‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 92 sur 123 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Les Lombards en Italie. — Guerres civile* des Franc* noim les sueeesseiirs de Clotaire. — — Guerre des Suèves et des Wisigoths.

Théodebald n'ayant point laissé d'enfants de son épouse Walrada, princesse lombarde, fille du roi Wacès, la loi des Francs, comme le remarque 1 historien Agathias , appelait à la couronne ses deux grands-oncles, Childebert et Clotaice*. Mais Childebert était maladif; et n'ayant point d enfants qui , d'après la loi salique , pussent lui succéder (car il n'avait que des filles), il laissa Clo taire se mettre seul eu possession de tout le royaume d'Austrasie.

Clotaire, qui, tout vieux qu'il était, n'avait point encore abjuré toute passion , voulut épouser la veuve de Théodebald. Cependant les représentations des évéques parvinrent à lui faire abandonner ce projet , et il donna la main de cette princesse à Garibald, duc des Bavarois.

Ce peuple était lui-même tributaire des rois d'Austrasie. On veut que déjà ce tribut leur ait été imposé par Clovis après sa victoire sur les Allemanes. 11 est plus probable qu'il le fut par Thierry qui, après la conquête de la Thuringe, força les Bavarois à reconnaître sa suzeraineté. La première preuve que nous ayons de leur soumission aux Francs , est consignée dans l'introduction de la loi bavaroise, rédigée sous le régne de Thierry, ainsi que celle des Francs et des Allemanes1.

1 . Tlieodericm . rex Francomm , cum esset Catalaunis, cteyit viroM sapientes qui in reyno suo leyibm antiquis eruditi étant. Ipso autem dictant* jussit a>nsrribnr (eyem f'rnhrontm et Alamanorum et Jtaiuvariorum, uni-

Clotaire passa dans la Germanie avec Chilperich , le 550. plus jeune de ses fils, afin de s'opposer à la révolte des tribus saxonnes , voisines de la Thuringe , qui , dans leur, soulèvement, entraînèrent aussi les Thuringiens. Les Saxons , qui avaient un moment espéré pouvoir se délivrer du tribut que Thierry leur avait imposé, furent vaincus sur les bords du Weser, et contraints de rentrer dans le devoir, ainsi que les Thuringiens , dont il dévasta le pays. Cependant , s'étant refaits de leurs pertes, les Saxons reprirent les armes l'année suivante, et s'avan- 557. cèrent sur les terres des Francs jusqu'aux bords du Rhin. Partout le pillage suivit leur marche. Deutz fut menacé. Cependant Clotaire s'étant avancé contre eux avec une forte armée, et les ayant serré de près , ils eurent recours à sa miséricorde , et lui envoyèrent des députés pour demander la paix. Mais pendant ces négociations, les soldats francs attaquèrent les avant-postes ennemis , et bientôt une bataille générale se donna, sans que le roi pût retenir l'élan de ses troupes. Des deux côtés , les perles furent immenses. Toutefois les Saxons , qui , dispersés , combattirent en furieux, eurent l'avantage de cette journée ; cet échec força Clotaire de leur accorder la paix aux conditions qu'il leur avait d'abord refusées. Par le traité qui fut conclu, ils s'engagèrent à payer annuellement aux Francs un tribut de cinq cents vaches1, tribut dont ils ne furent plus tard exemptés que sous le règne de D a gober t. Ces deux campagnes de Clotaire mirent aussi ce prince * en rapport de guerre avec les Danois , les Estoniens , les Souabes et les Frisons2, soit que ces peuples aient pris

cuique genti, qua in ejus potestate erat secutulum consuetudinem suam. — Proœm. , legis Boioariorum.

t. Chronique de Frédégaire, C. 7-4.

2. C'est du moins ce que nous apprennent quelques vers de For-

une part active dans ces querelles, soit que d'autres circonstances aient porté Clotaire à les combattre.

Childebert étant mort en 558, Clotaire ajouta à ses États le royaume de Paris , et réunit ainsi dans sa personne toute la monarchie franque.

Mais lui-même étant mort trois ans après, celte même monarchie fut de nouveau partagée entre ses quatre fils Charibert, Gontram, Chilperich et Sigebert, lequel dernier reçut l'Austrasie et les pays d'outre-Rhin.

Charibert mourut en 566, sans autres enfants que des filles, parmi lesquelles se distingua surtout Berthe, qui épousa Ethelbert , roi de Kent , et qui protégea l'introduction du christianisme parmi les Anglo-Saxons. Les frères de Charibert partagèrent sa succession, conformément à la loi des Saliens. Comme ils voulaient tous avoir la ville de Paris, ils convinrent de la posséder ensemble par indivis, sous la condition qu'aucun des trois n'y entrerait sans le consentement des deux autres.

Vers ce même temps mourut aussi Audoin , roi des Lombards, auquel succéda son fils Alboin, prince qui fait surtout époque dans l'histoire de sa nation.

