Fossa Mariana
toutefois se séparèrent , et tandis que les Teutons unis aux Ambrones, prirent la route des Alpes maritimes, les Ciinbres et les Tigurins se dirigèrent vers la Péninsule par l'Hclvétie et le Norique. Ils laissèrent sur le Rhin le plus gros de leur bagage sous la garde de quelques mille' hommes , et se donnèrent rendez-vous sur le Pô.
Les Teutons se trouvèrent bientôt en face de Marius , qui se tint cependant retranche dans son camp et refusa obstinément de leur livrer bataille, voulant habituer ses soldats à regarder sans crainte ces colosses d'hommes dont la vue les épouvantait. Ne pouvant le déterminer au combat, ils contournèrent son camp, et poursuivant leur marche audacieuse, partagés en deux corps d armée, ils prirent la route de l'Italie. Marius les suivit, et atteignit non loin d'Aix le dernier corps , composé de trente mille Ambrones. 11 les déOt , et pénétra jusqu'auprès du camp , d'où cependant les femmes repoussèrent les Romains. Toute la nuit les Germains pleurèrent leurs morts, avec des hurlements sauvages , qui , répétés par l'écho des montagnes, portèrent l'épouvante dans le cœur même des vainqueurs. Le lendemain, il atteignit à leur tour les Teutons auxquels les Ambrones s'étaient maintenant réunis , et qui tous ensemble furent mis dans la plus épouvantable déroute. Plus de cent mille combattants, dit Pluturque, furent tués ou faits captifs, et de ce nombre , le Roi Teutoboch, homme d'une taille gigantesque, qui fut lui-même pris dans sa fuite. Tout le camp tomba au pouvoir des Romains, qui, réservant le principal butin pour orner le triomphe de leur général, firent du reste uti immense holocauste. Marjus y mettait lui-même le feu , quand un courrier arrive de Rome lui porta la nouvelle de son cinquième consulat.
Cependant son collègue Catulc , qui maintenant com-
mandait comme Proconsul l'armée du Norique , ne fut point aussi heureux contre les Cimbres. Il avait dégarni de troupes les différents passages des Alpes , et il avait concentré toute son armée derrière l'Adige, où il lui avait fait prendre position. Les Cimbres, ne trouvant aucun obstacle, traversèrent les monts et parurent bientôt sur cette rivière. A leur vue , à leurs cris sauvages, une terreur panique s'empare des Romains ; ils se retirèrent sans combattre. L'ennemi passa l'Adige , s'empara du fort qui protégeait le pont , et accorda à la petite garnison chargée de sa défense une capitulation dont il jura le maintien sur la figure en bronze du taureau sacré f.
On fut à Rome dans la plus grande épouvante quand la nouvelle de ces événements y parvint. On croyait déjà voir aux portes de la ville ces bandes qui rappelaient celles qui , quelques siècles auparavant , avaient suivi Brennus. On n'y fut tranquille que lorsque Marius , qui avait en hâte été rappelé, eut, par une manœuvre habile, joint ses troupes à celles de son collègue. Les deux armées étaient stationnées sur le Pô. Là les députés des Cimbres vinrent trouver les généraux dans leur camp , et réitérèrent la demande qu'ils avaient faite quelques années auparavant , qu'on leur cédât des terres où eux et leurs frères pussent vivre en amis et en alliés des Romains. — Ils ignoraient encore la défaite sanglante des Teutons. Mais lorsque, d'après l'ordre du consul, les principaux chefs de ce peuple eurent été conduits devant eux, couverts de chaînes, et qu'ils eurent appris le malheur de leurs armes , ils s'éloignèrent du camp , ne songeant plus qu'à les venger. Boiofix, chef des Cimbres, jeta lui-même en personne le défi à Marius, qui lui assigna le