Aujourd'hui porte St.-Paul
2. Sur les fondements duquel s'élève le château de St. -Ange.
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Rien ne servit mieux leur cause que la diversion que les populations slaves qui, de la mer Noire, s'étaient, 550. dans le mouvement de migration général, jetées sur Ja Dacie où elles parurent en 527> firent en 550 avec leurs alliés dans l'IUyrie, diversion que la cour de Constantinople regardait comme un coup qui partait de la politique de Totilas. Tout porte à croire qu'en effet ce prince ne manqua pas de les y exciter. Mais Justinien pouvait aussi bien s'en prendre à sa mauvaise politique et à celle de son prédécesseur, en ayant , au mépris des nombreux exemples que l'Orient avait eus du danger de donner asile sur les terres de l'empire à des populations guerrières , permis aux Hérules, aux Lombards et aux Gépidcs de s'établir sur le Danube , et attiré pendant tout son règne , de la part de ces peuples ou de leurs ennemis, les malheurs de l'Illyrie et de la Thrace.
Les Hérules, depuis leur migration du Nord, voisins des Gépides , n'avaient pas tardé à se brouiller avec ces derniers ; à la suite d'une guerre dans laquelle ils avaient eu le dessous , ils s'étaient avancés au delà du Danube sur le territoire de l'empire d'Orient , où ils avaient reçu d'Anastase la permission de rester. Justinien fit avec eux un traité d'alliance , par lequel il leur promit annuellement une somme d'argent, et eux, de leur côté, s'engagèrent à servir dans ses armées. Il leur assigna entre la Save et le fleuve Margos le pays auquel un siècle plus tard les Serviens donnèrent leur nom. Leur roi Géthés vint à Constantinople faire l'échange du traité et y reçut le baptême, qu'à son retour il voulut faire adopter à son peuple, qui jusqu'alors avait conservé toute la rudesse des anciennes coutumes germaniques , et dont une partie, ne pouvant se soumettre à l'idée d'être infidèle à ses Dieux, le tua dans une sédition. Le contin-
gent qu'ils fournirent à l'armée impériale rendit les plus éminents services dans la guerre des Perses, et fut aussi employé contre les Vandales et les Goths. La nation resta quelque temps sans roi , jusqua ce que , livrée à l'anarchie, elle reconnut la nécessité de se donner de nouveau un chef, et envoya dans le Nord , au sein du pays d'où ses ancêtres avaient émigré , chercher un descendant de leur ancienne famille royale. Mais pendant ce temps uoe autre faction, celle sans doute qui avait adopté le christianisme, prétendit recevoir un prince de la main de Justinien, et envoya à ce sujet une ambassade à Constanlinople. L'empereur, flatté de cette marque de confiance , se rendit au désir des députés , et choisit pour régner un noble Hérule du nom de Suartas, qui pendant longtemps avait vécu à sa cour et qui parvint à réunir tout le peuple sous son sceptre. Tout resta tranquille jusqu'à l'époque où les ambassadeurs qui avaient été envoyés dans le Nord , revinrent , emmenant avec eux un prince du nom de Todès que suivaient son frère Àort et deux cents jeunes guerriers d'élite. Suartas marcha à sa rencontre pour le combattre ; mais abandonné des siens, qui désertèrent en masse du côté de son adversaire, il se vit forcé de rebrousser chemin et de se réfugier à Constantinople, Comme Justinien menaçait les Hérules de leur imposer de nouveau ce souverain, Todès, qui prévoyait ne pouvoir résister à sa puissance, prit le parti de quitter le pays, et réunissant à sa cause la majeure partie de la nation, il se réfugia de nouveau avec elle auprès des Gépides, parmi lesquels elle finit par se confondre.
