‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 64 sur 123 · Marcelin , dans »a Chronique , dit deux cent mille · texte numérisé non relu

Marcelin , dans »a Chronique , dit deux cent mille

pénétrèrent jusqu'aux Pyrénées : Toulouse fut saccagée ; toute l' Aquitanie , toute, la Gaule narbonnaise et lyonnaise fut la proie de l'incendie et du pillage.

Mais ce n'était point assez pour les malheurs de l'empire, que les étrangers en inondassent les provinces; il fallait encore que la révolte éclatât parmi ses troupes. L armée de Bretagne , craignant pour elle-même et ne voyant point de secours, élut empereur un simple soldat, du nom de Constantin, qui, passant dans la Gaule, y fut aussitôt reconnu par toutes les troupes romaines qui y étaient. Abandonné par elles et ne pouvant seul soutenir la cause d'Honorius, Limène, préfet du prétoire des Gaules, et Çariobaude, maître général de la milice, se réfugièrent en Italie. Constantin fît la gue/re aux Bar- 408. bares ou se les attacha par des traités , selon les circonstances. Le général Sarr, Goth de nation, envoyé. par Stilicon pour le combattre , vint l'assiéger dans Valence. Mais il fut repoussé avec perte , et ne parvint qu'avec peine à se retirer. Constantin choisit alors Arles pour sa résidence , et envoya en Espagne pour s'y faire reconnaître. N'ayant pas réussi d'abord, par la résistance des deux frères Didyme et Vérien, parents d'Honorius, qui, à la tète de quelques troupes , tinrent cette province sous l'obéissance, il fît marcher contre eux son fils Constant, auquel il donna le titre de César, et qui, après avoir vaincu et fait prisonniers les deux frères , s'empara de tout le pays.

Stilicon, dans ces circonstances difficiles, se vit encore contraint d'ajourner ses projets sur l'IHyrie.

Mais Alarich qui prétendait ne point avoir fait en vain tous ses préparatifs, après l'avoir attendu dans l'Épire, passa daus le Norique, et s avançant vers l'Italie, envoya une ambassade à l'empereur pour réclamer l'argent

qui lui revenait conformément aux traités. Stilicon laissa les ambassadeurs à Ravenne et se rendit à Rome , afin d'exposer l'affaire à Honorius et au sénat. La plupart des sénateurs , qui ne savaient rien du traité , furent d abord d'avis qu'on repoussât les Goths par la force ; mais Stilicon ayant e*hibé l'ordre d'Honorius, qui l'avait autorisé à traiter avec Alarich, on reconnut juste la de* mande de ce prince , et il lui fut accordé quatre mille livres d'on

Arcade mourut dans ces circonstances , laissant l'empire à son jeune fils Théodose, enfant de huit ans, qui déjà, depuis 402, portait le titre d'Auguste. Honorius, à qui la tutèle du jeune prince revenait, voulut se rendre à Constantii|ople, afin d'y établir le nouveau gouvernement. Mais Stilicon s'y opposa , eu faisant entrevoir quelles grandes dépenses le départ de la cour occasionnerait, et combien il serait peu prudent d'abandonner l'Italie au moment où , d'un côté Constantin , de l'autre Alarich , la tenaient comme bloquée ; il porta l'empereur à permettre que lui-même allât régler les affaires de l'Orient, et pour occuper les Goths, il fut convenu qu'on les emploierait contre Constantin.

L'empereur quitta donc Rome pour se rendre à Pavie où était le lieu de rassemblement de l'armée qui devait entrer dans la Gaule , tandis que Stilicon fit à Bologne tous les préparatifs de son départ. Mais à peine arrivé à Pavie, Honorius , instruit des desseins vrais ou faux de Stilicon (car dans le nombre des jugements différents que les historiens nous ont laissés, il est bien difficile de démêler la vérité instruit, dis-je , des desseins vrais ou

*• Voy. Sozoméne, L. IX. c. 4. — Philostorgo , L. XII, c. 2. — Jéromo, Epùt.O, p. 748 , ad Ageruchiam de monogamia. — Vrotpère, Chronic. ad A. Arcadii et Uonorii XIII, etc.

