pouvaient s'avancer à la rame, sur les rives de l'Océan l'art de joindre les poutres était déjà assez avancé, et sur des esquifs ornés d'une poupe que le ciseau avaient sculptée, se déployait une voile que l'habile nautonnier, qui cependant n'avait pour guide que le ciel, dirigeait vers toutes les côtes adjacentes. Tandis que les peuples du Nord-Est ne se couvraient que de pelleteries, que d'autres peuplades presque sauvages se peignaient même le corps pour se rendre plus terribles, les Semnones déjà connaissaient l'art de filer le lin, que les femmes teignaient en pourpre, et dont elles se formaient une juppe qui laissait à nu leurs bras et une partie de leur sein. Les fourrures formaient une partie essentielle de l'habillement chez toutes les tribus ; c'était sur une peau d'ours étendue sur le sol de sa demeure que le guerrier couché passait dans l'oisiveté et en buvant avec ses compagnons d'armes les longues journées d'hiver de son ciel gris et humide. Son costume en campagne n'avait nulle ampleur et ne gênait en rien ses mouvements. Par dessus la saie qui recouvrait son corps, se développait son manteau de guerre qui n'était le plus souvent que la peau préparée d'un jeune taureau, d'un ours, ou de tout autre animal. Rarement une cuirasse défendait sa poitrine. La tète était presque toujours nue, ou quelquefois aussi chez les principaux guerriers, couverte de la hure d'un sanglier, ou de la partie antérieure du manteau qui alors, au-dessus du

front laissait voir les cornes menaçantes du taureau ou du cerf, emblèmes qui plus tard, lorsque les métaux leur furent mieux connus, furent imités sur la cime de leurs casques. Les boucliers étaient généralement longs, mais étroits, pouvant cacher derrière eux le combattant. Un large ceinturon retenait le glaive, qui cependant ne fut guère d'abord d'un usage général et ne fut introduit parmi les Germains qu'à la suite de leurs relations avec les Gaulois et les peuples de l'Italie. La haste d'armes ou fr ornée t la pique à double tranchant étaient les armes principales de l'infanterie dont les rangs étaient formés par l'élite des jeunes guerriers les plus vigoureux ; une javeline légère et un bouclier rond étaient les armes du cavalier. Perdre son bouclier , était la plus grande honte. Par les emblèmes qui le recouvraient, se reconnaissaient les frères d'armes , guerriers que l'amitié unissait et qui, se dévouant pour la vie aux dangers d'une existence aventureuse , se juraient mutuellement de se protéger partout et contre tous. Les mêmes armes les recouvraient, et souvent lorsque la paix laissait trop longtemps leur courage ardent en repos, c'était chez les nations voisines qu'ils allaient chercher du service. Le plus noble guerrier fabriquait lui-même les armes avec lesquelles il combattait. Quant au luxe d'ameublement, il devait être inconnu à des peuples chez qui l'art de bâtir était si peu avancé, et qui, à l'exception des Suèves du Nord, n'élevèrent jamais de temple à leur Dieu. C'était au sein des forêts sacrées, ou sur le sommet des monts que se célébrait le culte des Dieux. C'était aussi dans quelques-uns de ces lieux que se rendaient leurs oracles qui attiraient les pèlerins des contrées les plus lointaines f.

1. Le mot Wall fart ou Waldfart (car l'un est synonyme de l'autre),

Le culte des Germains était , comme chez toutes les Dations de l'antiquité, celui de la nature personnifiée. Il était basé sur la révolution céleste, et sur les deux principes du bien et du mal ou de la lumière et des ténèbres, système religieux dont la Perse fut le berceau et d'où sans doute ces peuples, en émigrant de l'Asie en Europe, l'avaient apporté avec eux. Ce que nous appelons Dieu , cette intelligence suprême qui anime l'univers*, cet être, principe de tout et qui n'en a pas d'autre que lui-même, était connu d'eux. De lui étaient descendus les autres Dieux secondaires, et il devait régner encore lorsque ces Dieux auraient été anéantis et que des ruines de ce monde détruit, il en serait sorti un nouveau. De lui émanaient les trois Normes ou Divinités du Destin, dont l'une présida un jour à tout ce qui fut, dont l'autre réglait le présent, et dont la troisième avait toujours les regards sur l'avenir. En les réunissant dans son sein, il était le commencement et la fin de toute chose.