Les Gépides étaient alors eux-mêmes en mauvaise intelligence avec l'empire à cause du refus de Justinien de leur accorder les subsides annuels qu'ils avaient reçus
depuis le régne de Marcieu , mais que l'empereur leur avait retranchés pour avoir à plusieurs reprises donné passage sur leurs terres aux Huns et aux Slaves qui étaient venus piller la rive droite du Danube. Justinien employa contre eux les Lombards qui , venus sous leur roi Tato , prendre possession de la contrée d'où Odoachar avait chassé les Rugiens , en émigrèrent sous Audoin !, et furent reçus dans la Pannonie par Justinien qui venait d enlever cette province aux Oslrogoths, et qui la donna aux Lombards, afin qu'ils la protégeassent contre les incursions des Gépides , des Hérules et des autres populations guerrières du Danube 2. Justinien eut en effet en lui un allié fidèle , et il lui donna pour épouse Rodelinde , princesse de Thuringe 3, que Bélisaire avait menée avec Viligès à la cour de Constant! nople.
L'empereur envoya aux Lombards un secours de dix mille hommes de cavalerie, pour s'emparer de Sirmium, que les Gépides possédaient depuis de longues années. Parmi ces troupes se trouvaient quinze cents Hérules auxiliaires, sous les ordres de Philémulh. Les impériaux tombèrent , pendant leur marche , sur les autres Hérules , qui s'étaient mis sous la protection des Gépides , et leur livrèrent un combat sanglant, qui coûta la vie à leur général Aort, frère du roi Todés (548). Mais celte cam? pagne n'eut pas d'autres résultats, et bientôt les Gépides et les- Lombards conclurent ensemble une. suspension
1. Tato fat tué par son neveu Waccho ou Wacès qui usurpa le trône au préjudice du fils de Tato qui se réfugia chez les Variqiens. Le fils de ce dernier, Ildigisal, tenta en vain de se remettre en possession de la couronne. A Waccho succéda son fils Voltaris , jeune enfant dont Audoin fut nommé tuteur, et qui mourut peu de temps après. Audoin, sprès la mort de ce jeune prince, s'empara du pouvoir.
S. C'est du moins la raison que Procope en donne.
ô. Troisième fille dilermauufricd.
d'armes pour quatre ans. Cependant les premiers, qui ne doutaient point .qu'à la reprise des hostilités l'empire ne soutînt de nouveau les Lombards, entamèrent des relations avec les Huns, afin d en avoir du secours.
Les Huns qui , après l'écroulement de la monarchie d'Attila, s'étaient établis sur la mer Noire et sur le Tanaïs, étaient partagés en deux grandes tribus, connues sous les noms de Cuthurguces, c'est-à-dire, d'habitants de ce côté du fleuve , et d'Uthurgures, qui habitaient la contrée qui s'étend au-delà. L'empire ne possédait plus que çà et là quelques postes sur les rives de l'Euxin et dans la Chersonnèse taurique. Parmi les Uthurgures étaient restés sédentaires quelques Goths connus sous le nom de Goths télraxites*, qui , en 547, envoyèrent des ambassadeurs à Juslinien, afin de recevoir de lui un cvôque , en remplacement de celui que la mort venait de leur enlever. Les Huns-Cuthurgures, qui avaient jusqu'alors été alliés de l'empire et avaient même fourni un contingent de troupes contre les Vandales en Afrique, envoyèrent maintenant aux Gépides un secours de douze mille cavaliers. .Comme l'armistice avec les Lombards n'était point encore écoulé , les Gépides excitèrent ces Huns à faire des courses sur les terres de l'empire. Juslinien , pour faire diversion , se vit forcé d'acheter le secours des Uthurgures, qui, sous la conduite de Sandil, à qui son audace donna de la renommée , et soutenus par deux mille Goths tétraxites, traversèrent le Don et entrèrent à leur tour sur le territoire des Cuthurgures. La nouvelle qui en parvint à ceux qui avaient traversé le Danube , les contraignit de suspendre leurs déprédations , et de repasser le fleuve pour défendre leurs foyers. Mais les Uthurgures leur firent essuyer une défaite sanglante, à la suite de laquelle deux mille hommes, avec femmes et
enfants, vinrent implorer la clémence de l'empereur, qui, dans l'espoir d en tirer plus tard quelques services, leur assigna des demeures dans la Thrace.
