‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 53 sur 123 · Linujauer · texte numérisé non relu

Linujauer

Cependant les Francs tenaient toujours la campagne.

Le général Silvain, envoyé contre eux, n'avait pu empêcher la ruine de nombre de villes, et il fut accusé par ses ennemis de protéger sous main les Francs., aûn de se saisir lui-même de la pourpre. Averti que son procès était ordonné, et ne pouvant douter, avec la connaissance qu'il avait du caractère de l'empereur, que sa vie ne fût perdue s'il ne le prévenait ; n'osant d'un autre côté se réfugier chez les Francs , dont il avait à redouter la vengeance comme compatriote, il prit le parti de faire ce dont on l'accusait, et après s'être assuré de l'armée , il se fit proclamer empereur à Cologne. Constance, au lieu de marcher contre lui , resta tranquille à Milan , et feignant d'être encore dans l'ignorance de ce qui s'était passé, envoya dans la Gaule Ursicin, préfet du prétoire, chargé de porter à Silvain des ordres très-flatteurs. Armé près de lui et donnant lui-même ouvertement cours à son mécontentement envers l'empereur, Ursicin sut acquérir la confiance de Silvain , au point que le général prit la résolution de se l'adjoindre pour marcher sur l'Italie. Mais quelques jours après , l'infortuné tombait sous les coups des soldats qu'Ursicin avait gagnés, et mourait au pied des autels chrétiens où il s'était réfugié. Son règne avait duré vingt-huit jours !.

Ursicin , resté à la tête de l'armée , fut , plus encore que lui, impuissant à contenir les Francs qui bientôt renversèrent et détruisirent tout devant eux. Toutes les villes du Bas-Rhin tombèrent en leur pouvoir.

Constance donna le titre de César à Julien, après l'avoir pendant sept mois retenu prisonnier, à la suite de

1. Sur les monnaies qui nons restent de lui , ne lit le prénom de Flavius , qu'il prit sans doute en l'honneur de Constantin , auquel son père devait son avancement. — Banduri numismata , 1. c. , p. 422.

la disgrâce et de la mort de Gallus. Il l'envoya dans la Gaule, où les Allcmanes avaient aussi pénétré et où, au cœur de l'hiver, ils vinrent faire le siège d'Àutun.

Julien ouvrit contre eux la campagne au mois de juin, après en avoir fait à Vienne les préparatifs. Il parut devant Autun que la valeur seule des vétérans avait défendu et dont l'ennemi n'avait . pu se rendre maître. De là toujours combattant, il vint à Auxerre, à Troyes et enfin à Rheims , où Marcel qui commandait en chef et Ursicin l'attendaient avec leur corps d'armée. La jonction de ces troupes permit de reprendre l'offensive, et on convint dans un conseil de guerre de marcher d'abord sur le Haut- Rhin, où les Allemanes étaient campés autour des cités de Mayence, de Spire, de Worms, d'Argentorat et des autres villes à moitié incendiées ou en ruines. Mais tandis que l'armée traversait Dieuze pour se rapprocher des Vosges , les Allemanes se jetèrent sur ses derrières, et surprenant les légions d'arrièregarde , les mirent un moment en désordre.

Cependant l'armée parvint à traverser les moutagnes, et descendit dans la plaine du Rhin, où, non loin de Bramât, se livra un combat qui fut à l'avantage des Romains.

Ce combat provoqua la retraite des Allemanes; ce qui permit à Julien de marcher contre les Francs.

De toutes les villes du Bas-Rhin, celles de Remagen et de Cologne étaient encore seules debout. Mal défendues, elles tombèrent bientôt en son pouvoir ; leur reddition fut suivie de plusieurs combats où les Romains furent si heureux que les princes de la coalition franque demandèrent une suspension d'armes. Comme la saison était avancée, Julien la leur accorda , et se rendit à Sens pour y passer l'hiver.

Les Allemanes vinrent l'y assiéger, comme ils avaient

un an auparavant, au. milieu des glaces de l'hiver , mis le siège devant Autun. Julien se défendit pendant un mois avec le peu de troupes qu'il avait auprès de lui , et força enfin l'ennemi de se retirer. Le général Marcel , n'étant point venu au secours de la ville, devint suspect à Constance, et l'empereur confia dès lors à Julien le commandement en chef de l'armée.

