Le Forum Comelii
verser le Pô, et n'ayant point, malgré ses réclamations, reçu de renforts, il fut obligé d'abandonner à son sort celte forteresse, dont la garnison fut faite prisonnière, 5o9. et qui, mise au pillage, fut dévastée et ruinée de fond en comble. *
La conquête de cette ville qui fut suivie de celle de toutes les places de la Ligurie, retrempa le courage des Goths.
41 Vitigès ne chercha plus qu'à susciter de nouveaux ennemis à l'empire d'Orient. 11 envoya des ambassadeurs aux Lombards qui, après avoir demeuré quelques années sur les terres fertiles que les Rugiens avaient habitées aux bords du Danube, avaient, en 527, obtenu « de Justinien la permission de s'établir dans la Pannonie. N'ayant pu les persuader d'entrer en lllyrie, il s'adressa à la cour de Perse, et parvint à faire rompre la paix entre Cosroès et l'empereur. Les Maures d'Afrique s'étaient révoltés et nécessitaient un grand développement de troupes. Cette rupture avec les Perses contraignit Justinien à quelque concession, et il congédia enûn de Constantinople les députés que Vitigès lui avait envoyés de son camp du Tibre, avec l'assurance qu'il allait lui-même envoyer au roi des ambassadeurs à Ravenne, munis de ses pleins pouvoirs pour traiter de la paix.
Bélisaire, avec onze mille hommes, faisait alors le siège d'Osimo, la principale ville du pays picentin. Les généraux Justin et Cyprien tenaient bloquée Fiésoli dans la Toscane, cl, aûn d'empêcher Vraja de secourir cette forteresse, Martin et. Johanni avaient placé leur camp près de Dertona.
Tandis que les deux partis s'observaient, Théodebert, à qui, dans ces conjonctures, la conquête de l'Italie parut facile , traversa les Alpes à la tête d'une armée con-
sidérahle de Francs, et s'avança jusque sur les rives du Pô1. Une stricte discipline accompagna sa marche, aGn que les Goths, auxquels il avait fait croire qu'il venait comme auxiliaire, ne tentassent point de l'arrêter.
Mais à peine il eut traversé le fleuve, que, quittant le masque, il traita également en ennemis les Goths et les impériaux , et jetant la terreur parmi les premiers , au point qu'ils se sauvèrent jusqu'à Ravenne , et attaquant les seconds près de Dertona, il se rendit maître de la plus* grande partie de l'Émilie, La conduite des Francs, tout chrétiens qu'ils étaient , fut celle des peuples barbares dont ils descendaient. Des enfants furent par eux sacrifiés au Dieu du Pô. Des femmes , des vieillards furent égorgés. Partout le pillage suivit leur marche. Bélisaire • écrivit au roi une lettre fulminante où il le mepaçait de toute4sa vengeance, s'il ne se retirait. Bientôt cependant les maladies décimèrent cette armée que la province ruinée par la guerre ne pouvait plus nourrir. Les murmures éclatèrent parmi les soldats qui, voyant chaque jour leurs rangs diminuer, contraignirent Théodebert de repasser les monts. Gènes, par laquelle leur retraite s'effectua et que ne put défendre la valeur de ses habitants, fut prise et pillée.
Fiésoli capitula peu de temps après , ainsi qu'Osimo dont la garnison fut enrôlée parmi les impériaux.
Bélisaire tourna alors toutes les forces contre Ravenne, devant laquelle il vint mettre le siège, arriva assez à temps pour se rendre maître d'un convoi de vivres qui avait été embarqué sur le Pô dans la Ligurie , mais dont le transport avait été arrêté près de la forteresse par les basses eaux du fleuve.
1. Procopo fait monter cette armée à cent mille hommes. Joruandes cl Fréculphe lui eu donnent même deux cent mille. Mais on sait combien il faut se délier de ces calculs des anciens historiens.
Des ambassadeurs des rois de Neustrie vinrent à cette époque trouver Vitigès, et de la part de leurs souverains lui firent la proposition que , s'il voulait partager avec eux l'Italie, ils lui fourniraient autant de troupes qu'il voudrait pour en chasser les impériaux.
