‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 52 sur 123 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Depuis la mort de Constantin Jusqu'à celle «e

Valentânlen.

Constantin, par son testament, avait partagé l'empire entre ses trois fils, Constantin, Constance et Constant, et ses deux neveux Dalmace et Annibalien. Le massacre que les soldats firent des deux derniers et de leurs adhérents laissa aux trois frères l'héritage. Constantin eut les provinces qui appartenaient au prétoire des Gaules ; le plus jeune, Constant, eut l'Italie, l'Illyrie, la Macédoine et l'Achaïe ; et Constance eut la Thrace, l'Égypte et tout l'Orient. Mais Constantin et Constant ne furent jamais bien unis. Leur division fit éclater une guerre qui coûta la vie à Constantin , et qui mit sous le sceptre de Constant tout l'Occident, comme tout l'Orient l'était sous celui 540. de Constance. Depuis ce temps, ces deux empires restèrent à jamais séparés.

Les Francs profitèrent de cette guerre civile des Ro-

mains, pour faire une incursion .dans la Gaule. Ils n'en sortirent qu'en 342 , et moins encore par lu force des armes que par l'avantage du traité qui leur fut offert. Cependant le reste du règne de Constant fut assez tranquille sur le Rhin , où deux mots d'Ammien Marcelin, jetés dans la vie de Valentinien , semblent attester que Constant sut se faire craindre et respecter des Allemancs 1 .

La conspiration de Magnence, qui se fit proclamer em- 350. pereur, et qui fit donner la mort à Constant tué par les soldats qu'il envoya à sa poursuite et l'atteignirent dans les Pyrénées, réveilla l'assoupissement de ces peuples.

Magnence était Franc d'origine, et descendait d'un de ces prisonniers que Maximien ou Constantin avaient transplantés dans la Gaule. Une éducation soignée et un grand courage, joints à d'autres qualités de l'esprit et du corps, l'avaient fait remarquer de Constance qui lui avait donné le commandement des légions formées par Dioclétien. Magnence se défit des principaux officiers qu'il savait avoir été attachés à Constant, et pour mieux assurer son usurpation, il prit à sa solde un grand nombre de Francs et de Saxons. 11 marcha sur l'Italie , et y fit mettre à mort Népotien, fils d'Eutropie, sœur de Constantin-le- Grand , qui y avait aussi pris la pourpe ; il fit un accord avec Vétéranion, général d'infanterie, qui, à la nouvelle de la mort de Constant, avait suivi le même exemple dans la Pan non ie. Constance était en Égypte. 11 rejeta les propositions d'accommodement que Magnence lui fit faire par des ambassadeurs, et avec une célérité remarquable, il vint dans l'Illyrie où il tomba d'abord sur Vétéranion. Pour mieux pouvoir agir contre l'Occident , il donna le titre de César à Gallus, et lui fit épouser sa sœur Cons-

1 Juliani interitu , quem post Constantem solum omnium for-

midabont Aniui. Marcel., L. XXX, c. 7, de Valentiniano.

laotine , veuve d'An ni bal ien , laissant à sa disposition TOrient , 4a Thrace et la ville de Constantinople.

L armée de Magoence s avança à sa rencontre jusqu'à Scissie , où elle eut d'abord quelque avantage et qu'elle prît d'assaut. Mais elle ne put s'emparer ni de Sirmium,

551. ni de Murse où, sur les bords de la Drave, les deux armées furent de nouveau en présence. Magnence implora les Dieux de sa patrie, et leur offrit en sacrifice une jeune vierge, dont le sang mêlé au vin fut bu en leur honneur par toutes ses troupes. Mais le sort fut contre lui ; trahi par Silvain, fils de Bonitus, Franc qui déjà sous Constantin avait, comme nous l'avons vu, pris une part active aux guerres contre Licinius , et dont le fils maintenant passa avec ses troupes du côté de Constance, Magnence perdit sous les murs de Murse une bataille décisive qui provoqua sa retraite jusqu'au delà des Alpes juliennes.

Afin de faire diversion , Constance fit un traité d'alliance avec les Allemanes, et les envoya dans les Gaules, province que Magnence avait confiée à son frère Décence, auquel il avait donné le titre de César.