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faux dont on l'accusait , de vouloir usurper la couronne d'Orient pour la poser sur la tête de son Gis Euchère, fomenta une sédition parmi les soldats, en leur découvrant ce que tramait le ministre. Les principaux généraux de l'armée dont les noms se trouvèrent compromis , en forent les victimes. Stilicon, en apprenant ces événements, se relira à Ravenne, où deux ordres furent aussitôt envoyés, l'un de l'arrêter, l'autre de le mettre à mort. L'officier qui les portait, ayant seulement donné le premier, Stilicon se réfugia dans une église. Il en sortit cependant le lendemain , et se mit entre les mains des soldats sur le serment qu'ils lui firent, en présence de 1 evêque, qu'ils n'avaient ordre que de l'arrêter. Mais l'officier ayant montré le second ordre , on lui trancha la téte. Honorius qui, 48 peu de temps auparavant , avait épousé Thermantia, la aoûï. renvoya à sa mère Séréna, fille de Théodose, que cet empereur avait donnée à Stilicon au temps de sa fortune. Le traître que Stilicon avait comblé de grâces , homme du nom d'Olympe, qui, par son hypocrisie, avait su s'attirer la faveur dHonorius et qui lui avait dépeint les complots de Stilicon , fut mis en sa place au ministère. Euchère qui s'était retiré à Rome y fut étranglé , et les biens du père et du fils furent confisqués.

Sous le nouveau ministre, tout le système du gouvernement fut changé. Quiconque n'appartenait point au christianisme fut repoussé des emplois publics ; ce ne fut plus le mérite, mais le culte qui fut la première condition pour en obtenir un. On poursuivit tous les étrangers «l surtout les païens ; on alla si loin que l'on égorgea dans beaucoup de villes d'Italie les femmes et les enfants des soldats étrangers 1 .

I On en fait monter le nombre à Ironie mille.

Cette persécution servit les intérêts des Goths qui» sur le refus qu'Honorius fit de leur payer la somme stipulée, reprirent les armes et s avancèrent jusqu'à Rome.

Alarich porta son beau-frère Ataulf, qui avec une armée d'Huns et de Goths occupait la Haute-Pannonie, à suivre sa marche sur l'Italie; lui-même s avançant par Aquûee, Concordia, Altino, traversa le Pô à Crémone, et laissant de côté R a ven ne, entra par Rimini dans le Picentin, et parut devant Rome , sans que l'armée romaine , dont le seul chef capable de lui donner la victoire venait d'être enlevé, eût tenté de l'arrêter.

Tous les mécontents, qui n'avaient rien à redouter de ces enfants du Nord, allèrent alors se joindre à leurs bandes victorieuses. Le sénat , sur le soupçon qu'il eut que Séréna était d'intelligence avec les Barbares, fit étrangler cette malheureuse veuve de Stilicon, que Placidie, sœur d'Honorius, qui alors était à Rome , ne chercha point à sauver. Alarich s'empara du Tibre, et bloqua la ville si étroitement que bientôt la famine s'y fit sentir. Les païens qui étaient encore dans la capitale , voulurent persuader au peuple de sacrifier aux anciens Dieux, lui promettant en leur nom l'extermination des ennemis. Mais le sénat ne le voulut point souffrir, quoique beaucoup de ses membres fussent encore portés pour l'ancien culte. Comme cependant tout espoir de secours était enlevé, on résolut d'acheter des Goths leur retraite, et avec les trésors des anciens temples, on parvint à leur donner cinq mille livres pesant d'or et trente mille livres d'argent , sans compter une foule d'habillements précieux , d'or et de pourpre, et trois mille livres d'épiceries. Alarich se retira dans la Toscane, chargé de richesses et de butin, et emmenant à sa suite une foule d'esclaves qui, se sauvant de Rome, se mirent à son service.

Constantin profita des embarras que cette guerre occasionnait a Honorius pour lui envoyer quelques eunuques en ambassade à Ravenne, et obtenir de lui la pourpre impériale. Honorius qui, dans ces circonstances, ne redoutait rien moins que son entrée en Italie , ne se sentit point assez fort pour lui refuser sa demande II le reconnut empereur. Mais n ayant plus rien à craindre à son sujet, il fut plus difficile à ratifier les conditions du traité dicté par les Goths sous les murs de Rome , quoique les habitants de cette ville le conjurassent par leurs députés d'y souscrire.