Justinien renouvela avec les Gépides l'ancienne alliance qui les avait unis à l'empire, afin qu'ils s'opposassent désormais aux irruptions des Huns et des Slaves : car telle était la politique de l'Orient, de toujours avoir recours à un peuple barbare pour en arrêter un autre.
Mais ce nouveau traité fut nul dans ses résultats. Il ne put empêcher invasion dont nous avons parlé plus haut, 550. et à laquelle prit surtout part la tribu slave, connue sous le nom d'Esclavons , à qui se réunirent les Antes , nation qui avait avec elle une commune origine, la même langue, les mêmes mœurs et le même culte. Ces peuples adoraient principalement, dit l'historien Procope, le Dieu de la foudre, qu'ils regardaient comme le souverain du monde, et subordonnées à lui , les différentes divinités secondaires , qui présidaient aux fleuves et aux montagnes. Ils n'avaient pour les gouverner ni roi , ni prince , mais vivaient tous en république dans une parfaite égalité. Combattant presque toujours à pied, à moitié nus et mal armés, ils étaient terribles envers* leurs ennemis, sur lesquels , quand ils les avaient en leur pouvoir, ils exerçaient les plus atroces cruautés. Déjà ils avaient ravagé la Thrace en 530, et avaient , trois ans après , tué dans une de leurs incursions Chilbudic, maître de la milice de cette province. Ils recommencèrent leurs attaques en 545, époque où Narsès marchait avec son corps d'armée au secours de Bélisaire en Italie. Ce général les battit, et leur reprit tous les prisonniers qu'ils avaierft faits. Les Antes se soumirent t et reçurent de Justinien des terres au bord du Danube , avec la mission d'en défendre le passage contre les Huns. Mais en 547 les Escla-
vons reparurent de nouveau, el s'avancèrent jusqu'à Durazzo. Trois mille hommes passèrent l'Hébrun deux ans après , et sans pouvoir être arrêtés , s emparèrent de Topère, sur les côtes de la mer de Thrace, et retournèrent dans leur pays chargés de butin. EnGn, en 550, au moment où l'empereur se préparait à continuer avec vigueur la guerre d'Italie contre lesGoths, excités par ces derniers, ils revinrent à la charge, avec l'audacieuse intention de marcher sur Thessalonique qui , depuis la perte de Sirmium, était regardée comme la capitale de touteJ'IHyrie.
Justinien , pour être libre du côté de la Perse , acheta du roi Cosroës, au prix de deux mille livres d'or, on nouvel armistice de cinq ans , nomma Artabane au gouvernement de la Sicile, en remplacement de Libérius, et ordonna le rassemblement d'une nouvelle armée dans In Thrace. Il en donna le commandement à son neveu Germanus , prince doué de brillantes qualités , qui , arrivé à Sopbia , apprit que déjà les Esclavons s'étaient avancés jusqu'à Naissus. Tous les peuples du Danube lui envoyèrent leur contingent , parmi lesquels se distinguaient surtout mille cavaliers d'Audoin , tout cuirassés de fer.
Le nouveau général fit aussitôt mettre en état de défense toutes les places fortes de la Thrace.
Les Esclavons ne tentèrent point de le repousser, mais changeant de direction , au lieu de marcher sur Thessalonique , traversèrent , pour se jeter sur la Dalmatie, les monts presque impraticables qui coupent l'Ulyrie.
Germanus mourut au milieu de ces préparatifs.
Un autre essaim de Barbares traversa alors de nouveau le Danube, et, se partageant en trois corps, se répandit dans- toute l'Ulyrie et la Thrace. L'eunuque Scholastique envoyé contre eux fut vaincu près d'Andrinople. Le général Constantien, grand -écuyer de l'empereur, perdit en
les combattant l'étendard impérial. LesEsclavons pillèrent toute la Biziacie jusqu'aux rives du Bosphore, et s'avancèrent jusqua la muraille qu'Anastase avait fait élever pour proléger les abords de Gonstantinople. L'armée impériale vint les y attaquer, et vengea ses premières défaites en leur reprenant son étendard et les prisonniers qu'ils avaient faits.
