Ainsi nommé du forum Juin
Hellmich à se réfugier à R aven ne auprès de Longin. L'exarque les y reçut avec honneur. Mais bientôt il s'éprit de la beauté de Rosamunde, et voulant s emparer des trésors quelle avait apportés, il persuada cette femme impudique d'empoisonner Hellmich, qui était devenu son époux. Elle lui présenta en effet un breuvage empoisonné; Mais Hellmich s'en aperçut , et l'ayant forcé de boire ce qui restait dans la coupe, ces deux adultères périrent tous deux en même temps.
73. Les Lombards élevèrent Gleph sur le bouclier. Une de leurs divisions s'avança dans la Provence, y battit et' tua le patrice Amatus, gouverneur de cette province au nom de Gontram, roi d'Orléans et de Bourgogne, et rentra en Jtalie chargée de butin.
Gontram envoya à la place d Amatus le général Mbmmole, qu'il créa patrice, et qui vint placer son camp près d'Embrun. Ce général repoussa encore les Lombards , et leur fit supporter une perte sensible.
Cependant leur défaite n'empêcha pas les Saxons , qui avaient suivi les Lombards en Italie, de tenter aussi la fortune des armes dans le sud de la Gaule. Ils traversérent les Alpes et allèrent porter le pillage dans le diocèse de Riez. Mommole les vainquit à leur tour près d'Establon , et les refoula au delà des montagnes , après leur avoir pris tout le butin qu'ils avaient fait.
Venus dans la péninsule , à la persuasion des Francs . et dans l'espoir de pouvoir s'y établir en conservant leur nationalité , mais déçus dans leur attente par le refus qu'ils en avaient reçu du peuple vainqueur , et se trouvant maintenant dans l'alternative d'être obligés de se soumettre à lui , ou de chercher de nouvelles demeures . ils préférèrent ce dernier parti , et avec un courage que leur donnait le désespoir , ils se ruèrent une seconde fois
sur la Provence, afin de la traverser les armes à la main, pour se réfugier sur les terres de Sigebert. Ils se partagèrent en deux colonnes , et repassant les montagnes , ils entrèrent à la fois par Nice et par Embrun. Tout sur leur passage se ressentit de leurs déprédations. Ils coupèrent les récoltes , détruisirent les oliviers et les vignes , tuèrent les troupeaux, et portèrent en tout lieu l'incendie. Mommole les arrêta une seconde fois sur les bords du Rhône, prêts à traverser ce fleuve pour passer sur les terres d'Austrasie. Il les serra de si près , qu'ils se virent obligés de payer le dommage qu'ils avaient fait et de livrer à cet effet tout l'or qu'ils avaient amassé en Italie.
Sigebert ne les reçut que pour les faire escorter dans leur patrie, sur les bords de l'Elbe, où , en leur absence, il avait permis à six milU Souabes de s'établir.
Ces Souabes, à leur arrivée, leur proposèrent de vivre en paix avec eux, le pays étant assez grand pour fournir aux uns et aux autres leùr subsistance. Mais les Saxons s'y opposèrent , et voulurent employer la force pour les chasser. Les Souabes prirent les armes, et quoique inférieurs en nombre , battirent les Saxons dans deux combats si décisifs, que ces derniers furent obligés de faire la paix et de leur abandonner le tiers du pays. Ils y restèrent sur les bords du Boda , dans le canton qui d'eux prit le nom de Schwàbengau 1 , et où l'histoire les cite 'plus tard sous le nom de Souabes du Nord.
Cleph ne régna que dix-huit mois, et périt assassiné 574. par un de ses domestiques.
Les ducs qu'Alboin avait créés , jaloux d'étendre leur pouvoir, n'élurent point d'autre roi. Pendant dix ans, la
1. Voy. Meibom : dans les Notes sur Vitiching, p. 670. — Eckard : Rerum Franck., t. I", p. 84.
nation fut dans l'anarchie, partagée entre ces trente-cinq grands vassaux de la couronne.
Quelques-uns d'eux recommencèrent leurs incursions sur les terres de la Bourgogne. Amon s avança jusqu'à Embrun; Zéban, duc de Pavie, vint jusqu'à Valence sur fe Rhône ; Rodan fit le siège de Grenoble. Gontram envoya contre eux le général Mommole , qui les attaqua successivement, les refoula dans les hautes montagnes de la Savoie , et leur prit tout leur bagage et le butin dont ils étaient chargés. Un autre corps de Lombards qui , par le val d'Aoste et les Alpes pennines , avait pénétré dans le Valais et y avait porté le pillage , fut attaqué et mis en déroute près de Vex par les généraux Vilicon et Théodéfrède.
