LIVRE DlX-lll ITIÉME
)) troupes en campagne. Il est vrai que ces armées » étaient trop faibles; mais la constitution ne désigne » pas le degré de force que je devais leur donner. » Il est vrai que je les ai rassemblées trop tard : » mais la constitution ne désigne pas le temps auquel )) je devais les rassembler. Il est vrai que des camps » de réserve auraient pu les soutenir ; mais la con- » stitution ne m'oblige pas à former des camps de » réserve. Il est vrai que, lorsque les généraux s'a- » vançaient sans résistance sur le territoire ennemi , » je leur ai ordonné de reculer ; mais la constitution » ne me commande pas de remporter la victoire. Il est » vrai que mes ministres ont trompé l'Assemblée natio- » nale sur le nombre , la disposition des troupes et » leurs approvisionnements; mais la constitution me » donne le droit de choisir mes ministres, elle ne » m'ordonne nulle part d'accorder ma confiance aux » patriotes et de chasser les contre-révolutionnaires. » Il est vrai que l'Assemblée nationale a rendu des » décrets nécessaires à la défense de la patrie et que » j'ai refusé de les sanctionner ; mais la constitution » me garantit cette faculté. Il est vrai entin ([ue iii » contre-révolution s'opère , que le despotisme va » remettre entre mes mains son sceptre de fer , que » je vous en écraserai, que vous allez ramper, que » je vous punirai d'avoir eu l'insolence de vouloir » être libres ; mais tout cela se fait constitutionnelle- » ment. Il n'est émané de moi aucun acte que la
» constitution condamne. Il n'est donc pas permis de » douter de ma fidélité envers elle et de mon zèle » pour sa défense. (Vifs applaudissements.
» S'il était possible, Messieurs, que dans les ca- » lamités d'une guerre funeste , dans les désordres » d'un bouleversement contre-révolutionnaire, le roi » des Français tînt ce langage dérisoire ; s'il était » possible qu'il leur parlât de son amour pour la con- » stitution avec une ironie aussi insultante, ne se- » rions-nous pas en droit de lui répondre :
» 0 roi qui sans doute avez cru avec le tyran Ly- )) sandre que la vérité ne valait pas mieux que le » mensonge, et qu'il fallait amuser les hommes par » des serments comme on amuse les enfants avec des » osselets ; qui n'avez feint d'aimer les lois que pour » conserver la puissance qui vous servirait à les bra- » ver, la constitution que pour qu'elle ne vous pré- » cipitàt pas du trône où vous aviez besoin de rester » pour la détruire , la nation que pour assurer le n succès de vos perfidies en lui inspirant de la con- » fiance, pensez-vous nous abuser aujourd'hui avec )) d hypocrites protestations? Pensez-vous nous don- » ner le change sur la cause de nos malheurs par » lartifice de vos excuses et l'audace de vos so- » phismes? Était-ce nous défendre que d'opposer aux
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» soldats étrangers des forces dont Finférioritc ne » laissait pas môme d'incertitude sui- leui- défaite? » Était-ce nous défendre que d'écarter les projets » tendant à fortifier l'intérieur du royaume , ou de » faire des préparatifs de résistance pour l'époque où » nous serions déjà devenus la proie des tyrans ? » Était-ce nous défendre que de ne pas réprimer un » général qui violait la constitution, et d'enchaîner » le courage de ceux qui la servaient? Était-ce nous » défendre que de paralyser sans cesse le gouverne- » ment par la désorganisation continuelle du minis- » tère? La constitution vous laissa-t-elle le choix des » ministres pour notre bonheur ou notre ruine? Vous » fit-elle chef de l'armée pour notre gloire ou notre » honte? Vous donna-t-elle enfin le droit de sanc- » tion, une liste civile et tant de grandes préroga- » tives pour perdre constitulionnellemcnt la consti- » tution et l'empire ? Non , non , homme que la » générosité des Français n'a pu émouvoir, homme » que le seul amour du despotisme a pu rendre sen- » sible, vous n'avez pas rempli le vœu de la consti- » tution ! Elle peut être renversée ; mais vous ne re- » cueillerez pas le fruit de votre parjuge ! Vous ne » vous êtes point opposé par un acte formel aux vic- » toires qui se remporteraient en votre nom sur la » liberté ; mais vous ne recueillerez point le fiuit de » ces indignes triomphes ! Vous n'êtes plus rien pour » cette constitution que vous avez si indignement
» violée, pour ce peuple que vous avez si làcliemeiiJ » trahi ! Applaudissements réitérés.)
» Coraïue les faits que je viens de rapporter ne » sont pas dénués de rapports très-frappants avec » plusieurs actes et plusieurs rapports du roi ; comme )) il est certain que les faux amis qui l'environnent » sont vendus aux conjurés de Coblentz, et qu'ils » brûlent de perdre le roi pour transporter la cou- » ronne sur la tète de quelques-uns des chefs de leurs » complots ; comme il importe à sa sûreté person- » nelle autant qu'à la sûreté de l'empire que sa con-' » duite ne soit plus environnée de soupçons, je pro- » poserai une adresse qui lui rappelle les vérités que » je viens de faire retentir , et où on lui démontrera » que la neutralité qu'il garde entre la patrie et Co- » blentz serait une trahison envers la France. *
» Je demande de plus que nous déclariez que la » patrie est en danger. Nous verrez à ce cri d'alarme » tous les citoyens se rallier, la terie se couvrir de » soldats , et se renouveler les prodiges qui ont cou- » vert de gloire les peuples de l'antiquité. Les Fran- » çais régénérés de 80 sont-ils déchus de ce patrio- » tisme ! Le jour n'est-il pas venu de réunir ceux » (pii sont dans Rome et ceux qui sont sur le mont » Aventin! Attendez-vous que, las des fatigues de la