Justinien donna à l'eunuque Narsès le commandement de l'armée d'Italie, que la mort de Germanus avait laissé vacant. 11 chercha à renouer des relations avec la cour d'Austrasie, et envoya le sénateur Léonce à Théodebald, 551 successeur de Théodebert, aûn de porter ce prince à abandonner les villes d'Italie, dont son père s'était emparé, et à faire cause commune avec l'empire contre les Goths. Théodebald lui refusa l'un et l'autre, mais cependant lui envoya à son tour comme ambassadeur un noble Franc du nom de Leuthard, par lequel le clergé romain fit faire d'humbles représentations à l'empereur en favenr du pape Vigile et de Dace, évêque de Milan, qui l'un et l'autre étaient retenus à Gonstantinople à cause des disputes qui avaient divisé l'Église à l'occasion des trois capitules ou passages des actes du concile de Calcédoine, sur la radiation desquels la cour et le pontife n'avaient pu s'accorder.
Totilàs fit, de son côté, les plus grands préparatifs, et épuipa une flotte de trois cents voiles, qui alla piller Corfou et les Iles adjacentes , s'empara de différentes villes du littoral de i'Épire, saccagea Nicopole et captura * plusieurs bâtiments de la marine impériale , chargés de vivres pour Tannée d'Italie.
Ancône, serrée de près par terre et par mer, était prête à se rendre.
Valérien , qni alors était à Bavenne , résolut de sauver cette ville, et excita Johanni, qui se trouvait à Sa-
lone, de se joindre à lui ; Us réunirent leurs deux escadres à Scardona , d'où , par une brise favorable , ils se rendirent à Sénogallie, et parurent à toutes voiles devant Ancône1. La division de Valérien ne comptait que douze vaisseaux; mais celle de Johanni était forte de trentehuit, ce qui faisait un total de cinquante vaisseaux , tons supérieurement équipés et montés par des matelote expérimentés. Dès que les deux amiraux goths Giblas et Gundulphe les aperçurent, ils s'avancèrent à leur rencontre avec une flotte composée de quarante-sept vaisseaux. Le combat, qui s'engagea par une nuée de flèches , que du haut des ponts les deux partis se décochèrent, finit au désavantage des derniers. La plupart de leurs embarcations furent submergées. Gundulphe, qui, avec onze vaisseaux , parvint à regagner la rive , les incendia . de peur qu'ils ne tombassent au pouvoir de l'ennemi. Les fuyards portèrent une telle terreur aux troupes qui étaient dans Ancône , que , sans lever leur camp , elles l'abandonnèrent pour se sauver à Osimo.
Dans le même temps que cette victoire se remportait en vue des côtes d'Italie , Artabane , arrivé en Sicile, soumettait les faibles garnisons que Totilas y avait laissées.
Cependant la flotte des Goths s'empara, peu de temps après, de la Corse et de la Sardaigne. Johanni qui avait pris le commandement des milices d'Afrique, tenta en vain de réduire de nouveau cette dernière Ile. Les troupes qu'il y envoya , furent repoussées avec une telle vigueur par la garnison de Cagliari , qu'elles se virent forcées de se rembarquer et de retourner à Carthage.
1 . En on lieu qu'on appelait Dysis. — Voyei Procope , L. III , p. 199 de l'édit. do Bâté, 153t.
L'hiver suspendit toute autre opération maritime. A la reprise des hostilités, une escadre impériale parvint à faire lever aux Goths le siège de Cotrone.
