‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 97 sur 123 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Lm maire* du palais. — Guerre des EneUvoan.

Par la mort de Brunehilde et des fils de Thierry, CIolaire se trouva seul maître de toute la monarchie franque.

Cependant ayant rencontré de l'opposition dans les États de Bourgogne et d' Austrasie , lorsqu'il s'agit de leur réunion à la Neustrie (car chez ces deux peuples l'élément germanique s'était encore en grande partie conserve intact, ainsi que leur langage et leurs coutumes, tandis que la population de la Neustrie n'était guère qu'un composé de Francs, de Romains, de Basques, de Goths et de Bretons plus ou moins mélangés par le sang) , il laissa à ces deux pays leur titre de royaume , et leur donna pour les gouverner des espèces de vice -rois , sous le nom de maires du palais. Warnachar fut nommé maire de Bourgogne, et Radon maire d' Austrasie.

Les longs troubles qui avaient agité la nation depuis près d'un demi-siècle avaient permis aux grands vassaux et au haut clergé de s'arroger des droits qui, non encore * sanctionnés par la couronne , donnèrent lieu maintenant à des froissements , qui provoquèrent , en 615, une assemblée générale des États. Le roi les convoqua à Paris, et se vit contraint non-seulement de décréter par une loi l'hérédité des fiefs , mais encore de céder aux évêques le droit d'être élus par le clergé et le peuple, et ensuite sanctionnés par le roi et sacrés par le métropolitain. Une autre loi rendit les biens à ceux qui , pendant ces désordres politiques, en avaient été dépouilles. Les impôts

qui avaient été établis par Brunehilde et Thierry furent abolis. Les dons excessifs que ce prince et cette reine avaient faits furent révoqués. Tout ce qui avait été usurpé ou aliéné du domaine de la couronne lui fut restitué.

Cette hérédité de charges mit dans la famille de Pépin de Lande , maire du palais d' Austrasie sous Dxgberlh , que nous nommons Dagobert, un pouvoir que la faiblesse des rois successeurs de Glotaire ne fit que protéger.

L'Àuslrasie, plus que les autres pays francs, se trouvant exposée aux incursions des peuples barbares , Clotaire donna en 622 ce royaume à Dagobert, n'en réservant pour lui que les Àrdennes étales Vosges , et les villes d'Aquitaine que les rois d' Austrasie avaient possédées. Arnoulfe, pour récompense de ses services, reçut l'évêché de Metz, et Pépin fut nommé maire du palais d'Austrasie.

Ces deux seigneurs allièrent leur famille par le mariage d'Arsegisile , fils d'Arnoulfe, avec Begga , fille de Pépin.

Dagobert n'avait guère alors que quinze à seize ans, et son caractère efféminé le portant plus aux plaisirs qu aux soins du gouvernement, toute l'autorité passa aux mains de Pépin.

Cependant Clotaire étant mort en 628, Dagobert délaissa l'Austrasie, et se rendant de suite à Soissons/ s'y fit reconnaître roi tant de la Neustrie que de la Bourgogne. Le parti qui s'était prononcé en faveur de Charibert, jeune prince que Clotaire avait eu d'une autre épouse que la mère de Dagobert, ne tenta point de résister. Toutefois, sur les représentations de quelques-uns des grands vassaux, Dagobert laissa à ce prince la partie de l'Aquitaine qui comprend la Saintouge, le Périgord, l'Agenois, la Gascogne, et tout ce qui s'étend au Sud de la Garonne jusqu'aux

Pyrénées , y compris la ville de Toulouse qui devint la résidence du nouveau roi. Mais déjà en 631, Charibert mourut , et son fils Chilperich l'ayant bientôt après suivi , soupçonné d'avoir été empoisonné par Ûagobert , ce dernier réunit de nouveau cet État à la couronne.

Dagobert transporta sa cour à Paris , où, au milieu d'une vie voluptueuse, entouré de trois ou quatre épouses, qui toutes portaient également le titre de reine, et d'une foule de concubines, il se laissa gouverner par les grands de Neustrie, et par Éga, maire du palais de ce royaume.

Le repos dont l'Australe avait joui à l'extérieur depuis la guerre des Lombards, fut troublé en 632 par la guerre des Esclavons.

Ce qu'on raconte du luxe qui régnait alors à la cour des rois francs serait à peine croyable, si nous ne l'attribuions au commerce étendu du Levant, que les négociations avec les empereurs de Constantinople avaient ouvert.

