‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 60 sur 123 · Gralien se préparait à aller lui-même au secours de · texte numérisé non relu

Gralien se préparait à aller lui-même au secours de

l'Orient contre les Golhs, et déjà les légions étaient en marche pour le Danube, lorsque les Len tiens, voisins de la Rhélie , dont la nouvelle de ces lointains événements

réveilla l'enthousiasme , passèrent au mois de février le Hhin sur les glaces au nombre de quarante mille hommes. Contraints cependant de le repasser par les efforts des habitants, ils se virent bientôt après attaqués par les généraux Naniénusct Mallobaude, que Grallen envoya contre eux, et qui, avec les troifpes restées dans les Gaules, et les légions à qui l'ordre avait été donné de rebrousser chemin , leur livrèrent sur les bords du lac de Constance, près d'Argen, l'antique Argentoria, et non loin de l'embouchure du petit torrent du même nom, une bataille sanglante où ces peuples furent défaits1. Le roi Priar qui les conduisait fut du nombre des morts qui fut si considérable, ainsi que celui des prisonniers, qu'on n'estima point au-dessus de cinq mille hommes, dit Ammien Marcelin, ceux qui purent regagner leurs forêts. Gralien vint rejoindre son armée et poussa à son tour si vigoureusement les Len tiens sur leur propre territoire et sur les montagnes où ils s'étaient retirés, qu'ils furent obligés de demander la paix , et de fournir un contingent de troupes aux Romains.

Délivré des Allemanes , le jeune empereur continua sa route vers l'Ulyrie , aûn de se réunir à Valens qui avait lui-même quitté l'Asie, et qui était rentré à Cons-

1. On a jusqu'ici faussement placé le champ de celte bataille en Alsace , au village d'Horbourg , l'antique Aryentovaria , près de Colmar. Celle bataille, selon te témoignage d' Ammien , ne se donna pas à Argentovaria, mais bien à Aryentoria qui élait située sur le lac de Constance. D'ailleurs, (oui le passage de l'auleur prouve que les opérations de cette campagne eurent lieu au delà du Hhin. Voyez à ce sujet la dissertation que j'ai enclavée dans mes Établissements romains , sur le Rhin et sur le Danube, et où j'ai précisé le lieu où le combat se donna.

lanlitiople dont le» Gotlis avaient déjà pillé les faubourgs. Gralien défit , pendant ce trajet , entre Sirmium et le camp de Mars, une division d'Alains qui voulut lui barrer le passage.

Constantinople était dans rabattement.

Valens chercha à retremper le courage des habitants et fit toutes les dispositions nécessaires pour repousser l'ennemi. Mécontent de la conduite militaire de Trajan, il nomma à sa place , pour commander l'infanterie , le général Sébastien que Gratien lui envoya sur sa demande, et qui ne tarda pas à reprendre l'offensive. Les Goths se retirèrent des monts Rhodope , avec, leur butin , et concentrèrent toutes leurs forces dans les environs de Beroé et de Nicopole. Une de leurs divisions , attaquée par Sébastien non loin d'Andrinople, fut défaite sur les rives de THèbre. Fridigern rassembla toute son armée prés de Cabyle, où il plaça son camp, et s'avança de là sur Nicée. Valens marcha à sa rencontre et vint camper à Andrinople. Richomer l'y joignit , et lui confirma l'arrivée ' prochaine de son maître.

Le général Victor, Sarmate d'origine , qui commandait la cavalerie, conseilla de l'attendre ; mais Sébastien, que le succès qu'il venait de remporter rendit téméraire, peignit la victoire si facile à l'empereur, que Valens , emporté par le désir d'en avoir seul l'honneur, résolut l'attaque sans différer. Au moment où l'armée s'ébranlait, arriva dans le camp romain une députation de Fridigern,- dont le membre principal était un prêtre chrétien qui possédait toute la confiance du prince , et qui , de la part de son maître, "remit à l'empereur un écrit, dans lequel le duc rejetait sur la conduite des généraux romains à son égard l'altitude hostile qu'avait prise son peuple, et promettait de nouveau d'êlre un allié paisible

et fidèle, si on lui permettait de séjourner dans la Tbrace.