Pendant ce temps , les Francs , voisins de la Rbétie , s'avancèrent sur le territoire de Trente et s'emparèrent de cette ville. Mais ils en furent repoussés par les Lombards qui les défirent , tuèrent le duc qui les commandait , et reprirent cette cité qui resta en leur pouvoir.
Cette campagne termina la guerre entre les deux nations.
Les Francs étaient alors , sinon dans l'anarchie , du moins dans un état de troubles continuels causés par 1 ambition de leurs souverains.
A l'éclat des victoires qui avaient eu pour résultat sous les- premiers mérovingiens l'agrandissement de la monarchie, succéda sous les successeurs de Clotaire la discorde qui engendra les crimes les plus odieux. Déjà Clovis avait, par le meurtre des princes, ses parents, terni la gloire de ses premières années. Ses fils, à son exemple, employèrent entre eux , l'un contre l'autre, l'astuce et la trahison dont il s'était servi. Childebert et Clotaire com-
meucérent la série des crimes politiques dont nous avons à dérouler le tableau , en enlevant leur héritage aux fils de Clodomir, et en ne laissant à leur malheureuse mère Chrodogilde que l'alternative de leur voir couper leur longue chevelure, signe distinctif de la royauté , et d'être jetés dans un couvent, ou de les voir mettre à mort. tQu'ils meurent, plutôt qu'ils ne soient déshonorés,» s'était écrié cette femme héroïque , et l'un et l'autre étaient tombés frappés de la main de Glotaire, malgré les efforts que Childebert , qui eut pitié de leur jeunesse, fit pour les sauver. Glotaire , par ce crime , prépara la fusion dans sa personne de tous les États francs, dont il fut investi, comme nous lavons vu , après la mort de Childebert.
Cbramne, son fils naturel, qui deux fois se révolta contre son père, vaincu et fait prisonnier par lui avec Conobert , comte de Bretagne , fut enfermé avec sa femme et ses enfants dans une chaumière , à laquelle Clolairc fit mettre le feu. Une si atroce action causa plus tard au roi un cruel repentir, et il essaya en vain d'apaiser ses remords par les présents qu'il fit au tombeau de St. Martin.
Ses autres fils, qui lui succédèrent, se firent des guerres cruelles et sanglantes. Les Francs, partagés entre ces princes, prirent part à leurs querelles domestiques, et virent et protégèrent même les crimes dont la maison royale donna au monde l'affreux spectacle. Le régime féodal qui , d'un côté , donnait à une partie de la najion intérêt à entretenir ces discordes , par l'espoir d'acquérir les faveurs du prince dont elle servait le parti , et de l'autre le clergé qui , en entretenant la haine parmi les membres de la famille royale, espérait en affaiblir le pouvoir, en augmentant le sien, protégèrent ces factions, qui devinrent surtout si violentes après la mort de Sigebert. 575.
Ce prince, dont nous avons décrit les guerres avec les
Abares, et qui eut à combattre sous son règne les Frisons, les Danois et les Saxons, contre lesquels surtout se distingua le duc Loup de Champagne x, avait en 373 été attaqué par son frère Chilpericb, avec lequel déjà, non moins qu'avec Gontram , roi d'Orléans et de Bourgogne, il avait eu des querelles que le fer de leurs peuples avait apaisées.
Sigebert s'étant de nouveau brouillé avec Gontram pour un fait de discipline ecclésiastique , Chilperich en profita , et envoya contre lui son Gis Théodebert , qui d'abord remporta sur lui quelques avantages. Sigebert. effrayé de ces succès, rassembla au delà du Rhin une armée puissante , composée de Souabes, de Bavarois, de Saxons et de Thuringiens , et s'avança avec ces troupes étrangères jusque sur les rives de la Seine.
Chilperich chercha à gagner Gontram en lui faisant entrevoir tout ce que la Gaule avait à redouter de ces peuples encore païens. Il détruisit tous les ponts jetés sur le fleuve, et séquestra toutes les embarcations qui s'y trouvaient. Sigebert envoya «auprès de Gontram, et lui demanda le passage sur les terres de la Bourgogue, en lui déclarant qu'en cas de refus, il se l'ouvrirait de force. Ce prince , qui craignait ne pouvoir résister, le lui permit : ce qui causa une telle épouvante à Chilperich , qu'il se retira , et qu'au lieu de répondre au cartel que Sigebert lui envoya , selon la coutume germanique , pour qu'y précisât le lieu et le jour du combat, il lui fil demander la paix.