Lorsque Dagobert, parmi les nombreuses églises qu'il fit bâtir, fonda celle de St. Denis, où il fut plus tard enterré , il y appela l'industrie , comme la sainteté du lieu y appela les pèlerins , et il y institua une foire où tous les produits de l'Europe étaient exposes. Parmi les négociants qui allèrent au loin tenter la fortune, se distingua surtout Samon, natif du Sennégau, dans le pays de Brabant, qui, parti de sa patrie pour des spéculations de commerce, s'arrêta chez les Abares et chez les Esclavons-Carinthiens.

Ces Carinthiens comprenaient plusieurs des tribus vénèdeâ qui, après la chute de l'empire des Goths sous Hermanarich , s'étaient d'abord répandus dans la Sarmalie européenne, et avaient fini par prendre pied dans la Ca-

rinthie, la Carniolê et la Styrie, collectivement comprise sous le nom dé Marche vénédiqoe, que ces tribus leur donnèrent et où, voisines des Abares et bientôt entraînées dans des guerres avec ces peuples, elles furent contraintes de reconnaître leur suzeraineté.

Le joug pesant que les Abares leur avaient imposé avait fini par les lasser, lorsque Samon, que ses relations commerciales conduisit parmi eux , gagnant la confiance des différentes tribus, en les excitant avec cette . éloquence que donnent aux cœurs élevés les entreprises hardies, parvint à s'en faire déclarer chef, et les conduisit à la victoire. Le commencement de son règne tomba à la même époque environ où Dagobcrt fut placé par son père sur le trône d'Austrasie. Non-seulement il battit les Abares, mais encore il étendit sa domination jusqu'à l'Elbe et aux confins de la Thuringe.

Au temps qui nous occupe, des marchands francs ayant 630; été assassinés par des sujets vénédes, et leurs marchandises pillées, Dagobert envoya un ambassadeur auprès dè Samon , afin de demander raison de cet attentat et la punition des coupables. Mais le but de cette ambassade n'ayant point été atteint , principalement par l'impolitique de Sichar, à qui Dagobert l'avait confiée, et qui, sur le refus du prince esclavon d'obtempérer à sa demande , se laissa aller à l'emportement et aux menaces et fut honteusement chassé de sa présence, la guerre fut 631 . entreprise.

Dagobert fit marcher contre les Esclavons l'armée d'Austrasie , soutenue de deux corps auxiliaires , que lui fournit Adelwald, roi des Lombards, et Robert, duc d'Allemanie, qui lui-même se mit à la tête de ses troupes. Ces auxiliaires remportèrent quelques avantages; mais les Auslrasiens échouèrent devant le fort de Wodgastis-

bourg1, que trois fois ils cherchèrent 'à enlever sans pouvoir s'en rendre maîtres. Attaqués à leur tour par l'ennemi dans leurs retranchements , ils se virent contraints de reculer, et de se retirer en désordre, lui abandonnant leur camp, leurs tentes et leurs bagages.

Cette défaite amena la défection de Derwan , duc des Sorabes ou Serbes du Nord , tribu slave qui s'était assise sur l'Elbe, lequel jusqu'alors avait reconnu la suzeraineté . des rois francs et qui se joignit aux Véuèdes pour entrer avec eux dans la Thuringe.

Pendant ce temps , les Abares et les Bulgares se firent aussi une guerre sanglante, qui finit par la défaite des derniers. Les Bulgares qui , comme nous avons eu occasion de le dire, s'étaient déjà du temps d'Anastase approchés du Danube, avaient été obligés de se soumettre aux Abares. Le khan des Abares étant mort, ils voulurent secouer le joug et avoir un roi de leur nation. Gela alluma entre les deux nations une guerre civile dans laquelle, après plusieurs combats, les Bulgares succombèrent. Neuf , mille d'entre eux, avec femmes et enfants, se réfugièrent sur les terres des Francs et demandèrent à Dagobert la permission de s'y établir. Le roi leur permit de passer l'hiver dans la Bavière, et remit à leur rendre réponse à l'égard des terres qu'ils demandaient jusqu'à ce qu'il eût consulté les États. La crainte qu'eurent les seigneurs que ces redoutables étrangers établis dans le royaume n'y causassent des troubles, comme ils avaient fait dans l'empire et dans tous les pays où ils s'étaient établis , prirent la violente résolution de les faire tous massacrer en un jour. L'ordre en fut donné aux Bavarois, qui l'exécutèrent. Il n'y eut qu'un seul chef de ces Bulgares qui se

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