.Alboin qui, dans la guerre des Lombards et des Gépides avait tué de sa propre main Thorismond, le fils ainé de Thorisend , avait passé plus tard quelques années de sa jeunesse à la cour de ce prince, sans avoir pu toutefois se concilier l'amitié de Cunimond , l'héritier de la couronne, qui, après la mort de son père, devenu roi des Gépides , jura de venger sur Alboin la mort de son frère et la défaite de sa nation.

Alboin, menacé dans ses États, fit alliance avec les

tunat, poète contemporain de Chilperich. Vo\. VenanUus Forlunat, L. IX. V !.

Abares, peuple nouveau dans l'histoire, qui, originaire d'Asie , mais tenant à la race des Huns , s'était vu forcé de fuir de l'Altaï devant les Turcs, et avait préféré quitter ses foyers plutôt que de se soumettre à leur joug. Reçus par Justinien, auquel ils avaient envoyé des ambassadeurs lui faire l'offre de servir l'empire contre ses ennemis , ces Abares avaient battu les Uthurgures et les Antes, et s'étaient répandus dans l'ancienne Scythie mineure , autour du Pont-Euxin. Parmi leurs diverses tribus se distinguaient surtout les Ongres , dont Ménandre fait mention1.

Après la mort de Justinien , ils envoyèrent des députés à Justin , son successeur, et firent sonner si haut leurs services, prirent un ton si élevé, et furent si exigeants dans leurs demandes , que non-seulement l'empereur les éconduisil, mais que, pour leur prouver le peu de crainte que leurs menaces lui inspiraient, il leur refusa encore les subsides que son prédécesseur leur avait fournis. Ils s'unirent aux Lombards, et les aidèrent à remporter sur les Gépides une victoire tellement décisive, que la nationalité de ce peuple fut anéantie. Cunimond resta sur le champ de bataille , et, selon la coutume des peuples du Nord, que les Lombards n'avaient point encore abjurées , le roi vainqueur fit faire du crâne de son ennemi une coupe qui devait lui servir dans les festins. Parmi les prisonniers se trouvait* la fille de Cunimond , la belle Rosamunde, que plus tard, après la mort de sa première femme , Clodosuintha, fille de Clotaire, Alboin épousa

1. Quelques auteurs ont prétendu tirer d'eux l'étymologie du mot Hongrois, Nous verrons plus tard , dans l'histoire de l'empire germanique, que ce mot vient d'une autre source et se rapporte aux Magyares, peuple qui au neuvième siècle prit possession de l'ancienne Pannonie, cl que, de temps immémorial déjà , les population» slaves •^signaient sous le nom de Vgret.

pour son malheur. Les Gépides fureol éparpillés. Les uns se mêlèrent aux Abares , qui se répandirent dans la Dacie, dont ils se rendirent maîtres, les autres se confondirent parmi les Lombards , et un grand nombre se réfugia sur les terres de l'empire , ou il se dissémina.

Les Abares, maîtres de la Dacie, poursuivirent leurs aventureuses expéditions, et prétendirent, en 567, se frayer par la Thuringe le chemin de la Gaule. Sigebert s avança au-devant deux avec une armée nombreuse, et leur livra sur les rives de l'Elbe, une bataille dont les résultats furent si avantageux pour les Francs, que le khan des Abares se vit contraint de demander la paix.

Mais en 571 , pendant que les Lombards, qui quittèrent en masse leurs foyers pour se ruer sur l'Italie , s'établissaient dans cette province et s'emparaient des plaines du Pô, auxquelles ils donnèrent leur nom , les Abares , qui à leur tour se répandirent dans la Pannonie , que la migration des Lombards laissa déserte, flrent une nouvelle irruption dans la Thuringe; plus heureux que la première fois, ils battirent le roi d'Austrasie, et le serrèrent de si près, que , réduit à la nécessité de mourir de faim , faute de vivres, ou de tomber au pouvoir des ennemis , il envoya au khan des ambassadeurs et des présents , afin d'en acheter la paix.

L expédition des Lombards en Italie forme une nouvelle époque dans l'histoire.

Les historiens latins disent qu'Alboin fut appelé dans cette province par Narsès, mécontent de ce que l'impératrice Sophie, femme de Justin , lui avait mandé qu'il eût à revenir faire ses fonctions d'eunuque au palais1. Les historiens grecs ne disent rien de ce fait ; et il eçt constant

1. Paulus, L. U, c. 5. — Frédégaire, cp. 65. — An asiate, in Jxh hanne, Ilï. — Chronique de Mellitus, ann 614. — Isidore, etc.