Sigebert la lui accorda à condition que ses troupes se retireraient de la Touraine, du Poitou , du Limousin et
1. Nous n'a von» d'autres notices sur ces trois expéditions, que quelques vers de Fortunat Yenantius. — Voy. dans ses œuvres publiées par Christophe Brower; Mayencc , 1607 , in-4<\ le liv. VI, p. 2 et 3, et le liv. VII, p. 7 et Itî.
du Queroy, dont elles s'étaient emparé , et que son tils évacuerait 1 Aquitaine. Ce traité mécontenta les Germains auxiliaires , qui se virent frustrés du butin qu'ils avaient espéré pouvoir faire , et qui , en se retirant , causèrent de tels dégâts partout où ils passèrent , que le roi se vit forcé de se rendre au milieu deux , afin de les rappeler à Tordre. Peu s'en fallut qu'il n'éclatât une sédition, dont Sigebert fit arrêter les principaux instigateurs qu'il fit lapider.
Chilperich cependant , que la seule nécessité avait fait souscrire à cette paix , la rompit dès l'année suivante, et fit tant par ses intrigues, qu'il unit de nouveau à ses intérêts le roi Gontram. Il envoya une armée au delà de la Loire sous les ordres de son fils aîné Théodebert , et entra lui-même en Champagne pour contenir Sigebert. Le roi d'Austrasie fit revenir les auxiliaires germains , et reprenant l'offensive, força bientôt son frère d'évacuer cette province. 11 envoya un corps d'armée en Touraine , commandé par les deux généraux Godegisile et Bosen , et se rendit maître successivement de Paris, de Rouen, de tontes les places et de la plupart des villes du royaume de Neustrie , dont les seigneurs furent obligés de lui prêter serment. Théodebert fut tué en Touraine en combattant. Chilperich fut si consterné de celte perle, qu'il se réfugia à Tournay avec la reine et ses enfants.
Celte princesse , du nom de Frédégonde , devenue depuis si célèbre dans les annales de ce siècle , avait d'abord été la maîtresse de Chilperich qui, déjà du vivant de son père, avait eu pour épouse Audovéra, la mère de cé Théodebert que nous venons de citer, et de Mérovée et de Clovis. Chilperich avait chassé cette épouse , et avait pendant quelque temps partagé son amour avec une infinité de femmes, du nombre desquelles avait été Frédégonde.
Cependant Sigebert ayant épousé Brunehilde1, fille puînée d'Alhanagild , roi des Wisigoths, l'éclat de celle alliance avail inspiré à Chilperich de plus nobles sentiments , et il avait demandé et obtenu d'Alhanagild la main de sa fine aînée Galasuintha. Mais celle union n'avait point été longtemps heureuse. La passion du roi pour Frédégonde avait bientôt repris le dessus ; la jeune reine ayant voulu retourner en Espagne auprès de son père, avait été trouvée étranglée dans son lit. Tous les soupçons avaient plané sur Frédégonde , avec d'autant plus de vraisemblance, que peu de temps après Chilperich l'épousa publiquement. Brunehilde avait juré de venger ce meurtre, cl elle ne cessait d exciter son mari à poursuivre ses succès et à ne point reposer qu'il n eût écrasé son frère. En vain la veuve de Glotaire , Radegonde , écrivit de son couvent aux deux princes , et leur mit sous les yeux l'exemple de sa famille , dont la discorde avait précipité les malheurs. En vain Germain, évéque de Paris , fit de sages représentations à Sigebert ; les grands des Étals de Soissons ayant député vers ce prince pour lui offrir la couronne, il envoya des troupes sous les murs de Tournay faire le siège de cette ville , et se rendit à Vitry,» où , selon la coutume des Francs , il fut élevé sur le bouclier et reconnu roi de Soissons.
Frédégonde, dans ce danger, suborna deux habitants de Térouane , qui se rendirent à Vilry, et sous prétexte de parler au roi , ayant obtenu de lui une audience , lui percèrent les deux flancs avec des couteaux empoisonnés.
Sigebert expira sur le champ. Prince doué des qualités les plus brillantes , il eût pu avoir le règne le plus glorieux sans ses malheureuses querelles avec Ses frères.