Le terme de l'armistice entre les Gépides et les Lombards étant arrivé, Justinien envoya des secours aux derniers. Les Gépides s'en plaignirent , mais reçurent pour réponse qu'ils avaient les premiers rompu le traité qui les liait à l'empire, en permettant aux Esclavons le passage du Danube. Parmi les généraux auxquels l'empereur avait confié le commandement de ses troupes, se trouvait le prince hérule Suartas, qui s'était mis depuis au service de 1 empire, et Amalafried, prince de Thuringe, dont la sœur avait épousé le roi des Lombards. Ces troupes furent arrêtées en route dans Ulpiana, ville qui, dans la Mœsie supérieure, devait son origine à Trajan , et où une révolte venait d'éclater. Le seul Amalafried joignit son beaufrère et l'aida à remporter une victoire sur Thorisend, roi des Gépides. •
Ildigisal, petit-fils de Tato, qui, après avoir en vain tenté la fortune chez les Yariniens, était venu à Constantinople se mettre au service de l'empire , quitta secrètement la ville dans ces circonstances, et, guidé par un Goth du nom de Goar, dont l'audace lui était connue, il se rendit avec lui auprès de Thorisend. Ce prince le reçut avec bonté, et ayant, peu de temps après, fait de nouveau la paix avec Justinien et le roi des Lombards , il refusa également à l'un et l'autre de le leur livrer.
Les Lombards, par le nouveau traité qui fut conclu , fournirent à l'armée de Narsès un contingent de cinq mille deux cents hommes de troupes. Quatre cents Gépides, tous jeunes gens de choix, marchèrent sous la conduite d'Asbad. Deux corps séparés d'Hérules , l'un sous les ordres du brave Arutb, l'autre de trois mille hommes
pour pouvoir garder toute l'enceinte de la ville, elle pût du moins se soutenir dans ce fort. Au lieu d'y rester renfermés, les Goths, à l'approche de Narsès, tentèrent de conserver toute la cité. Les impériaux feignirent d'un côté de la place une attaque qui attira sur ce point toute la garnison. Pendant ce temps, Dagislhée, à la tête d'hommes résolus , planta les échelles d'un autre côté de la ville et escalada les murailles sans trouver de résistance. Rome, prise pour la sixième fois dans cette guerre, éprouva tous les malheurs d'une ville enlevée d'assaut. Les Goths, en se retirant, massacrèrent tout ce qui tomba sous leur fer, exemple, qu'en avançant, suivirent les troupes impériales. Aussitôt que les patriciens que Totilas avait répandus dans la Campa nie, apprirent que Narsès était maître de Rome , plusieurs s'empressèrent d'y retourner. Les autres furent impitoyablement tués par les Goths cantonnés dans le pays. Trois cents jeunes gens des principales familles que Totilas avait envoyés comme ôtages dans les diverses villes au delà du Pô , furent mis à mort par ordre de Téjas.
Totilas avait déposé à Cume le trésor du royaume et les bijoux de la couronne. Narsès envoya quelques troupes faire le siège de cette ville. Mais par une marche qui trompa toutes les prévisions du général , Téjas fut presque aussitôt qu'elles sous les murs de cette place. Narsès quitta donc Rome pour se mettre à sa poursuite et vint planter son camp au pied du Vésuve , en vue de l'armée ennemie. Les deux partis s'observèrent quelques jours» séparés seulement par le Droco , petit torrent qui prend sa source dans le Vésuve et va se jeter dans le Sarno. Mais le général qui commandait la flotte des Goths , traître à sa nation , ayant passé aux impériaux , le manque de vivres força Téjas de se retirer dans les
montagnes. Il en descendit pour surprendre Narsès dont l'armée eut à peine le temps de se ranger en bataille. Téjas, tenant le bouclier d'une main et de l'autre le glaive, conduisit lui-môme ses bataillons et combattit à leur tète, faisant tout reculer devant lui et attirant contre
sa personne les plus braves des ennemis dont chacun voulait avoir la gloire de le renverser. Douze flèches étaient restées fixées dans son bouclier. Au moment où il le donnait à son écuyer pour en prendre un autre , il rot atteint dans la poitrine d'un javelot qui* le fit tomber mort sur le sol.
