‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 94 sur 123 · Jue nous nommons à tort Bruuehaut · texte numérisé non relu

Jue nous nommons à tort Bruuehaut

Sa mort fut suivie d'une révolution générale. 576.

Chilperich , délivré dans Tournay, dont les Austrasiens levèrent le siège, vit son peuple retourner sous son sceptre, et investit Paris, où la reine Brunehilde fut arrêtée avec ses enfants. Cependant le duc Gundebaud parvint à sauver le jeune Childebert , enfant dè cinq ans , qu'il conduisit à Metz, où, reçu aux acclamations des Austrasiens, il fut aussitôt proclamé roi. On députa vers Gontram , qui tenait sa cour à Châlons-sur-Saône , afin tle demander à ce prince sa protection pour son neveu.

Brunehilde fut transportée à Rouen.

Elle n'avait guère que la mort à attendre de la part de la femme au pouvoir de laquelle elle se trouvait, et qui déjà avait fait périr sa sœur et son mari, lorsque, dans la famille même de Chilperich, se présenta pour elle un libérateur.

Mérovée, second 61s de ce prince, vit cette reine captive et s'éprit de ses charmes et de son esprit. Envoyé par son père dans le Poitou avec une armée, il se contenta de prendre Tours, et revint à Rouen déposer aux pieds de la belle prisonnière ses soupirs et son amour. Il la fit consentir à l'épouser , et fit bénir son union par l'évéque Prétextât.

Chilperich fut saisi de crainte en apprenant cet événement, et plus encore Frédégonde, qui non-seulement avait à redouter le ressentiment de Brunehilde, mais encore celui d'Audovéra qui, renfermée dans un couvent, pouvait exciter son fils à la venger.

Le roi ne laissa point à Mérovée le temps de se faire un parti. 11 se rendit à Rouen et surprit les deux époux, qui se réfugièrent dans l'église de St. Martin. C'était un lieu où tous les infortunés trouvaient un sûr asile , et d'où il ne parvint à les faire sortir qu'en leur promettant

de reconnaître leur union. Cepeudanl il les sépara, et sur les instantes prières que lui en firent les Austrasiens , il envoya à Metz la reine Brunehilde et ses deux filles. Mérovée resta auprès de luk Mais une armée sortie de Champagne étant venue faire le siège de Soissons , où se trouvait Ffédégonde , et ayant défait les troupes de Chilperich, ce prince, excité par sa femme, s'en prit à son fils, et il le fit ordonner prêtre et renfermer dans le monastère de St. Calais.

Mérovée trouva toutefois le moyen de s'échapper, et se rendit auprès de Brunehilde en Austrasie. Mais les grands du royaume refusèrent de le recevoir , ne voulant point que leur jeune roi fût soumis au pouvoir de son beaupère. Malgré les larmes de Brunehilde , il fut obligé de fuir de nouveau et de rentrer dans la Neustrie, où enfin, vendu à Chilperich par l'infidélité des habitants de Térouane , et craignant de tomber au pouvoir de Frédégonde, il se fit tuer par son écuyer.

On accusa cependant assez généralement alors la reine de Tavoir fait mourir pour protéger l'héritage de ses enfants.

Rien ne justifie cette accusation. Mais la mort lui ayant - successivement enlevé ses trois fils, elle accusa à son tour Clovis, le dernier des fils d'Audovéra, de les avoir empoisonnés, et usa de son influence sur Chilperich pour faire arrêter ce prince. Jeté en prison , il fut tué par ordre de la reine , qui ensuite fit courir le bruit qu'il s était luimême pris la vie et qui fit aussi périr Audovéra. #

Gonlram était de tous les membres de la famille royale le plus loyal et le plus ami de la paix. Ayant eu le malheur de perdre ses deux fils , il avait adopté Childebert . et il avait pris le ciel à témoin de vouloir lui servir de père.

Cependant Égide, êvcqiic de Kheims, s étant fait chef

dune faction opposée à la puissance de Brunch il do, profita de la circonstance de la mort de Clovis pour tenter un rapprochement avec Chilperich , qui maintenant, privé de fils , n'avait que Childebert pour héritier. Cette faction, entraînant avec elle la majorité de la nation, finit par amener une rupture avec Gontram , et à joindre contre ce prince les Austrasiens et l'armée de Chilperich. Loup, duc de Champagne, qui soutenait le parti de Brunehilde et la cause de la Bourgogne, fut contraint de plier devant le parti d'Égide , et de se réfugier auprès de Gontram.