que Narsés vécut encore quelques années après à Constantinople , où il étail en grande considération. Il est plus probable que le beau climat d'Italie, que les Lombard» avaient appris à connaître en suivant, comme auxiliaires, Narsés dans sa première campagne , porta ce peuple à vouloir s'y établir , et que , mettant à profit leur enthousiasme guerrier, Alboin en tenta la conquête. Il ne céda la Pannonie aux Abares que sous la condition qu'ils lui rendraient cette province , s'il ne réussissait point a* se maintenir dans la péninsule. Indépendamment des auxiliaires qu'ils lui fournirent,- il s'adjoignit encore vingt mille Saxons que , par ses ambassadeurs , il obtint de Sigebert, L'Italie, que le rappel de Narsés avait laissée aux mains de Longin , homme aussi incapable dans l'administration que dans la guerre , mais que l'intrigue et la faveur avait placé si haut, fut plutôt abandonnée par les impériaux que conquise par l'ennemi. Longin resta renfermé dans Ravenne, et se contenta d'envoyer des garnisons dans quelques places. Ce fut donc une guerre de sièges, qui commença par celui du forum Julii, dont Alboin s'empara, et qu'il érigea en ducjié en faveur de son grand-écuyer. Pour en assurer la conquête, il partagea entre une partie de ses Lombards le territoire de cette province. Arrivé sur la Piave , il reçut Félix , évêque de Trévise, qui vint au-devant de lui, et , afin de se rendre les esprits favorables , il accorda à ce prélat tout c£ qu'il lui demanda. Cependant la crainte saisit les catholiques. L'arianisme, dont le prince faisait profession , et le paganisme , que beaucoup de ses sujets n'avaient point encore abjuré , donnèrent heu à des froissements qui portèrent Paulin , patriarche d'Aquilée , à se réfugier avec. les richesses et les archives de son diocèse à Grado , ville forte située sur les bords de l'Adriatique.

La cause des évéques de l'islrie et de la Véoétie, lous contraires aux décrets du cinquième concile général , et -qui, pour ne point avoir voulu adopter les trots capitules. avaient été persécutés par le pape Pélage , au point que le pontife avait supplié Narsès.de faire arrêter Paulin et de renvoyer à Constantinoplc, fut d'un autre côté servie par ces changements politiques, qui forcèrent la cour impériale et pontificale à user de plus de modération à letfr égard. Alboin devint maître successivement de Trévise, de Vicence, de Vérone, de Brescia, deBergame, et de toutes les autres villes de* la Vénétie , à l'exception de Padôue, de Montfélice et de Mantoue. Milan, prise en 570, fut livrée au pillage. Toute la Ligurie fut conquise, à l'exception de Pavie, qui ne se rendit qu'après un siège mémorable, qui traîna en longueur pendant près de trois ans. Pour empêcher les impériaux de porter du secours à cette ville, une autre division traversa le Pô, se répandit dans rOmbrie, où elle s'empara de Spolette, et s'avança dans l'Hirpinie jusqu'à Bénévent.

L'Orient put d'autant moins venir au secours de la péninsule, que les Perses, en 571, déclarèrent la guerre à l'empire, et que toute l'IUyrie était en proie aux déprédations des Abares et des Esclavons.

Alboin usa d'une politique toute opposée à celle qu'avaient suivie les Goths.

Au lieu de disséminer ses forces, comme ils lavaient fait, il les concentra sur les rives du Pô, et porta sa résidence a Vérone , et plus tard à Pavie , quand cette ville fut tombée en son pouvoir. Au lieu de se contenter, comme eux, du tiers des terres conquises , il s'attribua la propriété de tout le territoire , et en fit la distribution aux Lombards, sous la suzeraineté desquels les habitants italiens lurent obligés de se soumettre, il plaça des ducs

dans les principales villes conquises , chargés de gouverner souverainement l'enclave de la cité, et qui donnèrent naissance à ces duchés nombreux , dont les plus célèbres furent, avec celui de Frioulj, ceux de Spolette et de Bénévent. Les Italiens, à qui le joug si peu onéreux que les Goths leur avaient imposé avait encore paru trop lourd , furent obligés de plier sous le joug de fer auquel Alboin les soumit. Cependant ce prince ne jouit pas longtemps de sa conquête.

Après la mort de Clodosuintha, il épousa Rosamunde, sa prisonnière , femme hautaine et vindicative , qui vengea sur lui la mort de son père et la défaite de sa nation. On dit que dans un repas , ivre de vin , Alboin voulut forcer sa nouvelle épouse à boire dans le crâne de Cunimohd. Cette barbarie souleva le courroux de la reine, qui choisit pour accomplir sa vengeance l'homme en qui le roi avait le plus de confiance, et à qui elle accorda ses faveurs, afin qu'il frappât la poitrine du cruel. Hellmich était l'écuyer du prince et l'approchait à chaque instant. Elle enflamma à la fois son amour et son ambition , en lui promettant de l'épouser et de mettre la couronne sur sa tête, s'il voulait tuer son souverain. Pour mieux assurer ses projets , elle se fit un parti parmi les Gépides auxiliaires, gagna à sa cause un grand nombre de Lombards, et rechercha l'amitié de l'exarque de Ravenne, sur la protection duquel elle se crut en droit de compter.

Hellmich s'introduisit dans la chambre où couchait 572. Alboin , et le perça de coups.

Cependant ce meurtre, loin de profiter à leurs auteurs, causa leur ruine. Les Lombards prirent les armes pour venger la mort de leur prince, et forcèrent Rosamunde et

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