LIVRE DIX-NEUVIÈME
pie se contentait ci être debout et ne demandait que la liberté de ses autels. Les gardes nationales, la troupe de ligne, Tartilierie marchèrent de tous les points du département. Le choc fut sanglant, la victoire disputée. Cependant l'insurrection parut s'émouvoir et couva sourdement dans la Bretagne pour éclater plus tard. C'était la première étincelle de la grande guerre civile.
Elle éclata en même temps, mais moins obstinée, sur un autre point du royaume. Un gentilhomme nommé Dusaillant, et un prêtre nommé l'abbé de La Bastide, rassemblèrent, au nom du comte d'Artois, trois mille paysans dans le Vivarais.
Ce pays, obstrué de montagnes, percé de défilés étroits, raviné de torrents, palissadtî de forets de sapins, est une citadelle naturelle élevée par la nature entre les plaines du Bas-Languedoc et les belles vallées du Rhône et de la Saône. Lyon est sa grande capitale. L'esprit catholique et sacerdotal de cette ville toute romaine régnait dans ces montagnes. Les nombreux châteaux qui commandent les vallées appartenaient à une noblesse très-rapprochée par le sang et par les mœurs de la bourgeoisie, et se coiifondanl par ses occupations rurales et par la religion avec le peuple des campagnes. Les gentilshonunes
n étaient que les premiers entre les paysans. Unis d'intérêt avec le clergé, ils agitaient par lui le pays. Dusaillant s'empara du château gothique et crénelé de Jalès, le fortifia, y établit le quartier-général du soulèvement, fit prêter à ces rassemblements un serment de fidélité au roi seul et à la religion antique. Les jeunes gentilshommes de la contrée amenèrent successivement à ce chef leurs détachements; des prédicateurs les enflammèrent au nom de la foi. Déjeunes filles à cheval, vêtues et armées en amazones, parcouraient les rangs, distribuaient les signes de la révolte, les cœurs de Jésus sur la poitrine, les croix d'or au chapeau. Elles réveillaient, au nom de l'amour, Théroïsme de l'ancienne chevalerie; cette race pieuse, enthousiaste et intrépide des Cévennes, se levait à leur voix. L'insurrection, qui semblait isolée dans ce pays inaccessible, avait des intelligences avec Lyon et promettait à cette ville des renforts et des communications avec le Midi pour le jour où Lyon tenterait sa contre-iévolution. En traversant le Rhône, au pied du mont Pilate, l'armée de Jalès se trouvait en contact avec le Piémont par les Basses-Alpes; en s'étendant dans le Bas-Languedoc, elle touchait aux Pyrénées et à 1 Espagne : Dusaillant avait admirablement posté le noyau de la guerre civile. Le cœur du pays, lo cours du Rhône, le nœud de la France méridionale étaient à lui s'il €ut triomphé.