Bélisaire, instruit de ces menées , contrebalança leur politique. Dominique et Maximin , deux sénateurs, envoyés par Justinien pour traiter de la paix, étant peu de temps après arrivés, toute négociation avec les Francs fut rompue. L'empereur offrit au roi de lui laisser toute la partie de l'Italie située sur la rive gauche du Pô, ainsi que la moitié du trésor royal ; toute la partie Sud de la péninsule sur la rive droite du fleuve devait rester auxlmpériaux. Toutes onéreuses qu'étaient ces conditions, les grands du royaume conseillèrent à Vitigès de les accepter, contents que la fin des hostilités n'eût pas amené l'anéantissement total de la monarchie. Mais Bélisaire les trouva trop modérées. 11 refusa d'y souscrire malgré les murmures qui éclatèrent dans Tannée impériale, où il fut accusé de vues secrètes et ambitieuses. Un grand nombre de Goths qui partageaient à cet égard l'opinion de l'année lui proposa l'empire d'Occident, en lui promettant, s'il l'acceptait, de se ranger sous ses drapeaux. Tout éloigné qu'était ce grand homme , dont la vertu égala le courage , de ternir sa gloire par une telle trahison envers son souverain, il ne désabusa point les conspirateurs, mais fit au contraire semblant d'accepter leurs offres, afin de pouvoir par cette ruse se rendre maître à la fois de Vitigès et de Ravenne. Bessas, Johanni, et les autres généraux auxquels il ne pouvait pas trop se fier, furent éloignés. Toutes les mesures prises, il fit enfin son entrée dans la place, dont les Goths eux-mêmes lui ouvrirent les portes. 540. Les femmes germaines, indignées de se voir trahies par
ceux qui devaient les défendre, crachèrent au visage de ces hommes mous qui, ayant pu écraser le petit nombre de -troupes qu'ils avaient reçues, se mettaient volontairement sous leur joug.
Bélisaire s'assura de la personne du roi, pour lequel, du reste, il eut tous les égards dus à son rang et au malheur ; il permit à tous les Goths qui avaient des biens situé» sur la rive gauche du Pô , de s'y rendre en toute liberté. La plupart des villes de la Vénétie lui envoyèrent des députés. Cependant il ne prit point le titre d'empereur, et usa de divers prétextes pour s'en disculper. Les plus courageux d'entre les Goths , qui trop tard s'aperçurent qu'ils avaient été trompés, se rassemblèrent à Pavie, et résolurent de tenter un dernier effort pour relever leur nation. Ils proposèrent la couronne à Vraja , qui toutefois la refusa et la fit décerner a Ildebad , neveu de Theudis, roi des Wisigoths, qui commandait la place de Vérone.
Ildebad l'accepta ; mais cependant il envoya des députés à Bélisaire, afin de l'engager à remplir les conditions du traité , et l'assura qu'en ce cas il serait le premier à venir se jeter à ses pieds.
Bélisaire resta ferme dans son refus , et ayant reçu de Justinien l'ordre de prendre le commandement de l'armée contre les Perses , il s'embarqua pour Constantinople , enmenant avec lui Vitigès et les autres membres de la famille royale *, ainsi que le trésor et un grand nombre de Goths de distinction, parmi lesquels se trouvaient les enfants d'Udebad.
Après son départ, la guerre d'Italie ne fit que traîner.
1. Parmi eux se trouvaient les enfants d'IIermannfried , roi de Thuringc, qui s'étaient, comme nous l'avons vu , réfugiés en Italie avec leur mère Ainalaberga.
Les généraux auxquels il avait laissé le commandement des différentes provinces, tous jaloux les uns des autres, ne songèrent qu'à s'enrichir. Ildebad qui d abord n'avait qu'un millier d'hommes sous les armes, réunit peu à peu à lui tous les Goths de la Vénélie et de la Ligurie , et livra au général Vitalius, près de Trévise, un combat sanglant dans lequel ce dernier fut défait. Mais il ne pour- 541 , suivit point ce premier succès. Des jalousies de femmes lui firent bientôt après ternir sa gloire, en ordonnant le meurtre de Vraja, auquel il devait le sceptre. Un garde du corps, du nom de Vilas, Gépide dont il s'était attiré la haine , résolut de venger cette mort. Au milieu d'un festin , il frappa le prince par derrière , et fît voler sa tête sur la table au milieu des convives terrifiés.
Cette fin tragique d'Hdebad fut suivie de nouvelles dis* sensions. Les Rugiens qui, depuis Théodorich, étaient restés en Italie, où ils avaient conservé parmi les Goths leur nationalité au point de n'avoir jamais pris de femmes qu'au sein de leur tribu , levèrent maintenant la tète, et proclamèrent roi l'un des leurs , du nom d7£rarich.