Son corps tomba au pouvoir des impériaux qui lui coupèrent la tête et la fichèrent sur une perche en vue des deux armées. Les Goths n'en continuèrent pas moins à combattre jusqua la nuit , combat désespéré qu'ils renouvelèrent dès que le jour pointa. Mais voyant que tous leurs efforts pour se donner la victoire étaient inutiles, et affaiblis de plus en plus, ils envoyèrent un parlementaire à Narsès, afin de lui proposer une capitulation. Il lui représentèrent que, plutôt que de se rendre prisonniers, ils mourraient jusqu'au dernier d'entre eux; mais que s'il leur permettait de se retirer avec tout ce qu'ils possédaient , ils s'engageaient à quitter l'Italie et à ne plus jamais prendre les armes contre l'empire. Johanni porta Narsès à accepter ces conditions.
Cependant, plusieurs officiers avec un millier d'hommes parvinrent à quitter le camp pendant ces. négociations et à se frayer un chemin jusqu'à Pavie. Ils ranimèrent le courage de leurs compatriotes répandus dans les provinces du Pô, et cherchèrent du secours auprès de Théodebald , roi d'Austrasie. Ils ne réussirent point de ce côté, mais trouvèrent le moyen d entamer des relations avec le duc des Allemanes , Bucelin , qui commandait
I armée de ce prince et dont ils éveillèrent l'ambition ; ce général conçut la pensée de se créer avec eux un royaume sur les débris de celui des Oslrogoths.
Bucelin~et son frère Leuthaire, à la téte de plus de soixante-dix-mtlle Allemanes et Francs, reprirent donc la campagne et s'avancèrent au delà du Pô jusqu'à Parme dont ils se rendirent maîtres.
Narsès, dans ces circonstances, abandonna le siège de Cume et partit aussitôt pour régler les affaires de la Toscane. Il envoya au-devant des Francs dans l'Émilie les généraux Johanni, Valérien et Artabane. Parmi les troupes qui composaient leur corps d'armée se trouvaient trois mille hommes de cavalerie hérule, commandés par Fuicaris. Ce noble chef, arrivé devant Parmé, voulut de suite s'élancer dans la ville. Mais Bucelin avait posté dans un amphithéâtre près de la place quelques troupes de choix qui, chargeant à l'improviste cette cavalerie, la mirent en déroute et tuèrent Fulcaris.
Ce succès dont la nouvelle se répandit dans l'Émilie, la Ligurie et les provinces adjacentes , ranima l'enthousiasme des Goths qui s'y trouvaient encore et qui, oubliant les conditions du traité conclu sous les murs de Cume, Se réunirent aux Francs. Johanni et Artabane, ne se fiant point en leurs forces , se retirèrent jusqu'à Faenza.
Narsès était devant Lucques , se préparant à assiéger cette ville, lorsqu'il apprit ces événements. Florence, Volterra , Pise s'étaient déclarées pour les impériaux. Lucques, après trois mois de blocus, se vil contrainte de capituler. Narsès fît alors prendre à ses troupes leurs quartiers d'hiver et se rendit à Ravenne, et de là à Classes, petite ville des environs , où Aligerne , frère de Téjas , à qui ce prince avait con6é le commandement de Cume, vint lui apporter les clefs de celte ville. Ce com-
mandant qui regardait la cause de sa nation comme perdue et qui n'avait nulle confiance dans les Francs , annonça lui-même du haut des murs de Césène à Tune de leurs colonnes qui contournait cette place et qui se dirigeait vers Cume, que la forteresse s'était rendue.
Par une conduite incompréhensible , les impériaux 553. laissèrent traverser à l'armée ennemie la péninsule dans toute sa longueur, sans s'opposer à sa marche. Narsès qui alla visiter Rimini se contenta de faire contre une division de trois mille hommes qui en pillait les environs, une sortie où il fut accompagné de Théodebald , prince des vWiniens.
Les alliés arrivés dans le Samnium se partagèrent en deux colonnes. L'une , sous la conduite de Bucelin , traversa la Campanie et suivit le littoral de la Méditerranée jusqu'au détroit de Sicile ; l'autre, sous les ordres de Leuthaire, prit la route opposée sur les bords de l'Adriatique jusqu'à Otrente. Partout l'incendie, le meurtre et le pillage suivirent la marche de ces deux corps d'armée, surtout du* côté des Allemanes qui, encore païens, n'épargnèrent pas même les églises.
