‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 54 sur 123 · Aujourd'hui Salankcmen · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Salankcmen

S. Marrha, marrha. Voy. Amm. Marc, L. XIX, c. 11.

qui , pendant lès années précédentes , avait pris une grande part aux diverses irruptions des^ Allemanes dans les Gaules. Ce prince , pour éviter à son peuple le fléau dune guerre à laquelle if ne prévoyait pas pouvoir résister, vint demander la paix. Il s engagea à rendre tous les prisonniers romains qui étaient en son pouvoir , et à livrer à l'armée une certaine quantité de vivres. Julien fit ensuite marcher des troupes contre Horlar, autre prince de la confédération allemanique , qui occupait la contrée qui s'étend à l'embouchure du Neckar. Tous les chemins avaient été rendus inabordables par d'immenses abattis d'arbres : mais Charicllon , un des Francs au service des Romains, que sa bravoure avait fait monter au

* rang de comte de la milice des deux Germanies , trouva

moyen, par un long détour, de pénétrer dans l'intérieur du pays. Bientôt la flamme s'éleva de tous les villages. Hortar, pour arrêter l'incendie, se vit, comme Suotnar, obligé de demander la paix ; il l'obtint en effet aux conditions de rendre tous les prisonniers romains et de fournir tout le bois qui serait nécessaire à la reconstruction des villes que les Allemanes avaient détruites.

Comme la saison était avancée , Julien revint dans la Gaule pour y passer l'hiver ; mais ne prévoyant point de repos tant que toute la confédération allemanique ne serait point soumise, il résolu^ de recommencer la campagne dès le printemps. 11 envoya comme ambassadeur près d'Horlar un tribun du nom d'Hariobaude, Franc d'origine, qui eut la mission de prendre en secret des notices exactes sur les diverg États qui avoisinaient le pays de ce prince, sur leurs forces, sur leur situation, sur leurs ressources. Toute l'ar- 359. nîée se concentra à Mayence où le rendez-vous général des troupes fut donné. Quelques généraux, dans le conseil, furent d'avis qu'on jetât un pont sur le Khin , afin

d'en exécuter là môme le passage. Mais Julien, voulut respecterle territoire de Suomar, et Gt remontera ses troupes la rive gauche du fleuve. Les confédérés qui s'étaient concentrés vis-à-vis Mayence, voyant ce mouvement au Sud, le suivirent de leur côté. L'armée romaine s'arrêta cependant dans un endroit favorable au passage, et pendant une nuit sombre où l'ennemi ne pouvait apercevoir que les feux du camp , Julien fit jeter trois cents hommes déterminés dans de. légères embarcations» afin de surprendre les Allemanes. Les divers chefs des tribus étaient justement assemblés à la table d'Hortar, qui, quoique en paix avec les Romains, n'en cultivait pas moins l'amitié de ses compatriotes. Surpris par les trois cents hommes au moment où ils se séparaient , ils n'eurent que le temp6 de se jeter sur leurs chevaux. Plusieurs de leurs domestiques furent tués. La terreur, fut si générale et si grande, que chacun, croyant déjà l'armée romaine maîtresse du pays, gagna en toute hâte ses foyers, afin de mettre en sûreté sa famille et ce qu'il avait de plus précieux.

Le passage du Rhin s'exécuta donc sans difficulté. Le territoire d'Hortar fut respecté. Mais celui du reste de l'Allemanie, fut partout dévasté jusqu'aux bornes qui séparaient ce pays de celui des Bourguignons. Julien y planta ses aigles, et vit paraître dans son camp les deux princes et frères Macrien et Hariabaude, qui, pour la première fois témoins de l'éclat et de la pompe qui y régnaient, en marquèrent leur étonnement, et Vadomar qui vint lui apporter des lettres de Constance par lesquelles rempereuyecommandait de respecter le territoire de ce roi. Vadomar s'excusa de n'avoir pu empêcher, deux ans auparavant, son peuple de s'unir à la cause de Chnodomar , à laquelle il s'était vu entraîner ; il se fit en

même temps médiateur pour Uri, Ursuçin, -et Vestralphe, trois autres chefs qui avaient en personne assisté à la bataille d'Argcntorat » ou dont les troupes y avaient combattu. Julien voulant cependant les forcer de faire euxmême leur soumission , détacha quelques cohortes dans les vallées sur lesquelles ils régnaient ; ce qui les contraignit d'envoyer des ambassadeurs pour traiter de la paix. Elle leur fut effectivement accordée comme aux autres princes, à la condition qu'ils rendraient tous les sujets de 1 empire dont ils s étaient emparés pendant leurs incursions dans les Gaules.

Cette soumission termina la guerre d'Allemaiiie.

Julien revint à Paris, ou il reçut de Constance, occupé en Orient de la guerre des Perses, l'ordre de lui envoyer les troupes auxiliaires qui étaient dans les Gaules, avec un détachement de trois cents hommes de chaque corps de milice. Cet ordre causa un tel mécontentement dans 560. l'armée, qu elle proclama elle-même empereur son général. L eloignement de Constance, à qui Julien écrivit, mais qui refusa toute négociation , et l'amour que les soldats portaient au nouvel empereur qu'ils venaient de proclamer, permirent à ce dernier d'affermir son autorité. Cependant, prévoyant qu'une guerre civile était inévitable, et voulant mettre la Gaule en sûreté contre les Barbares, il exécuta de nouveau le passage du Rhin prés de Xantes, afin de châtier les Francs Atluares, qui; pendant les dernières années, s'étaient montrés les plus empressés de piller le Bas-Rhin. A son retour de cette expédition, il visita toutes les forteresses du fleuve , depuis son embouchure jusqu'à la colonie des Rauraqacs , et donna partout les ordres nécessaires pour les mettre en état. 11 vint ensuite passer l'hiver à Vienne , .où il présida aux • préparatifs de la guerre que le refus de Constance de

lui reconnaître le titre d'Auguste allait le forcer d'entreprendre avec lui.