Ce prince envoya aussitôt ouvertement des ambassadeurs à Conslantinople , afin d'obtenir de Juslinien les mêmes conditions de paix que l'empereur avait offertes à Vitigès. Mais convaincu d'un autre côté qu'il ne pourrait point soutenir son pouvoir, il lui fit sous main offrir de lui abandonner tout ce que les Goths possédaient encore en Italie, à condition qu'avec le titre de patrice, que l'empereur lui concédérait, il lui payerait une certaine somme d'argent.
Les Goths , pendant ces négociations , indignés de se voir sous le joug d'un Rugien , conspirèrent en faveur de Totilas, frère d'Hdebad; ils tuèrent Erarich dans une sédition, et levèrent aussitôt Totilas sur le bouclier. 542.
Sous ce prince courageux et expérimenté, la fortune de leurs armes eut de nouveau le dessus.
Les secours que, déjà sous Udebad , ils avaient espéré des Wisigoths , arrivèrent d'autant moins maintenant . qu'au milieu des troubles politiques qui agitaient aussi ce royaume et qui finirent par ôter quelques années plus tard la vie à Theudis et à Theudisque son successeur, ils eurent à repousser les agressions des deux rois francs Childebert et Clotaire, qui s'avancèrent jusqu'à Sarragosse1.
Les Ostrogoths étaient réduits à cinq mille hommes de troupes. Avec ce faible corps , Totilas reprit la campagne, et vint attaquer les impériaux près de Faenza. Leur armée se composait de douze mille hommes partagés en onze bataillons. Après une tentative infructueuse sur Vérone, ils se retirèrent derrière le Pô , que les Ostrogoths traversèrent après eux, sans qu'ils cherchassent à leur en défendre le passage. Au moment où les deux partis allaient s'ébranler , un Goth , du nom de Viliaris , d une taille athlétique et tout couvert de fer, s'avança seul audevant de l'ennemi, en défiant à un combat singulier le champion assez courageux pour accepter le cartel. Nul des impériaux n'osa sortir des rangs à l'exception de l'Arménien Artabace, que sa valeur avait fait monter aux pre- . miers grades militaires. Les deux rivaux prirent champ et brisèrent leurs lances devant les deux armées. Artabace désarçonna le Goth qui tomba sans vie; mais atteint par le fer de son adversaire qui avait traversé la jointure du harnais, il expira lui-même le troisième jour 2.
1. On a une monnaie do Clolairc avec la légende de Victoria Gothica. Cependant les Francs furent , en se retirant , battus par Theudisque , alors encore général.
2. Procope, L. III, c. A, p. 475, D. , décrit avec verve ce combat singulier.
Totilas avait détaché trois cents hommes avec Tordre de Dé donner que lorsque la bataille serait engagée. Leur arrivée, au milieu de Faction qui suivit le combat singulier, décida la victoire du côté des Goths et provoqua la défaite des impériaux qui , ne sachant à quel petit nombre ils avaient à faire et craignant d'être enveloppés, se débandèrent en tous sens , laissant aux vainqueurs une grande quantité de prisonniers , leur camp et tous leurs drapeaux. .
Totilas envoya une partie de ses troupes dans la Toscane sous les ordres des trois généraux filéda, Roderich et Uliare. Ces généraux allèrent mettre le siège devant Florence, où était renfermé Justin , maître de la milice dlllvrie. L'arrivée des trois divisions Johanni, Bessac et Cyprien, les contraignit toutefois de se retirer. Les Grecs les poursuivirent. Mais les Goths prirent position sur une montagne assez escarpée et s'y défendirent avec une telle vigueur, qu'après un combat vivement disputé , ils res-p tèrent maîtres du champ de bataille. Totilas vint les rejoindre après s'être pendant ce temps emparé de Césène et de Pétra. Sans s'arrêter devant les murs des forte* fesses garnies de troupes , il traversa le Tibre , et alla 543. s'emparer de Bénévent, dont il rasa les murailles. Naples, défendue seulement par mille hommes de garnison , fut bloquée. Cume fut prise par ses généraux. Toute la Carapanie fut de nouveau réduite au pouvoir des Ostrogoths.
Le rapport de ces événements , qui arriva à Constantinople , porta Justinien à envoyer des renforts dans la péninsule et à réunir de nouveau sous un chef commun les divers généraux qui y commandaient. Maximin fut donc nommé préfet de prétoire d'Italie , et Démétrius maître de la milice. Des troupes, enrôlées dans la Thrace
et l'Arménie , devaient suivre le premier. Mais Tolilas qui sentit la faute qu'avait faite Vitigès de négliger sa marine, fit à la hâte équiper quelques vaisseaux ; et cette escadre improvisée s' étant avancée au-devant de la flotte impériale, la dissipa et lui prit plusieurs embarcations. Ce qui échappa entra dans le port de Syracuse. Cependant Maximin s'y arrêta trop longtemps ; lorsqu'il voulut passer le détroit , une tempête furieuse détruisit en partie ses vaisseaux , et en partie les jeta à la côte . où les Goths s'en emparèrent. Naples , que celte flotte devait débloquer, manquant de vivres et sans espoir de secours, fut obligé de capituler. Tolilas en traita les habitants avec la plus grande générosité i, et permit à la garnison de se retirer avec armes et bagages.
