‹ Histoire des GirondinsChapitre 149 sur 194 · LIVRE VlNGT-yUATlUÈME. 3H · texte numérisé non relu

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La garde nationale, odieuse aux uns, suspeclo aux autres, fut réorganisée populairement : elle prit le nom de sections armées. On adjoignit à chaque compagnie des sections armées un nombre illimité d'ouvriers et de prolétaires munis de piques ; garde prétorienne de la commune, soldée par elle et toute dans sa main, chargée de surveiller les citoyens des sections.

Non satisfaite de la création du tribunal criminel, la commune demanda, à la séance du 25 août, que les prisonniers d'Orléans fussent transportés à Paris, « pour y subir le supplice dû à leurs forfaits. » Des fédérés de Brest, en armes , accompagnaient ce jour-là les commissaires de la commune. L'un d'eux menaç^'a l'Assemblée de la vengeance du peuple, si le sang des prisonniers ne leur était pas sacrifié. Lacroix, ami de Robespierre et de Danton, Jacobin fanatique mais député intrépide, présidait TAssemblée : « La France entière, » répondit-il avec indignation aux commissaires de la commune, « a les » yeux fixés sur l'Assemblée nationale. Nous serons )) dignes d'elle. Les menaces ne produiront sur nous » d'autre effet que de nous résigner à mourir à notre » poste. Il ne nous appartient pas de changer la con- ))Stitulion. Adressez vos demandes à la Convention

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» nationale, elle seule pourra changer l'organisation » de la haute cour martiale d'Oiléans. Nous avons » fait notre devoir. Si notre mort est une dernière » preuve nécessaire pour vous persuader, le peuple, » dont vous nous menacez , peut disposer de notre » vie. Les députés qui n'ont pas craint la mort quand » les satellites du despotisme menaçaient le peuple, » qui ont partagé avec lui tous les dangers qu'il a » courus , sauront mourir à leur poste. Allez le dire )) à ceux qui vous ont envoyés! » Cette résistance généreuse de Lacroix, ami et confident de Danton, fait supposer que ce ministre résistait encore luimême aux instigations de Marat et de son parti, qui le poussaient aux crimes de septembre. Ainsi , après quatorze jours d'un triomphe remporté en commun sur le trône, l'Assemblée en était réduite à porter à la commune et au peuple le défi de l'assassinat. Elle rendit le lendemain le décret de déportation de tous les prêtres qui avaient refusé ou rétracté le serment à la constitution civile du clergé.

La prise de Longwy suspendit un moment la lutte entre l'Assemblée et la commune, et la remplaça par une rivalité de sacrifices au danger de la patrie. Jacobins, Girondins, Cordeliers votèrent à l'envi les levées extraordinaires de troupes, les armes, les

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équipements, les canons réclamés par les circonstances. Un cri d'indignation s'éleva contre le commandant de Longwy. Vergniaud proposa le décret de peine de mort contre tout citoyen d'une ville assiégée qui parlerait de se rendre. Luckner fut remplacé à l'armée de Metz par Kellermann.

Kellermann, passionné pour les armes et pour la liberté , avait conquis ses grades dans la guerre de Sept-Ans. Jeune encore , il avait pris en Allemagne l'expérience des vieux capitaines et les leçons de Frédéric. La Révolution l'avait trouvé colonel et l'avait fait général. Attaché à l'armée de Luckner, il avait conquis l'affection des troupes. L'hésitation du général en chef à faire prêter le serment à la nation l'avait rendu suspect. On le destitua. Kellermann refusa le commandement de l'armée de Luckner, son ancien chef et son ami , si on ne rendait pas au vieux maréchal le grade de généralissime. L'Assemblée, touchée de tant de générosité et convaincue de l'innocence et de la nullité de Luckner, lui rendit en effet son grade et l'envoya à Chàlons jouir d'un titre purement honorifique, et organiser les bataillons de volontaires qui marchaient de tous les départements sur l'armée.