Constance, pour faire diversion , mit en jeu la même politique qu'il avait suivie naguère pendant l'usurpation de Magnence ; il porta Vadomar qui lui était tout dévoué à recommencer les hostilités. Les troupes de ce prince auxquelles se joignirent d'autres peuplades de la confédération allemanique, entrèrent dans la Séquanie et battirent, près de Sacckingen, le général Libinon, que Julien envoya contre eux et qui fut tué en combattant. Vadomar cependant ne cessait par correspondance d'entretenir des liaisons affectueuses avec Julien, qui de son côté feignait d'ignorer la trahison du prince allemanc dont l'avaient instruit des lettres de Constance qui avaient été interceptées. Vadomar poussa la ruse jusqu'à venir dans le camp romain visiter le général qui commandait l'armée, et ~s '.asseoir à sa table. Mais l'ordre avait été donné de l'arrêter prisonnier, et il fut envoyé à Julien qui le fit conduire en Espagne. L'empereur vint alors sur le Rhin dont il exécuta pour la quatrième fois le passage, châtia les tribus qui s'étaient de nouveau soulevées , et renouvela la

paix avec celles qui étaient restées fidèles aux traités. Cette campagne affermit le repos de la Gaule qui ne fut plus troublé pendant tout le reste du règne de Julien , •devenu, un an après, seul maître de l'empire par la mort de Constance.

Mais sous Valentinien, les Àllemanes recommencèrent 365. leurs courses dans cette province. La cour romaine , à l'avènement de cet empereur, avait retenu une partie des présents d'usage, destinés à ces peuples, et lorsqu'ils s'en étaient plaints par leurs ambassadeurs, le maître des offices leur avait donné une réponse tellement hautaine, que, ne se regardant plus dés lors tenus aux traités , ils

avaient repris les armes. Ils traversèrent le Rhin sur les glaces au commencement de Tannée 366 , et s'avancèrent jusque dans l' intérieur des Gaules qu'ils pillèrent pendant quelques mois. Gharietlon qui commandait les deux Germâmes > tira à lui le corps du général Sévérien qui était à Chalons^ur-Saône, et vint leur livrer bataille ; mais les Alternant* restèrent vainqueurs. Les Hérules et les Ba- • taves auxiliaires perdirent leur drapeau qu'ils ne recouvrèrent qu'après des prodiges de valeur. Charietton fut tué dans la mêlée , et Sévérien fut fortement blessé. Valéntinien envoya contre les Allemanes le général Jovien, mai Ire de la cavalerie , qui vengea cette défaite par la victoire de Scarpona J qu'il remporta sur l'une de leurs divisions. Il surprit l'autre sur les bords de la Moselle où, sans défiance, elle goûtait les plaisirs du bain, et défit la troisième près de Châlons-sur-Marne. Valentinien était dans la Gaule , présidant à ces opérations , pendant que son frère Valens, qu'il avait associé à l'empire , et auquel il avait laissé l'Orient, combattait le parti de Procope, um des parents de Julien, qui s'était tenu caché depuis la mort de cet empereur, mais qui, profilant de l'absence de Valens alors dans la Syrie , reparut tout à coup à Constant inople et y prit la pourpre.

Parmi les généraux que Valens en voya contre lui , était ce même Vadomar, roi des Allemanes, pris pan Julien, qui vint alors faire le siège de Nicée. Les Goths portèrent du secours à Procope ; ce qui attira contre eux les armes des Romains.

La puissance de ces peuples depuis près de trente ans en paix avec l'empire, n'avait point cessé de s.'accroître, et de tous les Germains, c'étaient eux chez qui la civili-

1. Aujourd'hui polit village dans les environs de Poul-à-Mous»on.

salion avait fait les plus rapides progrès. Leur position » proche et au milieu des colonies grecques d'fstropole, de Tomi, d'Olbia.1, de Nicomie, d'Ophiuse, d'IIermonacle2, et leurs expéditions jusque dans l'Asie mineure les avaient familiarisés avec les connaissances grecques , et les arts des Romains leur avaient en grande partie été portés par les nombreux prisonniers qu'ils avaient faits, et qui, pour alléger leur captivité, les en avaient dotés. Beaucoup de sujets romains de la Oacie étaient aussi restés volontairement parmi eux, et beaucoup de Golhs aussi , après . avoir servi Rome , avaient rapporté dans leur pays les arts militaires, la discipline , Tordre et l'armement des armées romaines. La nation s'était partagée en deux grandes branches, les Oslrogotbs ou Greulhunges , répandus à TOrient sur les bords de l'Euxin , et les Wisigolhs ou Tlmringiens (car l'histoire les cite indifféremment sous ces deux noms), s'étendant à l'Ouest sur le. Bas - Danube. Tantôt gouvernés par leurs propres princes, tantôt réunis sous le même sceptre , ils se séparèrent enûn pour toujours sous Athanarich et Hermanarich, sous' lequel dernier la puissance des Ostrogolhs fut surtout formidable. Il soumit au Nord une foule de nations dont l'histoire ne nous a laissé que les noms à moitié mutilés 3 ; d'autres , dont la position nous est mieux connue , telles que , derrière la Vislule , les Vénèdcs, les An tes, les Slaves, et sur la Baltique, les Estoniens dont la province d'Esllande a conservé le nom ; et les Hérules, dont une colonie assise aux bords du Palus-Méotide , s'étaient déjà» comme nous l'avons vu, joints plus d'une fois aux Goths pendant leurs lointaines expéditions.

Page 1