Julien reprit bientôt l'offensive; partageant ses trou- 337. pes en deux corps , il confia vingt-cinq mille hommes au général Barbation avec Tordre de marcher sur le territoire des Rauraques , pendant qu'avec le reste il occuperait . les défilés des Vosges. Ces opérations combinées devaient mettre l'ennemi entre les deux corps d'armée. Mais pendant qu'ils exécutaient ces marches , une des peuplades de la coalition allemanique passa entre deux , et portant partout le pillage avec elle, s'avança jusqu'à Lyon qu'elle tenta de surprendre. Les autres peuples de la confédération se retranchèrent en faisant d'immenses abattis de bois, ou se réfugièrent avec leur butin dans les îles du Rhin, d'ôu cependant inquiétés, par la facilité que les basses eaux donnèrent aux Romains de les aborder, ils se retirèrent sur la rive droite du fleuve. Julien rétablit sur les Vosges le fort de Savernc , au-dessus de la route « que les Allemanes suivaient toujours pour se ruer dans la Gaule. Barbation, pendant ce temps, faisait construire un pont sur le Rhin , afin d'opérer le passage du fleuve. Mais les Allemanes parvinrent à le détruire avant qn'il ne fût achevé, en lançant dans les eaux une immense, quantité de gros troncs d'arbres qui, entraînés par le courant, vinrent s'amonceler avec une telle force contre les bateaux qui le composaient, que leur ligne fût rompue et que la plupart furent submergés. Tandis que

les Romains étaient occupés à réparer ces avaries, les

Allemanes, qui avaient fait une diversion dans la Gaule,' repassèrent tout à coup les montagnes , et les attaquant à l'improvistc, les défirent et les chassèrent de toutes leurs positions.

• La retraite de Barbalion enfla le courage des coalisés. Chnodomar, que ses victoires avait rendu célèbre panni eux, appela aux armes leurs tribus, et pendant trois jours et trois nuits une multitude de guerriers de tous les cantons de l'Allcmanic traversa le Rhin et se rassembla dans les environs d'Argenlorat. Ayant appris que Julien n'avait auprès de lui que treize mille hommes de troupes, Chnodomar lui envoya des députés pour l'engager à faire la paix, et à laisser aux Allemanes un pays que le droit de conquête leur avait donné. Julien retint près de lui ces ambassadeurs, et descendit des hauteurs de Savernc au-devant de l'ennemi. Les deux armées en' vinrent aux mains dans la plaine qui, près de Strasbourg, s étend entre l'IU et le Rhin. Chnodomar commandait l'aile droite des Allemanes, monté sur un cheval fougueux, et se distinguait par sa riche et resplendissante armure , par la rouge aigrette qui décorait le cimier de son casque et par sa lance t d'une remarquable longueur. L'aile droite était conduite par Sérapion, son neveu, fils de Méserieh. Cinq autres rois , tous souverains des diverses tribus qui combattaient, se tenaient sous leurs ordres , ainsi que dix autres princes et une foule de nobles chevaliers. La victoire fut longtemps disputée; la cavalerie romaine plia; mais la résistance vigoureuse de l'infanterie décida du succès de la bataille. Les Allemanes , partout culbutés, furent acculés jusqu'au Rhin, où le nombre d'hommes qui périt en le passant, ne fut pas moindre que celui qui resta sur le terrain. Chnodomar, qui dans cette journée donna les preuves du plus grand courage, entraîné dans la fuite

générale , lomba avec sa suite au milieu d'une troupe de cavalerie et fut fait prisonnier. Tous ceux qui le suivaient se rendirent , ne voulant point abandonner leur chef. Julien Tenvoya à Constance, alors en «Myrte, où, après avoir visité Rome, que depuis son avènement au trône il n'avait point encore vue, il s était rendu pour protéger la tranquillité du Danube que les Barbares menaçaient.

Julien, après avoir déposé à Metz les prisonniers et le butin qu'il avait faits , vint à Mayencc et fit traverser le fleuve à son armée. Pour mieux réussir à porter la terreur parmi les Allemancs, il mit huit cents hommes dans de légères embarcations , auxquelles il fit remonter le cours du Mein , avec ordre de débarquer partout où ils pourraient, et d'incendier tout ce qu'ils trouveraient. Les Allemanes qui virent sur la rive droite s'élever une immense fumée, pensant que l'ennemi y était en force, traversèrent la rivière; mais pendant ce temps Julien suivit, la rive gauche, et porta dans tous les lieux la flamme et le pillage. Il ne s'arrêta qu'à l'entrée du Spessart, où d'immenses abattis de bois lui barrant la route, et la neige venant à tomber, il se replia vers la frontière. Cependant pour contenir l'ennemi, il rétablit vis-à-vis Mayence le fort qu'autrefois Trajan avait construit, et qui gisait dans ses ruines. Trois des princes allemanes* qui avaient suivi Chnodomar , lui envoyèrent des députés , afin de traiter de la paix ; mais Julien ne leur accorda qu'une trêve de dix mois, et laissa, pour les observer, une garnison dans la forteresse.