Alarich vint donc une seconde fois mettre le siège de- 409. vant cette capitale et, comme la première fois, la réduisit à l'extrémité. Six mille Dalmates , envoyés par l'empereur au secours de la place, furent presque tous massacrés. Cependant les habitants obtinrent d'Alarich un sauf-conduit pour une nouvelle députalion qu'ils envoyèrent à Honorius , et à laquelle se joignit le pape Innocent. Ataulf descendait alors des Alpes, pour prendre part aux victoires de ses compatriotes. Quelques succès obtenus sur ses troupes par les impériaux rassurèrent un peu la cour. Toutefois le ministère changea , et avec la chute d'Olimpe et l'arrivée aux affaires de Jovius , préfet du prétoire , qui , pendant qu Alarich avait été en Epire, s était lié d amitié avec lui, la nécessité d'un traité définitif avec les Goths fut de nouveau reconnue. Jovius envoya vers Alarich qui , de son côté, se trouva disposé à un arrangement ; et il fut convenu qu'ils se rendraient l'un et l'autre à Rimini. L'ultimatum d'Alarich fut qu'on abandonnerait aux Goths la Dalmatie , le Norique et le territoire de Venise, et qu'on leur fournirait annuellement un tribut en argent et en provisions de bouche. Jovius dicta lui-même , en présence du prince , le rapport qu'il

fit à l'empereur de ces négociations ; par une apostille* il engagea le souverain à s'attacher Alarich, et, afin de porter ce dernier à se désister d'une partie de sa demande, à lui offrir le commandement de l'armée romaine. Mais Honorius rejeta cette proposition de son ministre, et dans sa réponse, lui donna l'autorisation de traiter avec le prince aussi favorablement qu'il pourrait, en ce qui concernait le tribut ; mais déclara qu'il ne confierait ni à Alarich, ni à aucun des Golhs qui le suivaient, une des grandes dignités de l'empire, et, à plus forte raison, le co m m aliment de l'armée. Cette déclaration, lue sans réserve par Jovius en présence d' Alarich, excita à un tel point la colère du dernier , qui vit en elle une injure faite à toute sa nation, qu'il rompit aussitôt toute négociation, et retourna rejoindre son armée. Cependant il se ravisa plus tard , et fit demander pour lui les deux Noriques , avec un tribut annuel, s'engageant à ces conditions de défendre l'empire contre tous ses ennemis. Mais cette proposition ayant aussi été refusée, la guerre recommença, et le siège de Rome fut continué.

Alarich se rendit maître du port, et affama la ville une seconde fois. 11 la contraignit bientôt de lui ouvrir ses portes, et força le sénat de déposer Honorius et de reconnaître pour empereur le préfet Attale, avec lequel il avait jusqu'alors entretenu1 des intelligences, et dont il reçut les dignités qu'Honorius lui avait refusées. Honorius fut assez lâche pour envoyer une ambassade à ce souverain qu'un Golh venait de créer, et lui demander qu'il partageât l'empire avec lui. 11 eut la honte d'un refus, et resta à Ravenne, dont la solidité des rihirailles le protégea , tandis qu'Alarich continua à soumettre à Attale les villçs de l'Emilie et de l'Etrurie.

Constantin, qui avait promis à Honorius des secours de

la Gaule et de l'Espagne, fui empêché de les lui envoyer par la révolte de Géronce auquel il avait confié le gouvernement d'Espagne, et qui fit donner la pourpre à Maxime. Géronce s'était emparé des passages des Pyrénées, et avait attiré à lui plusieurs des peuples étrangers qui étaient dans la Gaule , Suèves, Vandales et Alains, qui se répandirent dans toute la péninsule. Après deux ans de courses et de guerres dans les provinces hispaniques , pendant lesquels la puissance romaine continua de crouler de plus en plus, ils se partagèrent le pays par un traité. Les Suèves , commandés par Hermanarich , se fixèrent dans la Galice et la Castille ; les Alains, que Respendial avait conduits, gardèrent la Lusitanie et la province de Carthagéne ; et les tribus vandales, unies sous le commandement de Gonderich , fils de Godegisel , s'assirent sur les rives du Bétis, et donnèrent leur nom à l'Andalousie1.

Cependant Attale ne tarda pas à s'attirer le mécontentement d'Alarich. Au lieu de se ressouvenir que sa puissance n'était basée que sur la protection qu'il lui accordait , il voulut se rendre indépendant de lui , et il prit soin même d'écarter tous les Goths de sa cour et de l'armée. Alarich l'en punit en le forçant de déposer à Ri- 410. mini la pourpre et la couronne qu'il lui avait données. Il envoya l'une et l'autre à Honorius avec lequel il renoua des négociations. Mais les affaires s'étant brouillées plus que jamais par l'influence du général Sarr , ennemi personnel d'Alarich et des Balten, à qui Honorius donna le commandement de la ville de Ravenne , Alarich rétablit Attale. 11 le déposa une seconde fois, peu après, et n'ayant pu s'emparer de Ravenne, il marcha pour la troisième fois sur Rome dont il se rendit maître, après une faible

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