352. Ces peuples, sous les ordres de Chnodomar, passèrent le Rhin et battirent Décence qui marcha à leur rencontre. D'un autre côté, les Francs voyant les forteresses du Bas-Rhin dénuées des garnisons que ce dernier en avait retirées pour marcher contre les Allemanes , y firent des incursions. Plusieurs villes des Gaules se déclarèrent fidèles à l'empire, et entre autres Trêves qui, à l'approche de Décence, lui ferma ses portes.

355. Lorsque Magnence, chassé de l'Italie, passa enfin dans la Gaule , et que battu de nouveau par les généraux de Constance dans les Alpes cottiennes, au pied du château d' Aspres , il vint se réfugier à Lyon où , abandonné des siens, il se vit au moment de tomber entre les mains de

ses ennemis , sa position lui parut si désespérée , qu'il se donna la mort. Décence était en chemin pour lui porter secours lorsqu'il apprit cette fin tragique. Arrêté par l'armée romaine, et bientôt traqué à son tour, il recula jusqu'à Sens où, ne prévoyant plus pouvoir échapper, il suivit l'exemple de son frère et s'étrangla !.

Constance vint dans la Gaule , et envoya contre les Francs dans le Bas-Rhin le même général Silvain , fils de Bonitus, qui avec sa division avait quitté Tannée de Magnence sur les bords de la Drave.

Lui-même quitta Arles au commencement du prin- 354. temps pour marcher contre les Altemanes qui , alliés onéreux, après avoir pillé la Gaule, continuaient d'y faire des incursions.

Le Rhin, depuis la mort de Probe, était redevenu la limite qui séparait ces peuples des possessions romaines , et dans les vallées du fleuve et sur les monts de l'Abnoba, régnaient alors les deux princes Goudomad et Vadomar.

L'armée impériale, rassemblée à Chàlons-sur-Saône , traversa le Jura , que les neiges encombraient , et après avoir vaincu les difficultés de la marche, descendit dans la plaine vers la colonie des Rauraques. Les Allemanes se retirèrent au delà du Rhin. L'empereur donna aussitôt Tordre de jeter un pont de bateaux sur le fleuve. Mais l'ennemi, posté sur ses bords, fournit une grêle de flèches tellement serrée, que les Romains se virent contraints de renoncer à le construire. Cependant ayant été avertie par

1 . Colle mort volontaire des deux frères , jointe aa sanglant sacrifice qno Magnence Ot aux Dieux des Germains sur les bords de la Drave , peut faire douter da leur foi dans le christianisme , dont ils se reconnurent cependant sectateurs , d'après l'inscription de leurs médailles. Voy. Banduri numismaia. Paris, 1718, t. II.

un habitant du pays qu'A quelque distance le fleuve était guéable, l'armée fit un mouvement que les ténèbres de la nuit protégèrent ; lorsque le jour commença à poindre, elle en avait effectué le passage. Les Allemanes furent d'autant plus épouvantés que leurs devins venaient d'annoncer que les auspices n'étaient pas favorables. Cependant quelques-uns des leurs, qui servaient dans l'armée romaine, parvinrent à leur faire savoir les embarras où l'empereur se trouvait lui-même par suite des nouvelles désavantageuses qui lui étaient parvenues de l'Orient, et les princes allemanes en profitèrent pour faire des propositions de paix, qui furent effectivement acceptées, et dont les Germains jurèrent avec leurs cérémonies usitées d'observer les conditions.

Les deux armées se séparèrent donc sans combattre. 555. Mais l'année suivante, une autre peuplade allemane, les Lentiens1, qui habitaient la partie Nord du lac de Constance, firent une irruption dans la Rhétie. Constance s'avança' à leur rencontre jusque dans les environs de Chiavenna , et envoya de là contre eux le général Arbétion avec le gros de l'armée. Ce général , au milieu des bois sombres qui recouvraient alors toute cette partie du pays, aujourd'hui si riant et si bien cultivé, tomba dans une embuscade où il perdit un grand nombre d'hommes, et où il courut lui-même les plus grands dangers. Les Allemanes, dont l'audace fut augmentée par ce succès , vinrent jusque sous les lignes du camp romain provoquer l'armée au combat. Les Romains quil- 4èrent leurs retranchements, et il s'ensuivit une bataille qui vengea leur premier échec, et où les Allemanes furent à leur tour complètement battus.

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