Un petit corps de Francs déprédateurs avait pendant ce temps profité de l'absence des * garnisons romaines pour piller lés bords de la Meuse. Surpris par la cavalerie du général Sévère, en marche pour regagner ses cantonnements, ils se renfermèrent dans un des châteaux forts qui

dominaient les rives de ce fleuve, et y mirent en dépôt leur 358. butin. Julien, rentré dans la Gaule, vint les y assiéger, et après cinquante-quatre jours de blocus, força celte troupe de capituler. Tous le* hommes qui la composaient , au nombre de six cents, furent envoyés à l'empereur^ et enrôlés par lui dans les troupes impériales , où leur haute taille et leur force les firent généralement remarquer.

Selon toute probabilité, ces Francs faisaient partie des Saliens, nom qui distinguait surtout les peuplades de la coalition franque qui vinrent s'établir dans les terres basses et marécageuses de l'Yssel et de l'Escaut, et contre lesquels, Tété suivant, Julien fit une expédition , ainsi que contre les Cbamaves , qui , comme eux , s'étaient emparés de quelques terres des Gaules.

Constance était alors à Sirmium, protégeant le Danube contre les Barbares. Il envoya Barba lion contre les Ju- * thungues qui , au mépris des traités , avaient repris les armes contre l'empire et étaient entrés dans la Khétie. Plus heureux que sur le Rhin, ce général les repoussa.

L'empereur, de son côté, fit jeter un pont de bateaux sur le Danube , et entra dans le pays des Quades , qui , unis aux Sarmates , auxquels ils avaient donné refuge sous Constantin, avaient, pendant l'hiver, fait des courses dans les deux Pannonies et la Haule-Mœsie. Il ravagea tout le pays aux frontières , et se préparait à porter la guerre dans l'intérieur , lorsque les principaux chefs des deux peuples , Arahar, prince des Quades , et Usafer, prince des Sarmates, vinrent lui demander la paix. Les a flaires pressantes de l'Orient que Sapor menaçait, lui en firent avec plaisir écouter les propositions. Les Sarmates profilèrent de ce traité ; car , en venant , vingt-six ans auparavant, s'asseoir au foyer des Quades , ils s'étaient mis volontairement sous leur domination, et ils en furent

alors délivrés par les Romains , qui forcèrent les Limitantes, nom qu'avaient pris les esclaves devant lesquels, les Sa r ma tes s'étaient vus contraints de fuir, à leur rendre leurs terres sur la Theiss et le Maros. Contance donna pour rot aux Sarmates Zazaïm, un de leurs princes , et assigna aux Limiganles d'autres demeures plus lointaines. •

Mais ces derniers, mécontents de ce nouveau terri* 559. , toire, le quittèrent bientôt après, et, audacieux et le fer à la main , menacèrent encore une fois de troubler la tranquillité du Danube. Constance, pour s opposer à ce qu'Us pourraient entreprendre , alla camper le long du fleuve prés d'Aeimincum l, et y reçut leurs députés, qui lui représentèrent que, ne pouvant vivre dans le pays où • il les avait placés, ils désiraient recevoir des terres dans telle province romaine que l'empereur leur assignerait , s'engageanl à y vivre en paix, et à payer tribut. Comme ils avaient donné des preuves de leur valeur, et que Constance espérait en tirer de bons soldats, il se rendit à leur demande ; mais tandis qu'il les recevait ainsi sans défiance, ils l'attaquèrent si vivement, l'épée à la main, en vociférant leur cri de guerre2, qu'il eut peine à se sau* ver. Quelques-uns de ses gardes furent tnés, son trône fut pillé ; néanmoins ses troupes se jetèrent sur les Barbares dont la plus grande partie fut taillée en pièces, et le reste fut réduit en esclavage. L'histoire , depuis , ne cite plus jamais leur nom.

Sur le Rhin, la guerre des Allemanes continuais 358.

Julien, après son expédition contre les Saliens e^les Chamaves , passa le fleuve et tomba sur le roi Suomar,

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