‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 59 sur 123 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Epoque de Cîratien et de Théo dose. — Apparition des II tint*.

Valens, en Orient, se préparait à porter la guerre chez les Perses qui avaient fait de nouvelles conquêtes en Arménie et en Ibérie, quand l'irruption des Goths sur les terres de l'empire arrêta ses projets et lui fit conclure la paix à des conditions peu avantageuses. Les Goths venaient eux-mêmes d'être repoussés par les Alains et les Huns, dernier peuple dont le nom apparaît alors pour la première fois dans les annales.

Les Alains ou Alanes étaient une nation de la race médopersique, dont les Messagètes, au témoignage d'Am. Marcelin, avaient formé le premier noyau, et qui, ayant soumis au Nord une foule de peuplades, telles que les Nèvres, les Gélons , les Agathyrses , remarquables par le tatouage et les couleurs dont ils ornaient leurs corps , furent avec elles compris sous le nom général d' Alains. Leur territoire s'étendait à l'Est de celui des Ostrogolhs dont ils étaient séparés par le Tanaïs , et ils recouvraient de leurs tribus les steppes qui se prolongent jusqu'au delà de la mer Caspienne. Vivant sous des tentes et presque toujours à cheval , les femmes et les enfants dans les chariots qui suivaient le camp , ils étaient libres comme l'air qui circulait au-dessus de leurs vastes plaines , et n'avaient pour leur commander que les juges qu'ils choisissaient dans leurs assemblées parmi les plus sages de la nation.

Ce fut contre eux que les Huns, tribu tartare , fondirent vers les derniers temps du règne de Valentinien.

Les mœurs des Huns, peuple nouveau dans les annales, et dont l'origine est aussi incertaine que ses expéditions furent aventureuses, étaient celles des peuples nomades et guerriers ; leur audace fut le mobile de leur immense fortune. Hideux de corps et de figures1, mais forts et indomptés , ne combattant qu'à cheval , i\s étaient irrésistibles dans l'attaque , et il était impossible de les suivre dans leur faite. Les peaux des bètes étaient leur seul vêlement depuis la téte jusqu'aux pieds, et leur nourriture était les racines et la viande , à laquelle ils ne donnaient d'autres préparations que de l'amollir sous la selle de leurs chevaux. Leur principale arme était l'arc dont ils se servaient avec une rare habileté, et avec lequel ils décochaient leurs flèches acérées qui, en place de fer, étaient garnies dune pointe d'os. La guerre dura quelque temps entre eux et les Alains , jusqu'à ce que les deux peuples réunissant leurs forces , ils vinrent ensemble attaquer les Greuthunges qui , étendant leur puissance sur une foule de nations que la contrainte seule avait jusqu'alors tenues dans l'obéissance , virent bientôt la défection les gagner les unes après les autres. Les tribus slaves furent les premières à secouer le joug. Le prince des Roxolans passa du côté des Huns, laissant au pouvoir d'Hermanarich son épouse Sanielh, que le vieux roi, pour se venger, fil écarteler. Mais cette cruauté, loin de servir d'exemple, ne fit que soulever de nouveaux ennemis, du nombre desquels furent les frères de cette princesse, dont les représailles furent terribles. Hermanarich , trop vieux pour porter les armes , et ne voulant point survivre à sa gloire,

1 . De petits yeux creux , de grosses lèvresj le teint jaune, te cou court , les épaules larges , cl avant avec cela l'habitude de se déchirer les joues dans l'enfance , afin d'empécher la barbe de croître dans l'âge mur ; tel est le tableau qu'en l'ont les historiens.

se lua de sa propre main , âgé alors de cent dix ans. Son 576. fils Hunimond lui succéda sur une partie de la nation et se soumit aux Huns. Les Ostrogolhs restés libres élurent pour roi Wioilhar qui, achetant le secours d une partie de ces mêmes Huns , s'avança contre Walamir , leur roi , et le vainquit dans deux batailles ; mais il fut tué dans la troisième qu'il lui livra, et qui mil au pouvoir de ce prince sa femme, là belle Waldomare, que Walamir épousa.

Le* fils de Winithar, Widerich, trop jeune pour régner, reçut pour tuteurs Alèthe et Saphrax , deux généraux expérimentés qui, rassemblant les débris de la nation, se retirèrent sur le Dniester.

Les Wisigolhs, parmi lesquels régnait la discorde que la religion entretenait (car les Tburingiens d'Athanarich étaient encore païens , et les tribus soumises aux deux ducs Olaf et Fridigern étaient chrétiennes), avaient vu jusqu'alors , sans y prendre part , tous les malheurs de leurs voisins. Le danger les réunit ; Àlhanarich vint avec son armée camper sur le Dniester, afin de défendre celte barrière contre l'ennemi commun. Mais les Huns traversèrent le fleuve sur un autre point, et livrèrent aux Wisigolhs une bataille qui refoula ces peuples jusque dans les montagnes derrière le Prulh. Les Wisigolhs y élevèrent à la hâte une ligne retranchée qu'ils prolongèrent jusqu'au Danube, et derrière laquelle ils se soutinrent encore pendant quelques temps. Cependant l'impuissance où ils se trouvèrent à la fin de résister, fit prendre à une partie de la nation la résolution désespérée de quitter son pays, et de demander l'hospitalité aux Romains. Olaf et Fridigern envoyèrent le pieux évèquc Ulphtlas, le même qui traduisit la bible en langue gothique, auprès de l'empereur Valons à Antiochc, qui

consentit à les recevoir dans la Thrace. Athanarich seul refusa cet asile, pour ne point rompre la parole qu'il avait donnée à son père ; avec les fidèles compagnons qui lui restèrent, il se réfugia dans les montagnes de la Transylvanie, où il força les Sarmates de le recevoir.