Mais en même temps que l'idée religieuse du peuple se portait vers cet être universel présidant à la nature, c'était aux génies mêmes, comme parties du grand tout, que le culte s'adressait, et c'était surtout aux astres dont l'influence règle les saisons, ou plutôt aux Dieux qui étaient censés y être incorporés, que les prières s'élevaient. — Hertha, ou la terre, était considérée chez les Suéves comme la mère des Dieux. Elle avait donné naissance aux planètes et d'elle étaient sortis les douze Ases ou grands Dieux qui présidaient aux douze signes célestes.

Thuisco, personnification du Soleil, était l'atné de ses

action de se rendre dans la forât, est encore employé par l'Allemand pour exprimer le pèlerinage.

fils. Venaient ensuite Mann qui présidait à la lune» puis Erich ou Mercure, Wodan ou Jupiter, le dieu Thor ou Mars, Freya ou Vénus, et enfin Same, identification de Saturne. Wodan n'est autre que la figure mythique de Buddha qui , par la même transformation d'idées religieuses qui eut lieu chez les Pélasges et chez les Grecs , chez les Étrusques et chez les autres peuples de l'Italie , concentra 'dans sa personne la puissance divine spiritualisée *.

Le culte du taureau, ou plutôt du Soleil entré dans ce signe , était en honneur chez les Gimbres qui promenaient dans leur camp cette figure symbolique.

Ce culte solaire rend raison dés fêtes que les Germains célébraient surtout au 25 Décembre , alors que le Soleil naissant, après avoir longtemps lancé ses rayons obliques sur notre hémisphère, remontait dans le ciel ; et celle du 21 Juin, alors qu'après avoir chassé l'hiver et s'être déjà élevé, il les dardait d'aplomb sur la terre. C'était pendant la nuit, temps, avons-nous dit, regardé plus sacré que le jour, que ces fêtes avaient lieu, et l'on rencontre encore des traces de la seconde dans ces feux de la Saint- Jean que l'introduction même du Christianisme n'a pu éteindre.

Cette théogonie , sur laquelle était basé le système religieux de toute la Grande-Germanie, donna naissance dans le Nord au culte odinique dont l'Edda, ce vieil écrit des plus anciennes traditions, nous a conservé le résumé et dont quelques incriptions dans les Vosges, de l'époque romaine , prouvent même l'importation dans cette partie des Gaules. Là surtout est développée la doctrine des

1. Buddha, Woddan, et dans lo dialecte gothique, Chodan, Gvodan, d'où enfin le mot Gott , qui exprime l'idée de Dieu.

deux principes. Car, au commencement, dit le livre, était le père, Alvadur, , dopt une émanation, Surtur; avait son trône sur le point culminant de l'univers , au sein de la lumière et du feu 1 , tandis que dans l'abîme le plus profond était le séjour <Je la mort, l'impitoyable Héla, dont l'empire s'étendait sur les ténèbres 2. Dieu y jeta ses regards et ordonna que du contact du bien de l'Empirée et du mal de l'abîme fût formé le monde. Aussitôt le feu du ciel tomba sur les eaux profondes , et au milieu des éléments entrechoqués naquit le géant Ymer, et après lui la vache Âudhumla. Ymer enfanta dans les glaciales profondeurs les mauvais génies , tandis que la vache» en léchant un roc de sel, donna naissance au Dieu Buri qui ensuite mit au monde le dieu Bœr d'où naquirent Odin , Wil et Wé qui , après un combat qu'ils eurent à soutenir contre le géant, le vainquirent et le tuèrent. Des cheveux d'Ymer sortirent les forêts, de ses os se formèrent les montagnes, de son sang coulèrent les eaux de la mer, et de son cerveau s'élevèrent les nuages. Au milieu du ciel et au-dessus de la terre les Dieux bâtirent leur palais 3 et joignirent l'un à l'autre par l'arc-en-ciel, après que d'un frêne et d'un aune ils eurent formé les deux premiers humains.

Odin, dans cette théogonie toute orientale, copiée sur le mythe de Buddha dont il est l'identification , était le roi des dieux et le souverain du ciel doçt il partageait l'empire avec son époftse Frigga, la terre dont la quenouille , en s 'étendant , formait la constellation d'Orion. . A chaque élément, à chaque phénomène de la nature, à chaque passion présidait une autre Divinité , émanation

Page 1