Pendant que Danton donnait au gouvernement la vigueur de ses coups de main , Robospicrie , moins maître que lui du conseil de la commune et soulevé moins haut par un événement auquel il n'avait pas

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participé, rccommcnra à élever la voix après la bataille, comme pour en expliquer le sens et la portée au peuple. « La nation française en était arrivée , » écrivait-il , « au point de calamité publique où les » nations, comme les individus, n'ont plus qu'un » devoir, celui de pourvoir à leur propre existence. )) Elle s'est levée comme en 89, mais avec plus d'or- » dre et de majesté encore qu'en 89; elle a exercé » avec plus de sang-froid sa souveraineté pour as- » surer son salut et son bonheur. En 89, une partie » de l'aristocratie l'aidait; en 92, elle n'a eu pour se » sauver qu'elle-même. » Faisant ensuite le récit de la journée, il résuma ainsi son opinion sur les conséquences du 1 0 août. « L'Assemblée a suspendu le » roi, mais ici elle n'a pas assez osé; ce n'était pas » la suspension mais la déchéance de la royauté » qu'elle devait prononcer. Elle devait trancher cette » question dont la solution nous prépare des diffl- » cultes et des lenteurs. Au lieu de cela , elle nous » parle de nommer un gouverneur au prince royal. » Français! songez au sang qui a coulé! Rappelez- » vous les prodiges de raison et de courage qui vous » ont mis au-dessus de tous les peuples de la terre; » rappelez-vous ces principes immortels que vous » avez eu l'audace et la gloire de faire retentir » les premiers autour des trônes pour susciter le » genre huniiiin de ses ténèbres et de sa servitude! » Oiiel lapport \ ;i-t-il cuire ce inlc sublime et le

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» clioix d'un gouverneur pour élever le fils d'un » tyran!

» Mais la voilà en marche, la plus belle révolution «qui ait honoré l'hunianilé! la seule qui ait eu un » objet digne de Ihomme, celui de fonder des so- » ciétés politiques su}- les piincipes divins de Téga- » lité, de la justice et de la raison! Quelle autre » cause pouvait inspirer à ce peuple ce couiage su- » ])lime et patient , et enfanter des prodiges d'hé- » roïsme égaux à tout ce que l'histoire nous raconte » de l'antiquité ! Déjà la secousse qui a renversé un » trône a ébranlé tous les trônes! Français, soyez » debout et veillez; il faut que les rois ou les Fran- » çais succombent ! Secouez donc les derniers an- )) neaux de la chaîne de la royauté. Vous devez à » l'univers et à vous-mêmes de vous donner la meil- » leure des constitutions possible. N'appelez à la » Convention que des hommes purs des intrigues et )) des lâchetés qui sont les vertus des cours ! Vous » êtes en guerre désormais avec tous vos oppres- » seurs. Vous ne trouverez la paix que dans la vic- » toire et dans le châtiment! » C'était l'appel aux élections qui s'approchaient.

Quant à Pétion , objet du culte plalonicpie des conuni^saires de la nouvelle coJiunune, qui Tappe-

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laient le Père de la patrie, il ne parut (jiie de temps en temps à la hano de TAssemblée , pour justitîer, d'une voix complaisante, les usurpations de ce corps insurrectionnel. Le sourire de béatitude qui reposait toujours sur ses lèvres déguisait mal les amertumes dont on l'abreuvait à la mairie. Il était Totage du peuple à l'Hotel-de-Ville. Le vrai maire maintenant, c'était Danton. Danton, sans cesse présent aux délibérations de ce corps municipal en permanence, négligeait l'Assemblée pour la commune, avec laquelle il concertait toutes les mesures du gouvernement ; il était son pouvoir exécutif. Pour lui donner la direction, l'unité, le secret nécessaires à une réunion d'hommes d'action , et pour faire prévaloir, en séance générale, les résolutions prises entre lui et ses affidés, il avait, de concert avec Marat, divisé le conseil municipal en comités distincts. Ces comités délibéraient et agissaient isolément. Ils furent le type de ceux qui concentrèrent plus tard le gouvernement dans la Convention. Le comité souverain était celui de surveillance générale. Composé d'un petit nombre d'hommes successivement choisis et éjmrés par Marat et par Danton, il faisait plier tous les autres comités. Il s'attribuait tous les pouvoirs, il devançait tous les décrets de l'Assemblée ; il citait à sa barre les citoyens, il les faisait arrêter, il remplissait les prisons; il exerçait la police générale de l'empire, il disciplinait et perpétuait en lui l'insurrection ; il était la con-

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