Cependant, dans la crainte que les impériaux pussent plus tard reprendre la ville et s'y fortifier de nouveau, il en fit en partie raser les murailles , comme il lavait fait à Bénévent.
Maître de Naples , il écrivit au sénat de Rome , et chercha par tous les moyens possibles, par ses émissaires, par les proclamations qu'il fit répandre dans la cité, à s'en rendre la population favorable. Le général Johanni qui y commandait, craignant pour la sûreté de la place, crut devoir prendre des mesures sévères , et finit par chasser de la ville tous les prêtres ariens.
Tant de malheurs arrivés aux armes de l'empire engagèrent Justinien à rappeler de la Perse le général Bùlisaire, et à lui confier de nouveau le commandemeot de l'Italie. Quatre mille hommes de nouvelles recrues, à
1. Procope rapporte qu'an soldat de la garde ayant abusé d'une jeune fille , et le père s'élant plaint au roi , le prince le Gl punir de mort et confisquer son bien au profil de l'opprimée , maigre les priérei qui furent faites en sa faveur.
grand peine enrôlés dans la Thracc , allèrent à sa rencontre sous les ordres de Vitalius , maître de la Itlilice , avec lequel Bélisaire se rendit jusqu'à Salone. Les Goths qui tenaient Olrente assiégée, se virent contraints de se retirer de devant cette place. Mais dans le même temps Totilas s'emparait de Tivoli dont il faisait passer les habitants au fil de l'épée.
Bélisaire arriva au printemps à Ravenne , et envoya 544. aussitôt Vitalius dans l'Émilie, afin d'y attirer l'ennemi et de l'écarter des environs de*Rorae. Mais ce général était à peine à Bologne, que ses troupes, à qui il était dû plusieurs mois de solde, désertèrent en grand nombre. Totilas en profita pour s'emparer de plusieurs villes. Il échoua devant Osimo et Pesare, mais se rendit maître dans le Picenium de Fermo et d'Ascoli , et dans la Tos- 545, canè, d'Assise et de Spolette. Le peu de forces dont 546. Bélisaire disposait et l'absence de tout secours de l'Orient mirent ce général dans l'impossibilité de sortir de Ravenne, et de s'opposer aux Goths pendant ces deux campagnes. L'armée de Totilas était , au con taire, devenue puissante, et se recrutait journellement encore de tous les mécontents que l'indiscipline des impériaux soulevait, et de tous les esclaves qui, en prenant les armes, acquéraient leur liberté. Le roi envoya quelques troupes assiéger Plaisance qui, n'ayant plus de vivres, fut contrainte d'ouvrir ses portes. Lui-même s'avança maintenant sur Rome à qui ses escadres , qui parcouraient toutes les côtes, enlevaient toutes les provisions qui eussent pu être expédiées par mer à cette capitale. Céthégus , chef du sénat, soupçonné d'être d'intelligence avec les Goths, fut forcé d'abandonner la ville. La famine commençait à s'y faire sentir, et pour éviter de plus grands maux, Pélage, diacre de l'église romaine , entreprit d'aller trouver le
roi, et de lui proposer une suspension d armes , à conditionne si la capitale n'était point secourue dans un temps donné, les portes lui en seraient ouvertes. Mais Totilas qui avait le pouvoir en main , ne voulu^poinl s'en dessaisir. Le peuple s ameuta , et demanda du pain ou la permission de sortir de la ville. Le pain se payait au poids de l'or, et c'était un traGc que faisaient à la fois les chefs et les soldats, qui seuls avaient eu part dans les distributions de vivres. Bessas et Conon, qui commandaient les troupes, profitèrent de l'infortune des habitants pour leur faire payer encore la permission de se retirer. La plupart étaient dans un tel état d'exténuation, qu'ils moururent en route ; un grand nombre tomba entre les mains. de l'ennemi.
