‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 95 sur 123 · SI. ItciiraïKl · texte numérisé non relu

SI. ItciiraïKl

■En Espagne les Suèves . que l'histoire a cessé de mentionner pendant plus d'un siècle, mais qui s'étaient relevés des défaites que leur avaient fait supporter les Wisigolhs , furent enûn mis sous le joug* par ce dernier peuple. La succession de leurs rois , en partie inconnus , reprend quelque intérêt à l'époque des deux Théodomir1, princes qui avaient leur résidence à Braga et qui reprirent la foi catholique, que leurs ancêtres avaient quittée.

Les Wisigoths obéissaient alors à Léovigild.

Après la mort violente de Theudisque , ils avaient élevé Agila sur le bouclier; mais toutes les factions n avaient pu élre réunies , et celle d'Athanagild , qui lui disputait le trône , avaient appelé dans la péninsule les armes de l'empire d'Orient; Justinien s était d autant plus empressé de lui prêter des secours, que, par cette politique, les impériaux avaient pu de nouveau prendre pied dans le pays.

Agila fut assassiné par ses propres sujets à Mérida.

Athanagild, resté maître du trône, ne put se débarrasser des impériaux , qui pendant longtemps encore conservèrent plusieurs places en Espagne.

A ce prince succéda , en 567, le général Liuba, qui fut élu par la nation à Narbonne, et qui, deux ans après, s'adjoignit son frère Léovigild, auquel il laissa l'administration des provinces espagnoles, se contentant pour lui de la Septimanie ou des sept villes du Languedoc, qui formaient les possessions wisigolhes dans la Gaule2.

Pour réunir les partis .et tâcher de dompter toutes les factions rivales, Léovigild épousa Gundosuintha, veuve

1. On croit avoir retrouvé fe tombeau du premier en i 732, dans les décombres de l'ancienne église de Duraa , couvent que ce prince avait fondé. — Voy. Journal d'Amsterdam , juillet 1132.

2. Ces villes étaient : Narbonne, Klmo, Carcassonnc, Bézicrs , Maguelonnc, Nimes et Lodcve; Montpellier n'existait point encore à l'étal do cilc

d'Alhanagild; ce qui l'unissait à la maison royale de France, puisque Brunehilde était 611e de celle reine. Il avait eu d'un premier mariage Herménégild et Récarède, deux fils, dont il s'associa l'aîné au pouvoir, après la mort de Liuba. Afin d affermir la puissance de ce prince par une alliance éclatante, il lui fit épouser Ingonde, fille de Sigebert d' Australie, et par conséquent petite-fille de Gundosuintha.

Mais ce mariage, sur lequel il avait fondé tant d'espoir, fut la cause des plus grands troubles. La religion en devint le motif. La reine Gundosuintha, zélée arienne, chercha à faire quitter le catholicisme à sa petite-fille, qui, non moins que sa grand' mère, zélée pour la foi dans laquelle elle était née , non -seulement résista à ses insinuations , mais encore porta son mari , de concert avec Léandri, évèque de Séville, à adopter le culte catholique. Il en résulta des querelles de famille qui dégénérèrent en guerres civiles.

Herménégild prit les armes contre son père. 11 s'unit à Théodomir II, roi des Suèves, et non-seulement eut recours aux troupes impériales répandues dans les villes maritimes de la péninsule , mais encore envoya Léandri à Constantinople, afin de demander du secours à l'empereur.

Léovigild marcha contre lui, et vint l'assiéger dans Séville. Les Suèves qui voulurent porter du secours à cette ville , battus sous ses murs , se virent obligés de se retirer et en partie de se soumettre. Cependant , soutenu par les impériaux , le jeune prince tenta d'abord de résister; mais bientôt les troupes impériales se laissèrent gagner par l'or de Léovigild , et abandonné par elles au moment du combat , il ne resta à Herménégild d'autre retraite qu'une église. Les promesses de son père l'en ayant fait sortir, il fut conduit à Tolède, où, dépouillé des insignes de la royauté et jeté en prison, il fut au bout d'un an étranglé par ordre du roi.

Les tours d'Auslrasie et de Bourgogne ne restèrent point spectatrices oisives de cet événement. Elles menacèrent de prendre le parti d'Herménégild ; ce qui peut-être précipita sa catastrophe. La veuve de ce prince, conduite par les impériaux à Conslanlinople, était morte pendant la traversée; mais son jeune Gis Alhanagild arriva dans celte capitale, et devint l'objet de la sollicitude de Brunehilde et de Childebert , qui firent parvenir à l'empereur plusieurs notes officieuses à son égard.

Léovigild, d'un autre côté, rechercha l'amitié de Chilperich, et il fut même entamé des négociations pour le mariage de Récarède avec Rigonthe, fille de ce prince. La mort seule de Chilperich empêcha cette union 9 à laquelle Gontram ne voulut plus donner sa sanction , et qui fit revenir la princesse , qui déjà s'était mise en route pour l 'Espagne •

Léovigild continua la guerre contre les Suèves.

Théodomir II mourut, et laissa la couronne à son fils Eurich. Mais ce prince fut précipité du trône par Eudéca, qui avait pour épouse une fille d'Eurich, et qui le força d'entrer dans un couvent.

Léovigild marcha contre Eudéca, le vainquit en plusieurs rencontres , et l'ayant fait prisonnier, le contraignit à son tour d'entrer dans les ordres sacrés. Il réunit à la fois dans sa personne le sceptre des Wisigoths et celui des Suèves , et mit fin à cette dernière monarchie qui , depuis l'entrée de ce peuple en Espagne, avait duré cent soixante-seize ans.

De tous les princes wisigoths, Léovigild fut un de ceux qui régnèrent avec le plus d'éclat. Les rois jusqu'alors, conformément aux mœurs germaniques, ne s'étaient point encore chez ce peuple entourés de celte pompe orientale, que déjà les Oslrogoths en Italie , et les Francs dans la

Gaule, avaient imitée des empereurs romains. Le premier il revêtit la pourpre , et s'assit sur un trône. Il mourut en 586, après avoir, par ses victoires, étendu la puissance de sa nation, et avoir encore, avant de mourir, repoussé l'agression de Gontram, qui, sous prétexte de venger Herménégild, avait voulu s emparer de la Septiroanie.

Récarède lui succéda. . 586.

En vain Gontram, en 588 et 589, recommença les hostilités. Le duc Claude de Lusitanie , général de Récarède , battit son armée sous les murs de Carcassonne , et le contraignit enfin à renoncer à ses attaques. # * '

Récarède rechercha l'amitié de Childebert , et , au mépris de la foi qu'il avait par ses ambassadeurs jurée à lâ fille de Frédégonde , il demanda la main de Clodosuinlha, la seconde sœur de ce prince. Cette alliance, qui d abord souffrit quelques difficultés par le refus que le vieux roi de Bourgogne fit d'y consentir, paraît avoir eu lieu -à la suite de cette dernière guerre. Récarède ayant, en effet, renoncé publiquement à I'arianisme, convoqua, en 589, le synode de Tolède , auquel la jeune reine assista , et où , après avoir entendu la profession de foi prononcée par son mari , elle la signa à son tour, ainsi que les évéques et les grands du royaume.

Cet acte du gouvernement de Récarède fait époque dans l'histoire d'Espagne, et peut faire regarder ce prince comme le second fondateur de la monarchie. Le titre de catholique, qui lui fut donné à cette occasion, n'a plus cessé depuis d'être porté par tous les rois qui jusqu'à nos jours ont continué de régner dans la péninsule espagnole.

Page 1