‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 90 sur 123 · Procopc ne le fait pa* monter au delà de cinq cenls · texte numérisé non relu

Procopc ne le fait pa* monter au delà de cinq cenls

renversé. Il mil le feu à plusieurs de ses édifices et, après en avoir dispersé le peuple dans divers lieux de la Campanie, retenant auprès de lui pour otages les sénateurs et les patriciens , il quitta avec toute son armée cette ville ainsi désolée et presque déserte.

Cependant, pour contenir Bélisaire , il laissa une arrière-garde à Marcina, le moderne Cava d'ell 'Aglio.

Tous ceux qui avaient pris les armes dans la Lucanie et les pays environnants , rentrèrent dans le devoir dès son approche. Il vint placer son camp sur le mont Gargano, ancien emplacement du camp d'Annibal dans ces contrées. Johanni ne l'attendit point, mais alla se renfermer dans Otrente, dont il augmenta les fortifications. Totilas, pour le contenir, garnit de troupes la forteresse d'Achéruntia , aux frontières de la Calabre , et se rendit à Ravenne qu'il n'avait plus vue depuis son élection à la couronne et où , après tant de succès, il espérait rétablir avec gloire le siège de son royaume.

Mais Bélisaire , par un coup de main hardi , annula ses projets.

Totilas avait, en quittant Rome, fait la faute de ne point l'avoir* détruite de fond en comble, comme il parait qu'il en eut d'abord le projet1, ou plutôt, trop confiant dans les demi-mesures qu'il avait prises, d'avoir négligé d'y laisser une garnison. A peine il en fut parti, que son ennemi, quittant Porto, marcha vers la ville déserte et s'y fortifia. Vingt*cinq jours lui suffirent pour en réparer aussi bién que possible les murailles, et les palissader en dedans. Il v fit avec la même activité transporter des vivres par le

1- Procope rapporte que , sans une lettre que Bélisaire lui écrivit et où il l'engagea , au nom de sa propre gloire , à ne point la ternir parla destruction entière de Rome, celte ville eût tout k fait été incendiée et anéantie. - Voyez Procope, L. III, DeMlogothico.

Tibre et en rappela les habitants qui revinrent sous sa protection réparer les ruines de leurs demeures.

Tolilas était à peine arrivé prés de Ravenne , qua la nouvelle de ces événements, il revola vers le Tibre, dan> l'espoir d'arriver encore assez à temps pour débusquer l'ennemi. Mais déjà ce dernier s'y était suffisamment fortifié. Uptilas tenta en vain de se ruer par les portes qui, faute d'ouvriers, n'avaient pu encore être posées, mais que défendirent la valeur des soldats et les ouvrages qu'ils y élevèrent précipitamment. Une seconde attaque du côté du Tibre fut non moins vigoureusement repoussée par les impériaux. LesGoths firent entendre des murmures coulrt leur prince qui, après avoir reconquis l'Italie avec leur sang, au lieu d'avoir gardé Rome, l'avait abandonnée à l'ennemi, et avait ainsi rendu nuls tous leurs efforts. Totilas chercha à retremper leur courage et à réparer sa faute par la hardiesse de ses entreprises. 11 releva le château de Tivoli et, jetant quelques troupes devant Pérouse pour en faire le blocus, il marcha contre le général Johanni qu'il mit en fuite. Il apprit que, pendant cette marche, Bélisaire avait quitté Rome pour se rendre à Tarente et y attendre les secours que Justinien lui avait promis, mais que, battu par une tempête, il avait été obligé de relâcher à Cotrone ; il se mit aussitôt à sa poursuite. L'avant-garde des Goths eut d'abord à supporter un échec à Bassano. Mais Tolilas étant arrivé avec trois raille hommes de cavalerie, culbuta les impériaux qui, portant l'épouvante jusque dans Cotrone, précipitèrent le départ de Bélisaire qui se rendit à Messine.

Pendant que ces événements se passaient au Sud de la péninsule, le Nord était parcouru par un autre ennemi, aussi redoutable aux Goths qu'aux impériaux : c'étaient

les Francs de Théodebert qui , de nouveau avide de conquête et surtout hostile à Justihien , prétendait aller jusqu'à Conslantinople y dicter sa loi. Son armée, conduite par Bûcelin, duc des Allemanes, et par les généraux Haming et Lanthacaire , dont le dernier tomba avec gloire en combattant les impériaux , s empara des Alpes cottiennes et d'une grande partie de la Ligurie et de la Vénétie. B rescia, Vérone et un petit nombre d'autres lieux furent les seuls qui restèrent aux Gotbs dans cette dernière province. Tôtilas, dans les circonstances présentes, pouvait disposer d'un nombre de troupes trop peu considérable pour tenter de repousser les Francs. Sa politique lui fit prendre le parti plus sage de s'allier à Théodebert et* de lui céder les conquêtes qu'il ne pouvait lui arracher, à condition que ce prince ferait avec lui cause commune contre l'empire.

Mais Théodebert mourut peu de temps après.

La guerre d'Italie ne Gt plus dès lors que languir de la part des impériaux.

Théodora mourut aussi. Bélisaire, las de sa position, "49. et toujours entravé dans tous ses desseins par les négligences que la cour mettait à le soutenir, demanda son rappel que Justin ien, tout entier aux disputes religieuses qui divisaient l'Orient, fit encore la faute de lui accorder. La péninsule resta de nouveau livrée au commandement détaché des différents généraux qui en occupaient encore quelques points.

Totilas profila habilement de leur désunion pour venir faire le siège de Rome, défendue seulement par les trois mille hommes que Bélisaire y avait laissés. La ville était si peu peuplée et l'Italie était si malheureuse que , pour ne point être surpris d'un côté par la famine, que de l'autre les ressources épuisées de la province n'au-

raient pu empêcher, quand bien même les Gelhs auraient laissé libres tous les passages , le6 impériaux semèrent do blé dans l'intérieur des murs. Longtemps ils se défendirent, jusqu'à ce que les Isauriens, qui formaient comme troupes auxiliaires une partie de la garnison, irrités de ne point recevoir de solde (car toutes les caisses étaient vides), se liguèrent secrètement avec les Goths et leur ouvrirent la porte Trigamine1. Déjà Porto avait capitulé. La garnison n'avait donc de refuge que Centom Cellas, le seul lieu que les impériaux possédassent encore dans tous les environs. Mais Totilas en avait fait garder les avenues, de manière que, cernées de toute part, toutes ces troupes se virent con train les de déposer les armes. Quatre cents cavaliers seulement qui avaient forcé le passage du pont du Tibre, se retranchèrent sur le tombeau d'Adrien 3 et, bravant toute l'armée des Goths, se défendirent avec une telle intrépidité que le roi leur accorda une capitulation et les prit à sa solde.

Totilas, maître de Rome, chercha à la repeupler. Il y fit transporter tous les sénateurs et les autres personnes qu'il avait en son pouvoir, releva les bâtiments qui avaient été incendiés, et pour fêter cette espèce de régénération, fit célébrer dans la ville des jeux équestres.

Tout depuis lors réussit de nonveau aux armes des Ostrogoths, qui successivement s'emparèrent de Pérouse, du château de Tarente et de Rovigo, et qui , avec une flotte considérable, composée en majeure partie des vaisseaux pris aux impériaux, passèrent en Sicile, et avaot que Justinien n'eût rassemblé les troupes qui devaient la défendre , mirent toute l'île en leur pouvoir.

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