Leuthaire , chargé de richesses , ne chercha point à conserver ses conquêtes, mais à mettre en sûreté son butin.
Il revint sur ses pas et députa vers son frère, afin de l'engager à imiter son exemple. Mais Bucelin , qui avait promis aux Goths de livrer une bataille aux impériaux , à condition qu'ils l'élèveraient pour récompense sur le bouclier, s'arrêta dans la Campanie pour faire le siège de Naples. te manque de vivres, les chaleurs- et I abus que les soldats firent des riches vignobles de ces environs, engendrèrent dans son armée, forte encore de trente mille hommes, des maladies dysentériques qui l o-
bligèrent de porter son camp près de Capoue sur les rives du Volterno.
Narsés vint de Rome à sa rencontre à la tète de dixhuit mille combattants. Quoique inférieurs en nombre» les impériaux restèrent victorieux». et dissipèrent l'armée ennemie. Les perles de l'un et de l'autre coté furent immenses, s'il faut en croire l'historien Agathias, mais surtout du coté des Germains, dont le prince ne survécut point à sa défaite , et tomba sur le champ de bataille. Narsés rentra dans Rome comme en triomphe, et y reçut la nouvelle de la mort de Leuthaire qui, lui aussi, après un combat partiel contre Artabane, et la défaite de trois mille des siens prés de Pésaro par le général Huldac qui commandait les Huns auxiliaires, était parvenu à Cénéde dans la Vénétie, et y avait succombé aux maladies épidémiques qui s'étaient déclarées dans son corps d'armée et l'avaient décimé.
Sept mille Goths, qui avaient tenu le parti de Bucelio, se renfermèrent dans Conza, ville située au bord de l'Ofanto ; ils eurent à y soutenir un siAge pendant tout l'hiver.
Voyant enfin qu'aucun secours ne leur venait d'au delà des Alpes , comme ils l'avaient espéré , leur chef Regnaris, lui-même Goth de nation, suivant Procope , et Huns , suivant Agathias , se rendit auprès de Narsés , afin de traiter avec lui de la reddition de la place. N'ayant pu s'entendre l'un et l'autre sur les conditions , le Barbare s'emporta jusqu'à décocher, en partant, nue flèche sur le général. 11 le manqua/ Mais les archers qui entouraient Narsés , bandant leurs arcs , lui ripostèrent par tant de coups, qu'il mourut deux jours après. Les Gotbs, privés de chefs, se rendirent alors aux impériaux, à condition qu'on leur laisserait la vie. Narsés la leur
accorda , et pour n'en avoir plus rien à c rai mire , il les fit tous transporter à Constantinople.
La prise de Cooza termina la guerre des Gotbs, qui , avec des chances si diverses , avait duré dix-nedf ans. Toute l'Italie fut de nouveau soumise à l'Orient , uon cependant comme partie intégrante de rempire, mais comme un gouvernement séparé , dont Justin le jeune, successeur de Justinien, régla l'administration en 567, et qui eut pour gouverneurs des exarques, ou envoyés de la cour de Constantinople, dont la résidence fut Ravenne. Le peu de Gotbs restés dans la province se confondit parmi les habitants. En vain, eû 556, le comte Vidin , soutenu par le général franc Haming , tenta de rassembler quelques débris de sa nation. Haming fut tué en combattant, et Vidin , fait prisonnier, fut envoyé à Constantinople. Quelques Gotbs aussi se réfugièrent dans les Alpes de la Rhétie et du Norique, mais sans conserver ni leur nom , ni leur nationalité1. Tout ce que les Francs avaient conquis dans la Vénétie et la Ligurie Gnit aussi par être perdu sous les successeurs de Tbéodebald , mort en 554. Depuis l'entrée des Gotbs en Italie , sous Théodorich, en 489, jusqu'à leur dernier effort, sous Vidin, en 556, soixante-sept ans s'étaient écoulés.
1. Selon la chronique de Franke , les habitants du canton' d'Uri «lescendraient de ces Goths.