Chilperich envoya des troupes sur les terres de ce roi, et vint lui-même mettre le siège devant Melun. Mais -585. Gontram le surprit , et lui ayant fait supporter des pertes sensibles , il en proûta pour chercher à le ramener à de meilleurs sentiments; tout vainqueur qu'il était, il lui fit faire la proposition d'assembler les États de la nation, afin d'amener une paix définitive. L'armée de Childebert, qui s'avançait pour venir au secours de Chilperich , en apprenant cet événement, se révolta contre les conseillers de la couronne; elle manifesta surtout son mécontentement contre Égide, que les soldats eussent mis en pièces, s'il ne se fût sauvé dans son diocèse.

Cette proposition n'ayant pas cependant eu le succès 584. désiré , Gontram se réunit de nouveau à son fils adoptif contre Chilperich, qui chercha un refuge dans Cambray. Mais ce prince périt peu de temps après àChelles, assassiné nu retour de lâchasse, sans que les circonstances de sa mort aient jamais été bien éclaircies. Tout porte à croire qu'il mourut victime de la violence de Frédégonde, qui , au milieu de ses intrigues politiques, n'oubliant point ses intrigues amoureuses, avait lié un commerce criminel avec Landri, maire du palais ; par une exclamation.

elle avail elle-même donné au roi des soupçons sur celle liaison. Chilperich , toul furieux qu'il élait , n'ayant point eu la force de la tuer, elle prévint son ressentiment en le faisant assassiner.

Frédégonde, quatre mois auparavant, était accouchée d'un enfant mâle sur la légitimité duquel il parait qu'on eût cependant alors quelques doutes. .C'était Clotaire II. Ne sentant point son pouvoir assez affermi et redoutant la vengeance de Brunehilde et de Childebert, elle députa vers Gontram et demanda sa protection pour ce jeune enfant. Gontram se laissa persuader, vint à Paris où nonseulement il prit la tutelle du petit prince , mais encore protégea Frédégonde contre ses ennemis.

Tandis que le vieux roi réglait les affaires de la Neustrie, un intrigant nommé Ballomer, se disant fils de Clotaire Ier, et qui , sous le nom de Gundebaud , s'était présenté à Narsès en Italie et s était rendu à Constantinople où il avait su se faire traiter avec les plus grands égards comme un prince du sang royal , conçut le dessein de s'emparer du trône ; aidé de quelques séditieux , il se fit proclamer roi à Brive- la -Gaillarde. Le patrice Mommole, Didier, duc de Toulouse , et une infinité de seigneurs de la cour de Chilperich , mécontents du nouvel état des choses et à qui ces troubles donnaient l'espoir de l'avancement et de la fortune, se rangèrent de son parti que soutint même en secret la reine Brunehilde. Gundebaud se rendit maître de plusieurs villes de l'Angoumois et du Périgord, et reçut la soumission de Toulouse et de Bordeaux.

Gontram Gt inviter le jeune Childebert à venir le trouver à Châlons et , lui dévoilant tout le tissu des intrigues qui se tramaient , il confirma l'adoption qu'il avait faite de lui pour être son successeur. Il envoya

contre les rebelles un corps de troupes sous les ordres du général Leudegisil , qui reprit sans difficulté le Quercy , le Périgord , l'Angoumois et une partie de l'Aquitaine. Gundebaud ne tenta point de tenir la campagne ; il alla se réfugier à Lyon-de-Comminges1, ville forte située sur une colline au bord de la Garonne, où il soutint pendant quelque temps les efforts des assiégeants. Comme le siège traînait en longueur, Leudegisil noua des relations avec Momniole, et se flt fort de lui obtenir la grâce de son souverain , s'il voulait lui remettre le traître. Mommole et ses a Aidés, qui commençaient à désespérer du parti de Gundebaud, ne virent pour eux d'autre espoir de salut que d'y obtempérer; ils entrèrent dans le complot. Ils tentèrent de persuader à Gundebaud que Gontram, n ayant point d'enfants, était disposé à le reconnaître pour (ils de Clotaire. Moitié par force, et moitié par persuasion, ils l'entraînèrent hors de la forteresse , pour être remis aux gens de Leudegisil. Mais comme il s'aperçut qu'il était trahi, l'un d'eux le précipita du haut du roc au bas de la montagne, où sa mort fut achevée. Cependant Mommole * n'échappa point à la sévérité de Gontram , qui , au mépris de la parole que Leudegisil avait donnée en son nom , ordonna qu'il fût mis à mort et que ses biens fussent confisqués.

L'Italie et l'Espagne étaient à cette époque les théâtres d'événements non moins dignes de notre attention, parce qu?ils eurent une grande influence sur la destinée des peuples qui s'y étaient établis.

Nous reviendrons aux guerres que l'empire d'Orient uni aux Francs austrasiens suscita contre les Lombards dans la première de ces provinces.

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