Cette protestation n'arrêta pas Valens qui , laissant dans Andrinople le trésor et les principaux officiers de sa cour, sous la garde d une forte garnison, s avança audevant de l'ennemi. 6 était le 9 août 378. L'armée romaine était encore à huit milles des Goths , que déjà les cris de ces peuples se firent entendre. Fridigern envoya une seconde fois des députés à Valens , soit qu'en effet il voulût épargner le sang , soit qu'il ne cherchât qu'à gagner du temps, afin de pouvoir réunir à lui les Greuthunges. Les conditions qu'il proposa durent paraître avantageuses à l'empereur ; car Valens le fit inviter avec les principaux chefs à venir le trouver, afin de conclure un traité. Mais Fridigern qui, depuis l'affaire de Marcianopol , ne se fiait plus, aux Romains , exigea des ôtages qui répondissent de la sûreté de sa personne. Richomer s'offrit de se rendre dans le camp des Goths , lorsqu'au milieu. de ces négociations, s'engagea aux avantyostes entre les archers romains et les Thuringiens un combat qui bientôt se changea en bataille générale. La cavalerie d'Olaf et un corps d'Alains, depuis longtemps attendus, venaient en effet de paraître , et ces troupes , à peine arrivées, se jetèrent sur les Romains. Enveloppée de toute part, l'armée impériale fut partout défaite et rompue. L'empereur tomba lui-même , sans que les circonstances de sa mort soient connues 1 ; son corps ne fut plus retrouvé. Jamais, depuis Cannes, les Romains ne furent aussi complètement battus et n'eurent à supporter de si grandes pertes. Les Goths vinrent incontinent sous les

t. Selon le» uns , il fut blessé d'un coup de flèche dont il mourut sur-le-champ , et selon les autres , il ne fut que blesse et porté dans I» maison d'un paysan â laquelle les Goths ayant mis le feu , il fut brûlé avec tous ceux qui s'y étaient retirés.

murs d'Àndrinoplc. Mais le peu de connaissances qu'ils avaient de l'art des sièges les fit échouer dans leurs tentatives sur cette ville, ainsi que sur Perinthc , dont ils pillèrent tous les environs, et sur Constanlinople, où alors était renfermé un corps de Sarrasins , peuple barbare dont, au rapport des historiens, la coutume de boire le sang de ses ennemis provoqua l'horreur des Alains et des Goths, quelque cruels qu'ils fussent d'ailleurs euxmêmes à la guerre. Cependant ils forcèrent le passade de rillyric, et se répandirent jusqu'aux Alpes Juliennes , montagnes qui séparaient cette province de l'Italie.

Pendant tous ces troubles , les Sar mates , les Marcomans et les Quades traversèrent aussi le Danube, pillant et ravageant tout devant eux, au point que St. Ambroise1, en prêchant le peuple , lui représentait ces calamités comme l'avant-coureur de la fin du monde.

Gratien, devenu maître de l'Orient par la mort de son oncle Valens, ne crut pas pouvoir supporter seul le poids d'une monarchie si grande et si fortement attaquée : son frère était encore trop jeune pour gouverner ; il rappela d'Espagne Théodose le jeune, qu'il s associa à l'empire, 370. et auquel il céda les possessions de l'Est et de nilyric orientale.

Théodose, de qui le courage et les talents militaires pourraient justifier le nom de Grand que lui donnèrent ses contemporains, si ces deux qualités seules suffisaient pour ce titre, n'eut pas plutôt été nommé Auguste à Sirmium, qu'il vola dans la Thrace, défit les Goths, et rapporta lui-même à Gratien la nouvelle de son importante victoire. A la même époque2, tous les Goths qui,

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