Cependant Bélisaire qui s'était rendu à Durazzo, y avait enfin reçu les renforts que les généraux Jobanni et Isaac avaient amenés de Constantinople. 11 s'embarqua aussitôt pour Porto, laissant à Johanni Tordre de le rejoindre par la Calabre sous les murs de Rome. Mais les Golhs qui tenaient garnison à Capoue , lui en ayant barré la route, ce général se replia sur le Brulium et la Lucanie, dont les habitants, fervents catholiques, le reçurent à bras ouverts. Celte marche intempestive servit la cause de Totilas qui, redoublant d'activité, prit les mesures les plus énergiques pour empêcher tout secours d'entrer dans la ville. •
Le cours du Tibre fut intercepté par des pilotis, et par une chaîne tendue de l'une à l'autre rive, que défendaient deux tours garnies de troupes. Bélisaire ayant voulu forcer ce passage avec deux cents embarcations chargées de vivres, fut repoussé avec perte* îl avait laissé à Porto son épouse et la caisse militaire, sous la garde do général Isaac à qui il avait donné l'ordre de ne point quit-
1er son poste sous quelque prétexte que ce fût, ftais qui, ne pouvant contenir son impatience, dés que la nouvelle se répandit que la chaîne avait été rompue, et que déjà les impériaux, après avoir mis le feu à Tune des tours, marchaient sans résistance sur Rome, oublia sa consigne, attaqua le général Roderich , et se laissa prendre prisonnier. Quelques cavaliers vinrent à toute bride en porter la nouvelle à Bélisaire qui , lui-môme , se croyant coupé dans sa retraite , perdit son calme ordinaire , et sans plus s'informer des autres circonstances , rebroussa chemin pour reprendre Porto qu'il croyait déjà au pouvoir de l'ennemi. Lorsque plus tard détrompé, il eut reconnu son erreur, il ressentit un tel chagrin d'avoir laissé échapper la victoire, qu'il en tomba malade. Isaac, à qui était dû ce revers, paya de sa vie son imprudence; il fut mis à mort par ordre de Totilas , pour venger Roderich qui périt des suites de ses blessures.
Cependant le blocus eût encore pu traîner en longueur, si la trahison n'eût ouvert aux Golhs Tune des portes de la ville.
Le besoin augmentait de jour en jour dans la cité, où la faim faisait dévorer les animaux les plus immondes , les herbes les plus insipides.
Quatre Isa u riens, de garde à la porte du mont Ccelius, vulgairement appelée la porte Asinarienne, résolurent de mettre un tchne à tant de* calamités. Ils descendirent pendant la nuit du haut des remparts à l'aide de cordes, et vinrent trouver le roi pour traiter avec lui de la reddition de la place. Totilas les reçut avec bonté, leur promit de l'argent , et leur donna , pour les accompagner, quatre hommes courageux et dévoués qui , introduits dans la ville, s'emparèrent de la porte et l'ouvrirent aus- i7 sitôt à leurs compatriotes. Cependant, dans la crainte de déc.
quelqueUrahison , le roi ne permit point que les Golfe se répandissent dans la cité avant le jour. Les cris d'alarme éveillèrent Bessas qui, au lieu de prendre des mesures énergiques , s'enfuit avec lâcheté , abandonnant à elle-même la garnison qui se débandft dans tous les sens. Le petit nombre d'habitants qui n'avaient point quitté la ville ou que la faim n avait point décimés, se réfugia au pied des autels dans les églises1.
Dès qu'il fit jour, toute la ville fut parcourue par les Goths qui, sans distinction, tuèrent tout ce qui se trouva sur leur passage. Totilas qui avait passé la nuit à Saiot- Latran , alla rendre grâce à Dieu dans l'église de Saint- Pierre. Le diacre Pélage s'avança au-devant de lui. tenant en main le livre des évangiles , et le supplia d'épargner le sang des vaincus, devenus ses sujets. Le roi écouta ses prières et ordonna aussitôt que la vie et la personne des habitants fussent respectées. Mais il ne put refuser à ses soldats le pillage de la ville. Après une allocution à ses troupes et une sévère réprimande au peu de sénateurs romains qui étaient encore présents , mais auxquels il finit aussi par pardonner, à la prière de Pélage, il envoya ce même diacre et l'avocat Théodore auprès de Justinien , afin de tenter de ramener la paix entre les Goths et l'empire sur les mêmes bases qu'elle avait eues du temps d'Anastase et de Théodorich.
L'empereur ne voulut entrer dans aucun pourparler et renvoya le tout à Bélisaire.
47. Totilas reprit donc la campagne et, laissant ce général dans Porto, marcha contre Johanni dans la Lucanie. Avant de partir, il fit enlever les portes de Rome et faire de grandes brèches à ses murailles ; le tiers des murs fut