Les Thuringiens, arrivés sur le Danube, furent reçus par les autorités romaines , envoyées pour les accueillir avec ordre d'exiger d'eux la remise de toutes leurs armes, et de faire d'abord passer les enfants, afin qu'ils servissent d'ôtages. Mais les officiers, à la vue des femmes dont la beauté les séduisit, oublièrent leurs devoirs, et bientôt le désordre se mit dans le passage. Tous les bateaux romains du Danube avaient été mis en réquisition ; mais les Goths y joignirent des radeaux ; beaucoup même se jetèrent dans un tronc d'arbre creusé, ou passèrent le fleuve à la nage. La surveillance cessa d'être observée; et une grande quantité d'hommes fut réunie sur la rive romaine sans avoir déposé ses armes. Le peu de vivres qui avaient été réunis suffisant à peine pour nourrir une si grande multitude, les officiers en profilèrent pour arracher aux malheureux que la faim tourmentait , une fille, un enfant, ou le linge fabriqué par leurs mains f. Maxime , gouverneur de la Thrace , et le général Lupercine , firent ce commerce avec un tel scandale , et arrivés à Marcianopol , se permirent une conduite tellement odieuse envers Olaf et Fridigern , qu'une révolte générale éclata. Lupercine avait invité les deux princes à un repas, et avait donné l'ordre à la garde de ne laisser entrer aucun autre Golh dans la ville. Une dispute 6 éleva aux portes ; et comme Lupercine en reçut le rap-

1. Celait alors à Rome un objet rare , mais à la confection duquel les Goths , et les Germains en gcuéral , paraissent de très-bonne heure s'elre adonnes

porl, il ordonna de charger les mutins. Le désordre fut d'autant plus grand que le bruit se répandit que les deux chefs avaient été assassinés ; Fridigern, calme au milieu du danger qui le menaçait, fît des représentations au général, et lui ût comprendre que le seul moyen d'apaiser la sédition était de permettre qu'Olaf se montrât au peuple, et par sa présence , le convainquit de son erreur. Les deux princes furent sans doute persuadés des mauvaises intentions qu'on avait* eues à leur égard ; car à peine ils furent en liberté , qu'ils se mirent à la téte de leurs troupes et prirent une attitude hostile. Lupercine marcha à leur rencontre et fut vaincu. Pendant ce temps, les Greuthunges, qui n'avaient pu obtenir des Romains l'asile que ces derniers avaient accordé aux Wisigolhs, profitèrent de la concentration des légions romaines près de Marciaoopol, pour traverser le Danube sur des radeaux. Les deux peuples réunis s'avancèrent jusqu'à Andrinople où une division de Goths, qui, depuis Constantin, était à la solde des Romains et qui venait de recevoir Tordre de passer en Asie , se révolta et se joignit à eux. Tous ceux de leur nation que le sort avait conduits dans le pays , tous les mécontents , les ouvriers des mines du mont Hémus , que le travail écrasait , et qui pouvaient à peine nourrir leur famille, se réunirent à eux et leur servirent de guides pour piller.

Valens envoya d'Asie toutes les troupes dont il put disposer, sous la conduite des deux généraux Trajan et Profuture, afin de combattre ces Barbares. Un corps d'auxiliaires , envoyé par Gratien sous la conduite de l'intrépide Richomer qui, avec Mallobaudc, commandait les gardes-du-corps !, vint se joindre à eux prés de Salices,

> Il ctail Cjmcs domcstkorttm.

ville de la petite Scylbic , non loin de Tomi. L'armée

577. des Goths était campée à peu de distance , retranchée derrière ses chariots. Après avoir réuni à elle les différents corps qui en étaient détachés dans le pays, elle vint attaquer l'armée romaine. La bataille qui se donna fut sanglante et dura toute la journée avec un avantage égal :* la nuit seule put séparer les combattants. Cependant la perte des Romains fut plus considérable que celle de l'ennemi , et ils se retirèrent vers Marciauopol, tandis que les Goths rentrèrent dans leur camp.

. Valens envoya Saturnin, lieutenant de la cavalerie, pour fortifier son armée. Les généraux romains s emparèrent de tous les défilés de l'Hémus , et firent porter toutes les provisions de bouche dans les forteresses, afin d affamer l'ennemi. Toutes les tentatives des Goths pour forcer le passage des montagnes furent d'abord vigoureusement repoussées. Mais ayant appelé à leur secours quelques hordes d'Huns et d'Alains que l'espoir du pillage joignit à eux, ils paryinrent à faire une trouée, et se répandirent comme un torrent dans toute la Thrace. Un corps d'infanterie, sous les ordres du tribun Barzimère, fut défait près de la colonie de Dibalte sur les bords, du Panyse. Frigeride, gouverneur d'IUyrie , posté près de Beroé , recula devant eux , n'ayant point assez de confiance en ses forces. Il tomba cependant , en se retirant, sur un corps de Greuthunges et de Taifales sous les ordres de Faruobe, qu'il attaqua avec une telle vigueur, que le plus grand nombre fut tué ou fait prisonnier. Le prince perdit la vie ainsi que plusieurs de ses officiers. Tous ceux qui tombèrent au pouvoir des Romains furent envoyés , pour cultiver les terres , dans les environs de Parme, de Modéne et de Reggio.

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